‹ La méthode sociale; abrégé des Ouvriers européensChapitre 31 sur 114 · EXTRAIT DES LIVRES SACRÉ · texte numérisé non relu

EXTRAIT DES LIVRES SACRÉ

I. Le Dieu suprême a droit à nos adorations et à nos hommages. — Yao commence par dire qu'il faut adorer Dieu... Ainsi l'honneur est dû à Dieu, et les hommages que la religion lui rend sont à la tète de tout. (Chou-King : texte et commentaire.)

II. La vérité pure et sincère est la loi du ciel. (Meng-tseu, p. 371.)

III. La religion recevra des hommes les temps qu'ils lui doivent. — Vous viendrez honorer de sept jours en sept jours. (Y-King.)

IV. Veillez attentivement à ce que les enseignements des écoles et des collèges propagent les devoirs de la piété filiale. (Meng-tseu.)

V. Ceux, qui tuent les hommes... il n'est personne chez tous les peuples qui ne les ait en horreur. (King-Kao.)

VI. Se livrer à la volupté... est une atteinte à la piété filiale. (Meng-tseu.)

VIL Le second commandement de Fo défend de prendre le bien d'autrui. (Nouveaux Mémoires surlaChine.)

VIII. Il faut être sincère et vrai dans ses paroles envers tous les hommes, qu'on doit aimer de toute la force et l'étendue de son affection. (Kong-fou-tseu.)

IX. Ne désirez pas ce que vous ne devez pas désirer. (Meng-tseu, p. 480.)

X. Ce qu'on ne désire pas qui nous soit fait, il ne faut pas le faire aux autres. (Kong-fou-tseu, p. 210.)

Les textes chinois sont moins concis que ceux de l'Exode. Pour trouver l'identité des deux séries de commandements, il faut lire les livres d'où ces textes sont extraits. Voir à ce sujet V Annuaire social de 1875.

Elle s'impose, malgré le libre arbitre des individus (ni, 2), aux sociétés qui veulent être heureuses. Dans tous les temps et dans tous les lieux, toutes les races ont trouvé la stabilité et la paix sous cette constitution. Au contraire, quand elles ont dédaigné cet abri nécessaire à leur faiblesse, elles sont tombées dans la souffrance (iv, 11).

L'édifice social des races prospères comprend sept éléments essentiels. Considérés dans leurs principes, au milieu des variations survenues dans la nature des hommes et des différences offertes de tout temps par la nature des lieux, ces éléments peuvent être classés en trois groupes distincts.

Le premier groupe comprend les « deux fondements » permanents et inséparables : le Décalogue, loi suprême qui complète la nature imparfaite de l'homme, en réglant l'usage du libre arbitre; l'autorité paternelle, préposée par le IVe commandement à l'enseignement de la loi1, chargée, en outre, d'en imposer la pratique aux jeunes générations, en réprimant chez elles, par « la verge de la discipline »8, les tendances innées vers le mal.

Le deuxième groupe contient les « deux ciments » toujours alliés et variables selon les races : la religion, instituée par le IIIe commandement pour gouverner le monde des âmes ; la souveraineté, complétant, dans les

1. « Le père est, pour l'enfant, le principe et de la génération, et de l'éducation, et de la discipline, et de toutes les choses qui tendent à la perfection de la vie humaine. » [S. Thomas d'Aquin : Somme théologique, II, 11e, question 40I, art. h.)

2. « La folie est liée au cœur de l'enfant, et la verge de la discipline l'en chassera. » {Proverbes, xxii, 45.) — « Châtiez votre fils tant qu'il y a espérance. » (Ib., xix, 18.) — « N'épargnez point la correction à l'enfant, car, si vous le frappez avec la verge, il ne mourra point. » [Ib., xxm, 13.) — t La verge et la correction donnent la sagesse; mais l'enfant qui est abandonné à sa volonté couvre sa mère de confusion. » (Ib. , xxix, 15.) — « Si les pères et les mères achetaient des verges, » dit un livre chinois, « les bourreaux vendraient leurs sabres. » (L'abbé Grosier : Mémoires sur la Chine, t. iv, p. 268 etsuiv.)

en. V. — LES CONSTITUTIONS SOCIALES. 135

agglomérations de familles, la fonction de l'autorité paternelle1.

Le troisième groupe enfin présente les « trois matériaux », mêlés ou séparés, de la propriété foncière sous ses trois formes (iv, 8), communauté, propriété individuelle et patronage. C'est de ce groupe que les sociétés tirent leurs principaux moyens de subsistance.

l'odéissance a la constitution essentielle, chez les familles éparses de l'orient et du nord.

