I. Procédés pour déterminer le lien. — Causes et conditions
IL Faits de démographie. — Action des conditions matérielles, anthropogéographie, anthropologie. Caractère des faits matériels ; ils sont des conditions d'existence, non de direction.
III. Faits économiques. — Procédés pour saisir leur action sur les sociétés et leur action sur l'évolution.
IV. Rôle de Vhistoire sociale dans la connaissance de Vhistoire. — Rôle de la statistique. — Histoire. économique.
I. — Tout système qui, pour expliquer la solidarité entre les diverses espèces de phénomènes sociaux, commence par admettre Tunité de la vie sociale, repose sur un besoin métaphysique d'unité contraire aux conditions de la méthode scientifique. On n'a pas le droit d'admettre a priori l'unité des phénomènes, pas plus en science sociale qu'en chimie. Si l'on doit arriver à constater un jour une unité cachée, ce ne sera qu'après avoir passé par une étude empirique qui aura tenu compte de la diversité évidente des faits constatés par l'expérience ; ce nç sera qu'après avoir établi méthodiquement l'espèce de dépendance qui unit les unes aux autres les différentes sortes de phé-
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nomènes. Il faut donc partir de l'observation empirique pour chercher le lien entre Fhistoire des faits sociaux (économiques) et les autres branches d'histoire; et ce qu'il s'agit de trouver, c'est un lien de cause ou de condition.
La distinction entre la cause et la condition est faite par le langage courant (en allemand Ursache et Bedingung). En langage scientifique les conditions d'un fait sont les faits nécessaires pour que ce fait se produise ; elles ne diffèrent donc en rien des causes. Quand on fait sauter un rocher en mettant le feu à un tas de poudre, le rocher, la poudre, le feu sont également conditions et causes. Mais dans la langue vulgaire — qui est celle de l'histoire et des sciences sociales, — la cause c'est le fait dernier qui précède immédiatement le phénomène appelé effet, le fait à la suite duquel il se manifeste aussitôt, c'est le feu mis à la poudre ; les conditions^ ce sont les faits antérieurs, — le rocher et la poudre, — indispensables également à l'effet, mais insuffisants pour le produire. C'est là une distinction tout empirique. Comme les conditions antérieures ne produisent aucun effet visible, on ne les aperçoit pas d'abord; la condition dernière étant la seule .apparente, c'est elle seule qu'on appelle cause. Les autres causes, on ne les trouve qu'à la réflexion et on les appelle conditions.
L'histoire narrative a été exclusivement occupée des causes dernières, les seules qui donnent à un récit rintérêt dramatique. C'est l'étude réfléchie des sociétés qui a amené à examiner les conditions. Si Ton tient, pour parler une langue scientifique, à réunir sous une môme notion les conditions et les causes, on sera du moins obhgé dans la pratique à distinguer deux catégories : 1^ les conditions ou causes passives, négatives, permanentes, nécessaires mais insuffisantes à produire l'effet ; 2^ la cause ou condition positive, active, momentanée, qui précède immédiatement la production du phénomène.
Il se pose ici deux sortes de questions :
1^ Gomment les faits de l'histoire sociale agissentils sur les autres espèces de faits ? (ou plutôt comment les conditionnent-ils ?) Inversement, comment les faits des autres histoires agissent-ils sur la vie économique?
2° En quoi la connaissance même de ces faits et de leur évolution, l'histoire, est-elle utile pour la connaissance des autres faits et évolutions? En quoi l'histoire sociale sert-elle à la connaissance des autres branches? Et inversement en quoi la connaissance des autres histoires est- elle utile à la connaissance de l'histoire sociale? Ces quatre questions vont être étudiées ici en commençant par l'action des faits
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sociaux sur lès autres faits et rutilité de Yhisto'u'e sociale pour les autres histoires. L'action des autres faits et l'utilité des autres histoires seront traitées au chapitre suivant
Et d'abord les faits sociaux eux-mêmes, comment agissent-ils sur les autres ? Ici encore il faut distinguer les faits démographiques et les faits économiques.
