PULSATION CARDIAQUE AVORTÉE
périodique, et je l'attribuais d'abord à quelque influence nerveuse ou bien je la rattachais à la périodicité des mouvements respiratoires; mais je €ompris plus tard comment les choses se passaient, et c'est en expérimentant sur un schéma de la circulation du sang que je trouvai la véritable cause de cette périodicité. Sur un de ces appareils qui servent à reproduire tous les phénomènes de la circulation du sang, j'inscrivais, à la fois, les pulsations du cœur et celles des artères, .le m'aperçus qu'à toutes les quatre pulsations des artères il se produisait une intermittence, en même temps que la pulsation du cœur prenait cette forme avortée, indice d'un reflux de liquide. L'auscultation de l'appareil faisait entendre un souffle
Fi«'. 314. 1, forme de la pulsation cardiaque normale. 2, forme de la pulsation cardiaque avortée.
intense à chacun de ces reflux, il n'y avait donc pas de doute possible sur le mode de production de ces intermittences.
D'autre part, je constatais que les reflux n'arrivaient qu'autant que la pression du sang dans les tube^^-ar lèves atteignait un certain degré. Or il fallait quatre pulsations d'un certain rhythme pour relever la pression du sang au degré suffisant pour la production du reflux. En changeant la fréquence des pulsations cardiaques, on changeait aussi la période des irrégularités ; en ralentissant ce rhythme, on allongeait la période des intermittences du pouls; en d'autres termes, il fallait un plus grand nombre de systoles ventriculaires pour ramener la pression du sang au degré nécessaire pour provoquer le reflux.
Une troisième cause d'avortement des systoles venlriculaires se trouve dans la fréquence même de ces mouvements.
On a déjà vu, 'page 224, que la fréquence des battements du cœur, portée à un certain degré, s'accompagne d'abaissement de
la pression artérielle. Tout en battant plus vite, le cœur fait moins de travail ; c'est que, dans l'intervalle de deux systoles consécutives, il n'a pas le temps de se remplir et ne peut dès lors envoyer aux artères que ce qu'il a reçu des veines. C'est encore dans l'empoisonnement par l'hydrate de chloral qu'on observe souvent cet effet de l'accélération du rhythme cardiaque: le rhythme du cœur s'accélère, en même temps apparaît un abaissement de la pression du sang qui se prolonge tant que dure la phase d'accélération; après quoi, la pression du sang remonte à son niveau normal et le dépasse même sensiblement pendant un certain temps. Ce dernier fait tient à ce que, pendant les systoles inefficaces à cause de leur trop grande fréquence, le sang s'est accumulé dans l'oreillette et dans les veines, d'où une réplétion plus complète des ventricules quand ceux-ci reprennent le rhythme normal de leurs mouvements. C'est à cette réplétion plus complète des ventricules et au plus grand volume des ondées qu'ils lancent qu'est dû l'accroissement passager de la pression artérielle.
Dans l'insuffisance mitrale qui est due à une lésion organique des valvules, il se fait un partage de l'ondée ventriculaire entre l'aorte et l'oreillette; ce partage est en général fort inégal, ce qui produit l'irrégularité du pouls. Tantôt une onde pénètre presque tout entière, ce qui donne à la fois une forte pulsation artérielle et une pulsation cardiaque bien formée, tantôt au contraire le sang reflue presque en entier dans l'oreillette, la pulsation artérielle est faible et fortement dicrote (fig. 297), celle du cœur présente les signes du reflux.
La figure 315 est un bon type de ce genre de troubles cardiaques.
Fig. 3l5.2Pulsalions du cœur (ligne C) et pouls carotidien (ligne P) d'un malade atteint d'insuffisance mitrale. — Lignes pointillées, systoles anticipées avec intermittence du pouls. (Photogravure, procédé Gillot.)
Du type qui précède, nous en rapprocherons un autre recueilli sur un malade atteint également d'insuffisance mitrale. Dans ce