Malgré les changements considérables, souvent fâcheux, introduits récemment dans les idées, les mœurs et les institutions de l'Orient (IÏ,Ép. 4) et du Nord (III, Ép. là 5), on trouve encore de vastes régions où la constitution essentielle conserve son ascendant sur les esprits, en perpétuant le règne de la paix et de la stabilité. Les populations qui jouissent de ce bien-être ne restent pas seulement attachées aux sept éléments essentiels (2) relies obéissent, en outre, à certaines coutumes qu'on peut nommer « les compléments de la constitution sociale ».

Au premier rang de ces coutumes figurent : la fécondité, qui crée les familles fortes; la stabilité, qui perpétue, dans chaque famille, les bonnes traditions des ancêtres2 ; l'émigration, qui garantit la durée de ces deux avantages, en conjurantles inconvénients qu'amènerait l'agglomération exagérée des populations.

1. « Le pouvoir est une paternité. Dieu nous ordonne de l'honorer, et il mesure la vie des empires à leur fidélité à remplir ce commandement. » (Db Bonald : Essai sur les lois naturelles de l'ordre social, ch. iv.)

2. a La loi de la stabilité gouverne le monde moral et le monde politique comme le monde physique. Quiconque pèche contre cette loi brise le lien invisible qui unit entre eux les temps, et ne sait bientôt plus à quoi rattacher et

Dans l'opinion des familles modèles de l'Orient et du Nord, le régime de la fécondité n'est pas seulement conforme aux tendances naturelles de la race. Il émane de sentiments qui ont donné aux peuples fameux de l'histoire la puissance et la durée. Chaque père a pour sa famille les préoccupations qu'un bon souverain conçoit pour l;i nation qu'il gouverne (vi, 3). Il vit content, s'il est entouré d'enfants capables de conserver le nom et les vertus des ancêtres. Il meurt heureux, s'il lègue son pouvoir à un digne héritier, et surtout s'il entrevoit, parmi ses descendants, un homme ayant les qualités nécessaires pour conquérir à la famille une légitime renommée. Or, il est évident que la fécondité combinée avec l'obéissance à la constitution essentielle est le seul moyen de satisfaire à ce double désir. C'est sous l'inspiration de ces sentiments que se manifestent des exemples nombreux de renoncement personnel, d'amour pour la famille et de dévouement à la patrie. En Allemagne, beaucoup de familles rurales, qui conservent la fécondité, ne peuvent se créer des établissements nouveaux sur un sol complètement occupé; et, d'un autre côté, elles ne sauraient parfois se résoudre à quitter le domaine patrimonial. Dans ce cas, les membres de chaque génération se groupent, par le célibat, autour de celui d'entre eux qui est le plus capable de perpétuer, dans la famille, la tradition des ancêtres (III, In. 5). En Chine, une centaine de familles, issues des fils de Noé, se perpétuent à l'infini depuis 42 siècles, avec les mêmes noms, sous l'inspiration des mêmes sentiments1. Les incomment consolider ses nouvelles créations. » (àncillon : De la Souveraineté, trad. de l'allemand, 1816, p. 72.) — « Il ne manque aujourd'hui au présent que le passé; c'est peu do chose! comme si les siècles ne se servaient pas de base les uns aux autres, .et que le dernier arrivé pût se tenir en l'air. » (Chateaubriano : Mélanges politiques, t. VI, p. 580.)

I . « La force vitale d'une société est le caractère auquel nous pouvons re-

Cil. V. — LES CONSTITUTIONS SOCIALES. 137

nombrables rejetons sortis de ces premières souches conservent tous la fécondité. Beaucoup d'entre eux, ne pouvant aujourd'hui trouver place sur le territoire de la patrie, doivent émigrer au dehors; mais, n'ayant pu vivre au domaine paternel, ils se consolent au moins par la pensée que leur cendre y reposera près de celle des ancêtres1. C'est encore le dévouement à la famille qui explique la longévité de la race juive dans les conditions extraordinaires de dispersion où elle est placée depuis longtemps. Une préoccupation incessante de cette race transmet à chaque père l'espoir que le régénérateur de la nation israélite sortira de sa postérité. Les idées et les institutions les plus favorables au bien-être temporel d'un peuple sont celles qui attachent le vieillard à la tradition de ses ancêtres et au bonheur de ses descendants. Elles perpétuent pendant de longues années des forces précieuses qui, privées de ce stimulant, deviendraient promptement stériles. Les peuples les plus prospères ont toujours prolongé, par le respect et l'obéissance des jeunes générations, la vie active des vieillards.

La stabilité est absolue chez les familles allemandes signalées ci-dessus ; mais elle subsiste tout au moins, dans les mœurs et les sentiments, chez les grandes races qui, en adoptant un judicieux régime d'émigration, conservent la fécondité à tous les rejetons. Les colonies des nations

connaître la sagesse de ses lois et la constitution naturelle de son pouvoir. » (De Donald : Essai sur les lois naturelles de V ordre social, ch. n.)