II. — Les faits étudiés par la démographie sont des faits matériels, faits d'existence, de nombre, de répartition des hommes (population d'un pays, densité de la population, âges, sexes, maladies, crimes, professions), — faits d'existence, de quantité, et de répartition des objets (richesse totale , répartition des cultures, animaux, monnaies, instruments de production , moyens de transports , routes , canaux , chemins de fer, quantité de produits de tout genre ou de numéraire) .
Il est évident que ces faits ont une action sur lu vie sociale ; sans population, pas de vie sociale ; sans moyens d'existence et de production, pas de vie humaine. C'est la condition indispensable de tous les phénomènes humains. En ce sens, lès faits de démographie seraient la « structure sous-jacente » de tous les faits historiques. Mais on pourrait attribuer le
môme rôle aux faits extra-humains de la géographie . Sans un sol et des eaux, pas de culture, pas de société humaine. Faut-il donc dire que la géographie est la cause fondamentale des sociétés et que les faits historiques ont leur cause dans les phénomènes géographiques ? C'est la thèse de V anthropogéographie que Ratzel a essayé d'organiser en science.
Etudiées de près, les propositions de cette science apparaissent très contestables, — à moins qu'elles ne se réduisent à cette tautologie : « Là où Thomme ne peut pas vivre, il ne vit pas. » Il est très vrai que certain état géographique rend impossible certaine organisation humaine ; un climat glacial rend impossible la culture de Tolivier ; mais cela est purement négatif. Il est vrai aussi que certain état géographique rend possible certaine organisation; là oîi il y a des ports, il peut y avoir une marine ; mais cela est purement virtuel. En fait, aucune des lois d'anthropogéographie n'est fondée sur l'histoire ou confirmée par elle. Pour avoir le droit de parler de « loi anthropogéographique » il faudrait pouvoir dire : Tel état géographique produit, c'est-à-dire rend nécessaire, tel fait social; or cela n'arrive jamais. La preuve c'est que dans le même pays, avec les mêmes conditions géographiques à chaque époque différente a été réalisé un état social très dif-
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férent. L'Angleterre, avec le même sol et le même climat qu'aujourd'hui, était au xiv® siècle un pays d'élevage de moutons, comme l'Australie d'aujourd'hui, un pays sans industrie, sans commerce, sans marine.
De même, on a voulu expliquer l'histoire des peuples par l'anthropologie . On admettait que telle structure anthropologique conduit nécessairement les hommes à telle organisation sociale et à tels actes. La vie et les actes de chaque peuple étaient la conséquence de la ?'ace; la race grecque était nécessairement portée à la philosophie et à la sculpture, la race allemande au particularisme. C'est ainsi que Savigny et « récole historique » ont attribué les institutions différentes à la différence du Volksgeist (génie du peuple), et Taine a développé ce système dans la fameuse théorie des races. La lacune de ce raisonnement est évidente. Même en admettant que la race^ c'est-à-dire les dispositions héréditaires des'hommes, soit une condition indispensable pour telle organisation ou tels actes, — que des Hellènes seuls aient eu les dispositions nécessaires pour faire de la sculpture grecque — il est certain que la race n'est jamais suffisante, puisque dans une même race les ancêtres et les descendants n'ont pas la même vie ; la race hellénique n'avait pas produit de sculpture grecque avant
le VII* siècle et a cessé d'en produire au Bas-Empire, Ces deux exemples de Tanthropogéographie et de . la théorie des races montrent par analogie pourquoi . on ne peut pas expliquer les phénomènes humains uniquement par Tétat matériel des hommes qui composent une société. Ce sont des conditions indispensables, mais insuffisantes à la production d'un phénomène. Il en est de même des faits démographiques. Évidemment, une population nombreuse, d'une densité supérieure à 1 habitant par 100 kilomètres carrés, est nécessaire pour faire un peuple civilisé. Mais entre populations de même densité il peut y avoir des différences beaucoup plus grandes qu'entre populations de densité très différente. La Belgique est beaucoup plus semblable à la Norvège ou aux États-Unis qu'au Bengale ou à l'Egypte. De la densité du pays on ne peut tirer aucune conclusion positive certaine sur aucune autre espèce de phénomène social ; on en tirera au maximum la conclusion que tel phénomène a été possible ou impossible. Une population nombreuse est une possibilité d'émigrer ou une possibilité de s'entasser, une possibilité de créer des industries variées ou de limiter la consommation au minimum de famine ; on ne peut d'avance prédire laquelle de ces solutions opposées se réalisera. Il en est de même pour la répartition des sexes, des âges.
