ACTION DES FAITS HL MAINS COLLECTIFS
forme spéciale de gouvernement, différente des autres seulement par ses moyens d'action, elle agit par des procédés de contrainte indirects ou imaginaires. On doit donc la traiter par la même méthode que le gouvernement. 11 ne faut pas plus parler en bloc de (( l'action de l'Église » que de l'action de l'Etat ; il faut analyser le personnel ecclésiastique, distinguer les différentes espèces d'agents et chercher les moyens daction de chacune : ordres, interdictions, pratiques encouragées ou découragées, relations avec les producteurs pour la fabrication des instruinents de religion, action d'exemple sur la production privée.
5° Organisation internationale. — Les relations établies entre les Etats arrivent chez les peuples modernes à constituer un système. Ici le personnel (diplomatique et consulaire) n'a qu'une faible importance, c'est l'arrangement des relations entre les peuples qui agit. 11 taut chercher l'organisation d'abord dans les conventions officielles entre gouvernements (traités et règlements) qui agissent sur la valeur (conventions eu matière de monnaie) , sur les transports, les échanges et le crédit (traités de commerce) (sans parler des conventions internationales pour le règlement du travail, dont il n'existe encore qu'un embryon). Il faut ensuite connaître la pratique réelle en tant qu'elle
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facilite ou rend difficiles ou impossibles les diverses espèces de relations économiques ; on a besoin de savoir comment sont appliqués les tarifs de douane ou de transports, les règlements de police politique ou sanitaire, les principes de droit privé et commercial. Il faut enfin tenir compte, au moins au xix^ siècle, des organisations matérielles internationales, postes, lignes de communication, agences internationales. Pour chaque espèce, on doit connaître, sinon le détail, au moins les faits capitaux et leur évolution, afin de pouvoir chercher méthodiquement comment chacun a agi sur la vie économique.
6" Langue. — La langue est un fait collectif qui étend son action sur toutes les relations humaines. C'est l'instrument de communication entre tous les hommes ; la communauté de langue rend toutes les autres communautés plus faciles, y compris la communauté nationale ; la différence de langue rend toutes les autres relations difficiles. La distribution des langues réagit sur tous les groupements démographiques, l'agglomération, le mariage, la profession et sur toutes les relations économiques, division du travail, établissements de la valeur, échanges et commerce, répartition de la propriété. 11 est inutile à l'historien des faits sociaux de savoir les langues elles-
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mêmes et leur histoire ; mais il aura besoin de connaître la répartition des langues et les groupes de gens de même langue, surtout quand ces groupes ne se confondent pas avec une communauté politique ; il devra connaître les changements de distribution des langues, car ils agissent sur l'évolution démographique et économique.
II. — Il ne reste plus qu'à examiner les événements collectifs uniques qui produisent en partie l'évolution générale des sociétés et par suite l'évolution sociale. Ils prennent surtout deux formes : révolutions intérieures, et conflits extérieurs internationaux.
i° Les révolutions intérieures prennent la forme ou de secousses brusques ou d'évolutions graduelles qui transforment l'organisation collective des gouvernements, de l'Eglise, des classes, de la famille. En transformant soit les groupements politiques ou privés des hommes, soit leur pratiques collectives, elles les amènent à réadapter leurs groupements ou leurs pratiques économiques. Un changement du personnel souverain ou des services de gouvernement amène un changement dans le personnel directeur de la vie économique ; il change le groupe qui monopolise les jouissances ou qui organise la production. 11 faut donc connaître les révolutions et les évolutions impor-
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tantes dans le régime politique et ecclésiastique el dans les institutions privées du peuple dont on veut comprendre l'histoire sociale.
2° Les événements de l'histoire extérieure consistent en relations entre Etats ; ils prennent la forme soit de conflits violents, invasions ou guerres, soit d'accords, traités et conventions ; ils aboutissent à des changements dans la distribution des territoires et dans les arrangements entre Etats. Chaque changement de territoire ou de relations entraine une réadaptation générale de la vie intérieure, et par suite de la vie économique. 11 est inutile de savoir comment le conflit ou l'accord a été produit : les épisodes des guerres et des négociations n'intéressent que les spécialistes de l'histoire militaire ou diplomatique ; mais le résultat de la guerre ou du traité est un fait général qu'il faut connaître pour comprendre l'histoire sociale. On devra aussi connaître la durée des conflits qui ont suspendu les relations entre Etats et la nature des traités, surtout commerciaux et économiques.
Il n'est pas nécessaire d'en savoir tous les épisodes, on peut abandonner ce soin aux spéciahstes. Mais il est très dangereux d'ignorer les faits généraux de l'histoire politique ; on s'expose à attribuer à un changement économique une cause économique dans des cas où la cause évidente est un événement politique, comme la Révolution française.
On arrive enfin à une conclusion pratique sur l'application de la méthode historique aux sciences sociales.
La méthode historique est nécessaire pour le travail de préparation, même dans l'étude des sociétés contemporaines ; car la plupart des matériaux des sciences sociales ne sont pas des observations scientifiques, ce ne sont que des documents dont on ne peut tirer parti qu'au moyen d'un travail critique.
En outre la construction d'une science sociale complète comporte une étude de l'évolution des phénomènes sociaux antérieurs, c'est-à-dire une histoire sociale. Or, cette histoire sociale n'exige pas seulement, comme toute autre histoire, l'emploi de documents critiqués suivant la méthode historique. Mais elle-même ne peut pas être isolée des autres histoires ; elle ne peut être qu'un fragment de l'histoire totale des sociétés, une branche spéciale, comme l'histoire du droit ou du costume. Elle est même plus
étroitement liée à l'ensemble de l'histoire que ne le sont les histoires des littératures ou des sciences.
L'histoire sociale est science auxiliaire pour les autres histoires, dans la mesure où les faits sociaux sont cause des autres faits, — mesure beaucoup moins large que ne l'ont cru les spécialistes économistes. Les faits sociaux sont surtout les conditions nécessaires (négatives) des autres faits; là où ils ne se produisent pas, les autres ne peuvent se prodaire; mais ils ne sont qu'un support, non une substructure. Leur forme spéciale agit faiblement sur la direction des autres faits, et par suite leur histoire n'est que faiblement utile à l'intelligence de l'histoire des autres phénomènes.
L'histoire sociale est au contraire étroitement dépendante des autres histoires. Les faits sociaux n'ont pas en eux-mêmes leur raison d'être ; ils sont ou les produits d'autres actes (c'est le cas des faits démographiques) ou des moyens pour une fm d'une autre espèce (c'est le cas des faits économiques). Leur direction est donc, non pas en eux-mêmes, mais dans des faits d'une autre espèce. Ce n'est pas parce que les hommes produisent avec des procédés d'une forme donnée, qu'ils ont une vie intellectuelle, des mœurs privées, une organisation politique d'une espèce donnée ; c'est au contraire parce que leur vie a cette
forme donnée, intellectuelle, privée, politique qu'elle les entraîne à une certaine forme de vie économique. L'histoire sociale ne peut donc être comprise que par l'étude des autres branches de l'histoire : elle n'est qu'un fragment de l'histoire générale de l'humanité.
Avertissement.
I. Méthode historique. — Nature de Thistoire. — Caractère indirect de la méthode historique. — Opérations historiques. 1
II. Sciences sociales. — Sens primitif de ce mot. — Sens actuel.
— Caractère des sciences sociales 6
III. Nécessité de la méthode historique dajis les sciences sociales. 10 Pour l'étude des phénomènes actuels. — 2^ Pour l'étude de l'évolution des phénomènes. i4