4. Depuis plus de 4,000 ans, l'empire chinois conserve avec la fécondité une stabilité qui n'a existé au même degré chez aucun autre peuple. C'est parce qu'il a fondé ses coutumes sur l'autorité paternelle. Un homme de savoir et d'expérience l'a fort bien remarqué en ces termes précis : « Le respect filial, élevé à la hauteur d'une institution politique, est devenu le lien de cette immense monarchie. Pour recueillir des sujets paisibles, le gouvernement chinois a voulu donner à chaque père... des enfants dociles et respectueux. » (Amiral Jurien de la Gravière : Souvenir d'une station dans les mers de V Indo-Chine; Revue des Deux Mondes, 4 852, t. XIV, p. 484.)

prospères gardent, avec le respect duDécalogue,les idées et les mœurs de la mère patrie. Beaucoup de colons anglais perpétuent même le souvenir du château ou de la chaumière d'où est sorti leur ancêtre émigrant. Cependant ils ne considèrent pas leur nouvelle patrie comme un lieu d'exil; et ils veulent que leur cendre y demeure et soit un moyen de ralliement pour leur postérité. Ils ne renvoient point au lieu natal, comme les Chinois de la Californie, les restes de leurs compatriotes décédés; mais ceux qui ont fait fortune tiennent à honneur d'accomplir, au moins une fois en leur vie, le pèlerinage au lieu d'origine. La fête de Noël est l'époque choisie pour cette solennité; et l'un des principaux rites, qui sont le souvenir favori du pèlerin, consiste à manger le pudding de la vieille Angleterre à la table de la famille dont il est issu.

Chez les populations stables, la famille ne conserve pas seulement la tradition des idées et des mœurs : elle perpétue les institutions essentielles de la race, celles qui sont les appuis naturels de la paix. Chez les races les plus simples, chez les pasteurs de l'Orient, par exemple, ce sont les familles elles-mêmes qui se chargent de pourvoir aux services indispensables du gouvernement, à ceux qui ont pour objet « la paix de Dieu » et « la paix du souverain ». Les fonctions du culte sont exercées par le chef de famille ou par un membre voué au célibat, souvent avec le concours d'un voisin qui jouit, grâce à un pèlerinage aux lieux saints, d'une réputation de sainteté. Les familles se groupent en gouvernements locaux; et ceux de ces gouvernements qui se reconnaissent une communauté d'origine s'unissent eux-mêmes en province. Les fonctions de la vie publique prennent d'ailleurs peu de développement, parce que l'autorité toute-puissante du père suffit pour réprimer, dans le domaine de la famille, les mani-

festations du vice originel et pour empêcher qu'elles ne se fassent sentir, même dans les voisinages. Les deux grands services de la « paix du souverain », la force armée et la justice, sont donc peu compliqués. Tous les individus armés, pour la chasse plutôt que pour la défense du territoire, se réunissent au besoin sous le commandement de chefs institués par la tradition (II, vin, 1 et g). Les rapports mutuels des familles sont réglés par des coutumes séculaires émanées du Décalogue. Les rares contestations auxquelles ils donnent lieu sont apaisées par des arbitres ou des juges que leur sagesse désigne au choix des intéressés (II, vi, 20). Les rapports des localités et des provinces sont également réglés par les coutumes et les autorités traditionnelles, sans l'intervention d'aucune loi écrite. Aux divers degrés de la vie publique, les fonctions, toujours gratuites, ont pour unique dédommagement la considération et les honneurs. Même sous les régimes où la paix sociale est la mieux assurée, chez les pasteurs de l'Asie centrale, par exemple, on prévoit le cas où la discorde éclaterait entre deux localités d'une même nation. La constitution sociale a donc toujours, pour clef de voûte, un souverain chargé, en pareil cas, de réunir sous son autorité tous les éléments de la force armée et de rétablir l'ordre public. Toutefois, en demandant ainsi la sécurité à un souverain puissant, les pasteurs redoutent la corruption qui pourrait émaner de son entourage ; ils désirent que la résidence du monarque soit fort éloignée; et, par surcroît de prudence, ils s'adressent à deux souverainetés qui se contrôlent mutuellement, quand il y a lieu de remplir les devoirs de protection (III, In. 4; IV, In. 2).

De nos jours, on ne rencontre guère que dans les régions boréales cet état de simplicité et de vertu; mais les principaux traits delà constitution que je viens de décrire

existaient dans de vastes contrées de l'Orient et du Nord, quand j'y pénétrai pour la première fois. Comme je l'ai indiqué dans les Épilogues des tomes II et III, cet ancien état de choses s'est beaucoup modifié, même depuis 1855, sous l'influence des chemins de fer et des autres moyens qui amènent aujourd'hui plus que jamais la propagation rapide des corruptions de l'Occident. Cependant, au moment où j'écris ces lignes, beaucoup de populations éparses, à existence relativement simple, ont résisté à l'invasion du mal; on peut donc espérer que le spectacle du bonheur dont elles jouissent ramènera au bien les populations agglomérées, qui ont compliqué leur existence en s'adonnant avec exagération à l'industrie manufacturière, au commerce et surtout à la culture des arts libéraux.