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des maladies, des professions. De même les faits de richesse, les moyens d'action économiques, ne sont que des possibilités d'actes ; mais ils ne produisent pas les actes, ils n'obligent même pas à agir d'une façon irrésistible les hommes en possession de cette richesse. Il n'est pas indifférent sans doute qu'un peuple soit riche ; mais sa richesse ne fait pas prévoir comment il se conduira. L'activité d'un peuple n'est pas proportionnée à sa richesse, pas plus que l'émigration n'est en raison du nombre des habitants.
Ainsi, tous les faits de démographie sont au maximum des conditions d'existence d'une organisation sociale, ils ne sont pas des causes de direction. L'évolution de ces conditions ne pourra donc être la cause déterminante d'une évolution correspondante des autres faits que dans la mesure où les conditions seraient transformées de façon à rendre impossible l'existence de ces faits, — par exemple dans le cas oîi la population s'est éteinte, — ou à rendre possible des faits jusque-là impossibles, — par exemple si une population nouvelle s'est créée. — Mais à part ces cas extrêmes, les faits de démographie n'ont pas d'influence certaine sur d'autres faits humains.
liï. — Les phénomènes économiques sont surtout des habitudes ou des règlements de travail, de répar-
tition, de genre de vie. Ce sont : 1^ des faits de production, moyens techniques et outillage de culture, d'industrie, de transports, division du travail et par suite spécialisation des hommes dans les professions ; 2^ des faits d'appréciations, valeur, marché, échange, commerce, crédit ; 3^ des faits de répartition, partage des produits, propriété, capital, rente, salaire, transmission et contrats ; ¥ des faits de consommation et comme conséquence des faits de répartition des genres de vie entre les hommes ; c'est la part de richesse et de consommation de chaque homme, avec les différences qui en dérivent, qui constitue les classes sociales. -
Quelle action ces habitudes et ces règlements ontils sur le reste de la vie ? On peut le constater par l'observation actuelle des sociétés. Il est certain que l'occupation spéciale ordinaire d'un homme, sa part de jouissance dans la richesse sociale, l'idée que luimême et les autres se font de ses moyens d'action et de jouissance, l'organisation de sa consommation ont une action profonde sur toutes ses autres opérations, sur sa vie politique, sur sa vie intellectuelle, sur sa conduite. Mais il faut regarder les faits concrets et prendre garde d'admettre l'action d'une abstraction sur une autre abstraction ; par exemple l'action de la structure économique sur l'organisation politique ou
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sur le droit. Il faut chercher empiriquement comment s'exerce Faction des habitudes et des conditions»
1° Individuellement comment les habitudes prises par un homme dans la vie économique, comment les conditions matérielles où il est placé, agissent-elles sur ses autres activités ? Elles peuvent lui donner ou lui enlever les moyens matériels de se procurer les objets utiles aux autres espèces d'activité, — tels que mobilier, vêtements de luxe, objets d'art, moyens d'instruction. Elles peuvent lui laisser ou ne pas lui laisser le temps ou la facilité de se livrer à d'autres activités. Elles peuvent lui donner les occasions de contact avec d'autres hommes ou l'isoler. Elles peuvent développer ou atrophier en lui le goût ou la faculté pour certains autres actes. En examinant ces différents moyens d'action on arrivera à établir empiriquement quelle est l'action de la profession, du loisir, de la jouissance, de la richesse, sur les différents phénomènes individuels, — soit de vie privée (mœurs, modes, plaisirs, jeux), — soit dévie intellectuelle, — soit de morale pratique, — soit même de politique. On verra s'il y a une tendance constante de certaines professions, ou de certains « standards of life », vers certaines mœurs, certaines croyances, certain art, certaine morale, certaine forme d'activité politique.