Les peuples chez lesquels se perpétue l'obéissance à la constitution essentielle abondent encore dans la plaine saxonne comprise entre le Rhin et l'Elbe, dans les états Scandinaves, en Russie, en Turquie, en Hongrie et chez les communautés slaves (IV, 1,22) qui confinent à l'Occident. Dans cette dernière région, ils persistent même, à l'état d'oasis, sur les hautes montagnes des Alpes, de l'Auvergne, des Pyrénées, et particulièrement au sein des petits cantons suisses de l'Oberland et des provinces basques de l'Espagne. En conservant les idées simples, les bonnes mœurs et les vieilles coutumes, ces races modèles ne sont pas restées immobiles : elles ont subi les transformations commandées par l'acquisition des nouveaux moyens de subsistance; mais leur sagesse, aidée parla nature des lieux, les a préservées jusqu'à présent des exagérations dangereuses. Elles sont restées, entre les termes extrêmes de simplicité et de complication, dans une situation où les sept éléments essentiels de toute constitution se maintiennent avec des chances de durée. La famille, sous les

deux formes stables imposées par ia nature des lieux et des travaux, reste le principal agent conservateur; et elle se perpétue elle-même, grâce à. la stabilité du patrimoine d'où elle tire par le travail ses moyens d'existence.

En résumé, quelques traits caractérisent la constitution sociale des races simples : elles sont relativement éparses sur leur territoire; elles ont pour ressources ( principales les productions spontanées du sol et des eaux, avec quelques compléments fournis par l'agriculture pastorale, par les forêts et par les mines. Ces peuples se montrent d'autant plus contents de leur sort qu'ils ont moins recours à l'intervention de l'industrie manufacturière, du commerce et des arts libéraux. Le caractère dominant de la constitution est la suprématie de la famille soumise au Décalogue, à la religion et à l'autorité paternelle. Partout, d'ailleurs, la famille est appuyée sur le domaine des ancêtres; et elle complète, par la fécondité et l'émigration, les éléments essentiels de la paix et de la stabilité. Par la fécondité, la famille se procure le choix d'un bon héritier; par l'émigration, elle dirige utilement vers les colonies les activités surabondantes, qui pourraient troubler la métropole.

Les sociétés simples doivent le bonheur dont elles jouissent aux institutions, non à une nature spéciale de leurs membres. Chez toutes les races, prospères ou souffrantes, les enfants naissent avec les mêmes tendances innées vers le mal1. Chez toutes les sociétés, simples ou compliquées, ces tendances, si elles ne sont pas promptement réprimées, engendrent bientôt la ruine. Sous les constitutions simples que je viens de définir, les pères tiennent lieu des autres autorités, et ils ont le pouvoir

4. « Ce n'est pas seulement dans les penchants honnêtes, c'est aussi dans les mauvais penchants qu'un air de famille est remarquable chez les hommes. » (CicÉaoN : Des Lois, I, 11; traduction Nisard.)

d'opérer cette répression et d'assurer la paix. Ce régime laisse peu apercevoir l'action des gouvernants. Cependant le mot « liberté » de la phraséologie moderne ne lui convient aucunement, car la paix serait promptement détruite si l'on abandonnait les jeunes générations à leur libre arbitre. Ici le langage est imposé par la nature des choses : le vrai nom est « coaction paternelle » (i, 2).

LA REVOLTE CONTRE LA CONSTITUTION ESSENTIELLE CHEZ LES FAMILLES AGGLOMÉRÉES DE L'OCCIDENT.

Les grandes nations de l'Occident ont, en quelque sorte, perdu la notion suprême de la paix sociale : j'ai dû, en conséquence, recourir à quelques développements pour rappeler les traits principaux de la constitution qui procura ce grand bienfait à leurs ancêtres. Au contraire, ces mêmes nations ne connaissent que trop l'état de discorde où elles sont plongées; et elles sont ainsi préparées à comprendre une mention sommaire des causes qui ont amené cette triste situation.

L'histoire du mal date de la fin du moyen âge. A cette époque, deux causes principales commencèrent à ébranler l'ordre social, qui jusque-là avait été si solidement fondé sur la constitution essentielle. Le sol, presque partout défriché, ne fournissait plus des moyens d'établissement aux nombreux rejetons des familles rurales. Ceux-ci, puis leurs descendants, furent donc obligés de s'agglomérer dans les villes. Ils demandèrent leur subsistance à l'industrie manufacturière, servie par le commerce maritime; et, malheureusement, on ne tarda pas à constater que les populations vivant ainsi du travail de leurs bras,

sans l'aide des forces productives de la nature, avaient une existence moins assurée que ne l'avait été celle de leurs aïeux. D'un autre côté, les clergés, abusant des richesses qui avaient été le fruit des grands services rendus pendant neuf siècles par l'Église, tombèrent dans une corruption qui resta trop longtemps irrémédiable1. La discorde fut déchaînée dans le monde des âmes; et, pendant deux siècles, les guerres religieuses désolèrent l'Occident. Depuis lors une paix, en quelque sorte matérielle., a mis fin aux calamités les plus apparentes; mais des divisions profondes continuent à séparer les esprits. Les guerres internationales restent, comme dans le passé, la manifestation violente de la lutte éternelle du bien et du mal ; mais les périodes de paix deviennent plus rares, et elles n'apportent plus le repos réparateur que les populations y trouvaient autrefois. Cet état de guerre sociale, qui persiste en chaque lieu, au milieu de la paix des nations, est devenu le fléau des constitutions sociales de l'Occident; et il prend chaque jour un caractère plus dangereux, sous les influences matérielles et morales que j'ai souvent signalées dans les cinq derniers tomes des Ouvriers européens.

La souffrance matérielle a pour origine principale les

1. « Saint Bernard, » dit Bossuet, a a gémi toute sa vie des maux de l'Église. Il n'a cessé d'en avertir les peuples, le clergé, les évoques, les papes même... L'Église romaine qui, durant neuf siècles entiers, en observant avec une exactitude exemplaire la discipline ecclésiastique, la maintenait de toute sa force par tout l'univers, n'était pas exempte de mal ; et, dès le concile de Vienne, un grand évoque, chargé par le pape de préparer les matières qui devaient y être traitées, disait qu'il fallait réformer l'Église dans le chef et dans les membres. Le grand schisme, arrivé un peu après, mit plus que jamais cette parole à la bouche, non seulement des docteurs particuliers, d'un Gerson, d'un Pierre d'Ailli, des autres grands hommes de ce temps-là, mais encore des conciles. » (Bossuet : Histoire des variations, p. 30; Œuvres complètes, t. XIX, Paris, 1816.)

14i LIVRE I. — LES ORIGINES DE LA METHODE.

innovations qui, en transformant les régimes manufacturiers du moyen âge, ont enlevé aux populations la sécurité relative qui leur était donnée par ce régime et qui reste leur premier besoin. Cette sécurité fut rarement compromise jusqu'à la fin du siècle dernier, sous les trois organisations du travail (iv, o), qui se superposèrent peu à peu, et qui n'ont point tout à fait disparu sous les régimes nouveaux de l'Occident. Depuis le moyen âge, les corporations d'arts et métiers pourvoyaient assez bien à leur propre bien-être. Depuis la renaissance, les propriétaires des grandes usines hydrauliques, des mines et des forêts étendaient aux ouvriers de ces usines le patronage que la coutume leur imposait pour les ouvriers agriculteurs. Enfin, à partir du xvne siècle, les particuliers et les compagnies qui fondèrent les grandes manufactures avec les encouragements des souverains se croyaient également tenus de remplir les devoirs du patronage. Au contraire, on ne saurait trop le redire, les erreurs du Contrat social (vi, 6) ont donné, depuis 1762, une impulsion différente aux idées, aux moeurs et aux institutions. La diffusion de ces erreurs a coïncidé avec l'invention de la machine à vapeur, qui remplace l'effort des bras, avec celle de la machine à filer et des autres engins mécaniques qui rendent inutile l'adresse des mains, enfin, avec l'ensemble des nouveautés qui concentrent sur les bassins carbonifères de l'Occident certains travaux manufacturiers. Les effetsde cette révolution s'aggravent rapidement, à mesure que les chemins de fer et les bateaux à vapeur s'établissent pour transporter, jusqu'au bout du monde, les hommes, les idées et les produits des agglomérations urbaines, manufacturières et commerciales de l'Occident. Sous la pression de ces nouveautés, les ouvriers restent de plus en plus exposés sans protection aux souffrances émanant des transfor-

mations brusques, dont l'effet est souvent aggravé par les calamités publiques et par l'imprévoyance des populations. On s'explique ainsi que l'antagonisme social croisse, dans l'esprit des sociétés nouvelles, plus rapidement encore que les agglomérations d'hommes, sur les bassins houillers.

La souffrance morale provient d'une cause moins compliquée et plus redoutable : c'est la corruption des mœurs et des idées qui, dans tous les temps, a provoqué la décadence, puis souvent la ruine des nations. Toutefois le mal actuel présente un caractère particulier : il réside dans les idées plus que dans les mœurs , dans l'erreur plus que dans le vice. C'était le contraire dans l'antiquité. Babylone, Ninive et Sodome périrent surtout par le débordement des appétits sensuels; et ce même caractère du mal apparaît, dans notre histoire, au début des deux époques de décadence qui correspondent, l'une, aux règnes des derniers Valois, l'autre, aux règnes de Louis XIV et de ses successeurs immédiats. Mais si l'origine du mal fut la même aux deux époques, les moyens de réforme et surtout les résultats ont été très différents. Ce contraste peut être décrit en termes sommaires : il démontre que l'erreur, alors même qu'elle est propagée avec de bonnes intentions, peut devenir plus funeste que le vice. Au surplus, si je m'attache à ce détail de l'histoire moderne de la France, c'est qu'il abonde en faits utiles à l'étude des constitutions sociales. Aucun pays n'a fait à ce sujet autant d'expériences : aucun ne fournit donc, en cette matière délicate, autant de lumières sur la distinction du bien et du mal.