2^ Collectivement, il faut examiner les habitudes
et les règlements collectifs d'organisation économique, la répartition du travail entre les membres d'un même groupe de production ou de transport, — le mécanisme organisé pour diriger les opérations, c'est-àdire le personnel de direction, son pouvoir, ses moyens d'action, son recrutement ; — le mécanisme de la valeur et des échanges, c'est-à-dire le personnel qui détermine la valeur et règle les échanges, les moyens d'action de ce personnel ; — le mécanisme de la répartition des produits et de la propriété, c'està-dire le personnel qui dirige les règles de la propriété et de la jouissance, les classes sociales et les rapports entre ces classes. Il faut chercher quelle place les travailleurs subalternes et les directeurs de chacun de ces mécanismes occupent dans les autres hiérarchies sociales non économiques, dans les corps politiques, soit centraux, soit locaux, dans les corps ecclésiastiques, — par quels moyens ils agissent sur ces corps, quelle part ils ont directement dans la formation des procédés de gouvernement ou des règles officielles (coutume, droit, jugements, lois) ; et comment ils réagissent indirectement sur les activités d'autres espèces, en tant que soumises à la coutume ou à la loi, — quelles habitudes d'organisation collective prises dans la pratique de leur vie économique ils apportent dans la vie politique ou la vie ecclésias-
tique, — quels intérêts économiques ils essaient de favoriser. Il reste à examiner comment les organisations économiques collectives, créées pour déterminer la valeur, agissent elles-mêmes sur le gouvernement, — comment le personnel qui dirige le marché agit sur le personnel du gouvernement, — comment se règlent dans la répartition des produits la part du personnel du gouvernement, et la part de TEtat, Timpôt. Enfin il faut chercher s'il y a des classes sociales constituées sur un fondement économique.
On n'a pas seulement à établir empiriquement comment les habitudes et les organisations économiques à un moment donné agissent sur l'ensemble de la vie humaine, il faut chercher ensuite comment l'évolution de la vie économique peut agir sur les autres évolutions. Le procédé empirique sera de comparer différentes évolutions dans la vie économique connues historiquement pour voir si elles ont été suivies constamment d'évolutions dans certaines autres activités. Un changement dans les procédés techniques du travail ou dans le mode de division du travail par exemple est-il suivi d'une transformation donnée dans la vie intellectuelle, les mœurs, le droit, Torganisatioûdu gouvernement? De même, trouve-t-on quelque transformation produite régulièrement par un certain changement dans le procédé de détermination de la va-
leur, ou les procédés d'échange ou de crédit, ou le mode de répartition des produits du travail, ou la division en classes ou les rapports entre les classes?
Empiriquement on ne voit pas une seule évolution d'une organisation économique qui, dans des sociétés différentes, ait toujours été suivie de la même évolution de quelque autre espèce d'organisation. On voit, au contraire que tantôt cette évolution conmexe s'est produite, tantôt elle a été absente. Le lien entre évolutions n'est pas le même dans l'antiquité et les temps modernes, dans les sociétés chrétiennes et les sociétés mulsumanes. Si l'on veut trouver une corrélation régulière, il faudra analyser la réunion de conditions qui a amené l'évokition, pour déterminer la part de l'action spécialement économique.