La corruption des mœurs qui signala l'époque des

derniers Valois eut pour origine les germes pernicieux

importés par les armées de Charles VIII et de Louis XII,

qui avaient séjourné en Italie Ces germes grandirent à

la cour fastueuse de François Ier; et ils ne cessèrent pas de se développer à la suite du funeste mariage de Henri II, qui favorisa l'importation directe des mauvaises mœurs italiennes. Le clergé s'associa à la corruption; il seconda les résistances opposées, par les passions politiques, aux réformes nécessaires; et il donna son concours aux violences exercées par les gouvernants contre ceux qui les réclamaient. Les réformateurs, de leur côté, ne surent point se renfermer dans les bornes d'une résistance légale. Us n'eurent point la patience de restaurer, par les bons exemples de leur vie, les forces morales qui, dans le passé, avaient fait la grandeur de la France. En se révoltant contre les dogmes de l'Église et l'autorité du roi, ils paralysèrent l'action réformatrice qu'aurait pu exercer la majorité de la noblesse, qui, dans les provinces éloignées, échappait aux corruptions de la cour. Michel Montaigne nous montre, dans ses Essais, le parti que dut prendre, au milieu des guerres civiles, l'élite de la nation. Il resta fermement soumis aux coutumes nationales de la religion et de la monarchie, et jusqu'à sa mort il donna l'exemple de cette soumission. Toutefois il n'apporta point son concours aux persécutions exercées par les gouvernants : il résigna ses fonctions publiques et se retira sur son domaine rural. Il réclama la réforme des mœurs de la cour; mais il le fit avec une modération extrême1, pour ne point encourager l'esprit de révolte. Il fut encore plus réservé dans ses écrits en ce qui touche les mœurs du clergé. Il donna ainsi l'exemple de la sagesse à cette nombreuse partie de la classe dirigeante qui, à la fin de la guerre

1. « La façon de quoy nos lois essayent à régler les folles et vaines despenses des tables et vestements semble être contraire à sa fin... Que les roys commencent à quitter ces despenses, ce sera faict en un mois sans édict et sans ordonnance; nous irons tous aprez. » (Montaigne : Essais, livre, I, ch. xliii.j

civile, se trouva prête à seconder l'œuvre de la paix sociale et de la réforme morale. Malgré sa mort prématurée en 1610, Henri IV put accomplir cette double entreprise. Il pourvut à la paix sociale par deux, moyens principaux. En premier lieu, il rétablit par sa conversion (1593) l'alliance nécessaire de la religion et de la souveraineté; il introduisit parmi les catholiques et les protestants, au moyen de l'édit de Nantes (1598), l'esprit d'harmonie, que son successeur compléta, en 1629, par l'édit de grâce. Il s'efforça, d'ailleurs, de restaurer l'union des deux cultes, jusqu'à ce que la haine, encore déchaînée, l'eut arrêté dans son œuvre de paix. En second lieu, si le roi Henri ne contribua guère par ses exemples à la réforme morale, il en jeta les fondements en appelant au pouvoir des hommes irréprochables et en réprimant soigneusement le vice originel chez son fils, qui devint le chaste Louis XIII i* En résumé, ce fut par le retour à la tradition nationale que le roi restaura la constitution essentielle et prépara l'époque brillante de saint Vincent de Paul, de Descartes et de Condé.

En violant ouvertement, dès le début de son règne (1661), les coutumes nationales de la religion et de la souveraineté ; en violant par la fraude, avec le concours d'un ministre immoral 2, les franchises du gouvernement local; enfin, en révoquant plus tard l'édit de Nantes (1685), Louis XIV recommença l'œuvre de corruption des

4. Henri IV écrivait à Mme de Monglat, gouvernante du dauphin, alors âgé de six ans : « Je veux et vous recommande de le fouetter toutes les fois qu'il fera l'opiniâtre ou quelque chose de mal, sachant bien par moi-même qu'il n'y a rien au monde qui lui fasse plus de profit que cela... : étant de son âge, j'ai été fort fouetté. »

2. En 1662, Golbert ayant augmenté, sans ménagement, les impôts indirects, provoqua une révolte des paysans dans le Boulonnais. Il profita de cette circonstance pour supprimer les anciennes franchises de la province. Il envoya sur les lieux le sieur de Machault, maître des requêtes, pour faire une enquête qui pût

Valois1. Les mœurs ne cessèrent point de se pervertir à la cour de France,, jusqu'à la fin du règne de Louis XV. Pendant cette longue période de scandales, la classe dirigeante, inspirée par un excès de loyauté envers la personne du souverain, gardant le souvenir des maux déchaînés par les guerres civiles, ne voyant aucun remède à opposer aux souffrances morales du pays, abandonna aux lettrés le soin de cultiver les idées de réforme conçues, à la suite des guerres de religion, par les écrivains de l'Angleterre et de l'Allemagne. Dans cette direction d'idées, les organes de l'opinion conçurent le dessein de réagir, sans recours à la violence, contre la corruption des autorités publiques, qui se montraient impuissantes à garder la paix de Dieu et du souverain. On ne songea plus à renverser les fonctionnaires civils et religieux, multipliés par la complication de la société : on s'attacha surtout à prouver qu'ils étaient inutiles et même dangereux. Inspiré par un amour sincère de l'humanité, J.-J. Rousseau donna satisfaction à ces tendances dans une suite d'ouvrages qui passionnèrent

justifier celte mesure. 11 lui écrivit à cette occasion : « Il est d'une très grande conséquence que vous dirigiez vos informations et procédures en sorte qu'il soit évident que Sa Majesté aura beaucoup de raisons et de justice d'exécuter cette pensée... ce que je ne doute point que vous ne fassiez aisément, et par la qualité de la chose... el par votre adresse et la facilité que vous avez de donneraux affaires la face que l'on souhaite, » (Archives de la marine; Recueil de diverses lettres, f° 3* .)

1. Louis XIV provoqua même la corruption nationale d'une manière plus directe en attirant, à la cour de Versailles, une grande partie de la noblesse qui à l'époque des derniers Valois ne quittait ses domaines que par une rare exception. C'est, en effet, l'état de choses que signale le passage suivant : « A la vérité, nos lois sont libres assez; et le poids de la souveraineté ne touche un gentilhomme français, à peine deux fois en sa vie... Car qui se veult tapir en son foyer et sçait conduire sa maison sans querelle et sans procez, il est aussi libre que le duc de Venise. » (Montaigne : Essais, I, xlii.) Ici il ne faudrait pas objecter que cette liberté du xvie siècle était un privilège pour la noblesse, car les bourgeois, en vertu de leurs coutumes traditionnelles, jouissaient, dans leur ville, de toute l'indépendance compatible avec le régime des communes urbaines.

ses contemporains. L'ensemble du système développé, à partir de 17/i9, par des écrits charmants, se résumait dans un fait matériellement faux, puis dans trois conclusions dictées par une impitoyable logique.

Selon l'école de Rousseau, l'enfant naît avec une tendance innée vers le bien. On a fait jusqu'à présent le malheur de l'humanité en admettant qu'il est porté au mal. A ce point de vue, on a dû, en effet, organiser des hiérarchies compliquées pour détruire, par la coaction, dans le cœur de la jeunesse, les inclinations naturelles vers le bien. La souffrance, qui déborde dans les sociétés traditionnelles, n'est donc point dans la nature de l'homme : elle est toute factice. Elle provient des contraintes et des inégalités sociales qui pèsent sur les peuples.

Dès que cette erreur se fut emparée des esprits, les cœurs ardents furent amenés à s'écarter de la méthode pacifique, qui avait été le point de départ du système. La logique conseilla, à la fin, de renverser par la force les pouvoirs publics qui, môme après les enseignements du Contrat social, continuaient à pervertir le peuple. Cette révolution décisive fut accomplie le 14 juillet 1789 ; et, depuis lors, a:: milieu des dix-neuf transformations qu'elle a subies, la constitution de la France repose en fait sur trois faux dogmes : la liberté systématique, l'égalité providentielle et le droit de révolte.

Les faits rapportés ci-dessus mettent en pleine lumière le contraste des moyens employés à deux époques de notre histoire pour remédier a la souffrance morale des populations. Après les calamités de la Ligue, au début du xvne siècle, le roi Henri IV, tout en conservant les mauvaises mœurs contractées à la cour des Valois, avait restauré, en douze années, la paix sociale. A cet effet, il s'était appuyé sur les quatre forces morales de la constitu-

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tion essentielle : sur le Décalogue et l'autorité paternelle, ayant eux-mêmes pour appuis les coutumes nationales de la religion et de la souveraineté. Au contraire, les réformateurs à mœurs austères, Rousseau et les disciples qu'il a formés à l'école du Contrat social, n'ont rien réformé, depuis cent seize ans, en s'inspirant d'une foi absolue dans les faux dogmes de 1789; et cependant plusieurs d'entre eux ont mis au service de leurs erreurs un talent et un courage qui rappellent parfois les vertus que les hommes soumis à Dieu et à sa loi emploient à servir la vérité. En ce qui touche spécialement la réforme morale, les novateurs de 1789 ont même provoqué des résultats contraires à ceux qu'ils se flattaient d'atteindre. Les classes populaires, qui sont l'objet principal de leur sollicitude, n'avaient point été affectées, sous l'ancien régime, comme les classes riches, par la corruption émanant de la cour. Aujourd'hui, dans les grandes villes, certaines catégories d'ouvriers sont tombées dans un état d'abjection qui dépasse tout ce que peut concevoir une imagination dépravée \