Ainsi on n'a pas le droit d'admettre a priori une action prépondérante des faits sociaux, démographiques ou économiques, sur les autres faits. Non seulement ces faits ne tiennent pas la place exceptionnelle de cause unique ou fondamentale, que leur attribue l'interprétation économique de l'histoire. Mais ils sont à Tarrière-plan ; ils ne sont pas des causes au sens vulgaire ; ils ne sont que des conditions négatives de la vie générale de la société. S'ils ne se produisaient pas, les autres faits seraient impossibles; il n'y aurait pas de société s'il n'y avait une popula-
tion et un travail économique ; et pour qu'une société arrive à un certain degré d'activité dans toutes les autres branches, il lui faut une certaine quantité — d'ailleurs indéterminée — de population et de richesse. Mais cène sont que des conditions d'existence. Dès qu'une société a atteint ces conditions, la direction qu'elle adopte en tous les genres, sa religion, ses arts, sa morale, sa science, sa vie politique, dépendent de tout autres causes que les faits sociaux ; et l'évolution de cette société dans ses diverses branches dépend de tout autres causes que de l'évolution dans les faits sociaux. Les causes au sens vulgaire, — c'està-dire les faits qui produisent les changements apparents, de là société et qui lui donnent sa direction, — ne sont pas les faits économiques, ce sont les faits des autres espèces.
On doit s'attendre à ne trouver dans les conditions générales démographiques ou économiques que des conditions négatives ; pour déterminer les causes positives de chaque évolution historique, il faudra tenir compte d'autres espèces de phénomènes. Quant à l'action propre des faits sociaux sur l'ensemble de la société, on ne pourra l'établir que par une étude empirique ; c'est la recherche analytique des actions de chaque espèce de faits économiques qui seule peut fonder scientifiquement « l'interprétation économique
de l'histoire », c'est-à-dire l'étude de Taction des faits économiques sur révolution humaine.
IV. — Il reste à dire en quoi la connaissance des faits de l'histoire sociale est nécessaire à celle des autres histoires.
1° La statistique démographique est-elle nécessaire à l'histoire des autres branches ? En aucun cas elle n'est nécessaire à l'histoire qualitative. On n'a aucun besoin de connaître, même grossièrement, le chiffre de population d'une société pour étudier l'histoire de sa vie intellectuelle (langue, arts, sciences, religion), de ses mœurs privées ou de son droit, et même de son organisation politique. En fait on connaît toutes ces histoires dans l'antiquité et au moyen âge sans avoir aucune notion sûre de démographie. Mais, dès qu'il s'agit de connaissance quantitative, la démographie devient une connaissance indispensable ; or l'histoire de l'organisation politique reste incomplète tant qu'on ignore l'importance numérique du corps social et les proportions numériques de ses parties, c'est la grande lacune dans l'histoire des institutions antiques. L'histoire des phénomènes démographiques, c'est-à-dire de l'évolution numérique de la population, n'est pas indispensable tant qu'on se contente d'atteindre le caractère des autres évolutions sans en chercher les
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proportions. Mais elle aide à comprendre les changements, surtout politiques, qui se sont faits pour s'adapter aux mouvements de la population; et elle devient nécessaire dès qu'on veut se représenter révolution dans rfm/?orfanc5 pratique des phénomènes. On peut, sans aucun appel à la démographie, comprendre la nature de l'évolution qui a transformé l'esclavage en servage et la chevalerie en noblesse ; mais il faudra des chiffres pour établir comment cette évolution s'est répartie dans la réalité sur les différents pays et sur les différentes époques.
2^ L'histoire économique est nécessaire aux autres histoires dans la mesure oîi les faits économiques et leur évolution ont été la condition des autres faits et la cause de leurs évolutions. L'histoire intellectuelle peut s'en passer, tant qu'on n'a pas besoin de se représenter les moyens d'action matériels ; c'est le cas des études de croyance, de sciences, de doctrines, de beaux-arts. Mais on ne peut étudier ni l'histoire des mœurs, des institutions et du droit, ni l'histoire politique, sans tenir compte au moins des conditions générales et des grandes transformations de la vie économique. L'histoire économique est donc un auxiliaire nécessaire de l'histoire des institutions et des événements.