En revanche, il s'est produit une amélioration sensible dans les mœurs de la classe dirigeante. A la suite des effusions de sang amenées en juin 18/t8, par une nouvelle application des faux dogmes, les gens de bien, qui se déconsidèrent et s'annulent en se nommant eux-mêmes «conservateurs», ont été saisis par un sentiment d'horreur; et leurs représentants à l'Assemblée nationale se sont enfin décidés à sortir, pour un moment, de l'état d'inertie dans lequel ils ont été successivement réduits par la

1. J'ai trouvé, en 4 870, une première mention de ces nouveautés dans un livre de M. D. Poulot, ancien ouvrier mécanicien. Ce livre, intitulé le Sublime (Paris, librairie internationale), doit être lu dans la 1r' édition. Après le 4 septembre 1870, le mal s'est développé; et, avec la publication de l'Assommoir, par .M. Zola, il a fait éclore une branche nouvelle de littérature.

tyrannie de l'ancien régime et les violences de la révolution. Voulant commencer la réforme de la France, ils ont fourni à la jeunesse le moyen d'échapper au vice radical de l'enseignement secondaire. Ils ont pourvu ind" ment à l'amélioration du régime universitaire, où le v .., enseignant, composé d'hommes habiles et dévoués, est privé du pouvoir et de l'initiative qui lui appartiennent chez toutes les grandes nations contemporaines; où, sous la pression de mauvais règlements, ils sont impuissants à donner cette partie essentielle de l'éducation qui dresse la jeunesse a respecter ses maîtres et, plus tard, les autorités publiques. Par la loi du 15 mars 1850, l'Assemblée rendit à la France une des plus grandes forces morales de l'ancien régime1 en édictant la liberté de l'enseignement secondaire. Depuis 29 ans, elle a formé une classe admirable de maîtres qui ne sont point plus habiles que leurs confrères de l'université, mais qui ont, sur ces derniers, trois avantages : ils ne peuvent s'endormir sur l'oreiller du monopole; ils ont la responsabilité directe de leurs leçons, et, pour réussir, ils doivent, par leurs services, gagner la confiance des parents, ainsi que le respect et l'amour de leurs élèves. Les nouvelles générations élevées par de tels maîtres reviennent spontanément, comme celles de l'ancien régime, a la soumission envers les quatre forces morales de la constitution essentielle : elles respectent déjà le Décalogue et la religion; elles obéiront a l'autorité paternelle et, par suite, à la souveraineté, quand la loi écrite ne les poussera plus a la révolte. Ce retour extraordinaire de la jeunesse aux mœurs sévères

I. « Puisque la foiblesse de notre condition humaine requiert un contrepoids en toute chose, il est plus raisonnable que les universitez et les jésuites enseignent à l'envi, afin que l'émulation aiguise leur vertu. » (Cardinal db Richelieu : Testame?it politique, l" partie, ch. n, section 11.)

dérivant de la loi morale a été, comme on le voit, la conséquence directe des maux1 déchaînés en juin I8/18 par ^application des faux dogmes de 1789. Les gens de bien les ro Qui se groupent encore sous cette date célèbre, \^isr.tnt voir avec satisfaction ce commencement de réforme morale, mais ils ne sauraient évidemment en réclamer l'honneur.

La supériorité qu'offrent les coutumes dérivées du Décalogue, quand on les compare aux nouveautés déduites des trois faux dogmes, n'est pas seulement démontrée par l'histoire de France. Oa pourrait également en trouver la preuve dans l'histoire des nations voisines. On peut encore donner à ce sujet une démonstration concluante, quand on compare la souffrance actuelle des Français avec la prospérité relative des autres nations de l'Occident, qui, ayant été envahies plus ou moins, dans les idées et les mœurs, par les faux dogmes, ont du moins été assez illogiques pour conserver, dans les institutions, les sept éléments de la constitution essentielle.

1. « Dieu sait, à l'aide de ses sages lois, ramener dans l'ordre les facultés inférieures de ses créatures, par les peines qui accablent l'homme prévaricateur. » (S. Augustin, De V Instruction des ignorants, xvm.) — « Dieu donne des préceptes à la raison humaine et la redresse si elle s'écarte; il donne des lois aux sociétés et les y ramène, si elles les violent, par les malheurs mêmes qui naissent de leur désobéissance. » (De Bonald : Essai sur les lois naturelles de l'ordre social, ch. 11.)

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