‹ La métromanie; comédie en cinq actes. Précédée d'une noticeChapitre 103 sur 127 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

DORANTE, LISETTE

Lisette, bas, apercevant Dorante, et lui tournant brusquement le dos.

Le jaloux nous surprend : le voilà furieux; Car je passe, à coup sûr, pour Lucile, à ses yeux.

Dorante, se tenant à trois pas derrière elle. « Avec cette promesse où mon espoir se fonde, «Je vous laisse, et m'en vais le plus content du monde.;

Madame, on n'aura pas de peine à concevoir Quelle étoit la promesse, et quel est cet espoir. Mais ce que l'on auroit de la peine à comprendre. C'est que cette promesse et si douce et si tendre.

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Reçue à la même heure, et presque au même lieu, Mot à mot, dans ma bouche, ait mis le même adieu. Il faut vous en faire un de plus longue durée. Et dont vous vous teniez un peu moins honorée. Adieu, Madame, adieu! Ne vous f^atez jamais Que je vous aye aimée autant que je vous hais!

(// fait quelques pas pour s'en aller S Lisette, bas.

Donnons-nous à notre aise ici la comédie, Car il va revenir.

(Elle s'assied au-devant, et à Vun des coins du

théâtre, en face du parterre, et levé l'éventail du

côté par oii Dorante peut l'aborder.) Dorante , croyant voir dans cette atitude l'embaras d'une personne confondue, et sans avancer. Monstre de perfidie !

Pouvoir ainsi passer, d'abord et sans égard , Des mains de la nature à ce comble de l'art ! M'avoir peint ce rival comme le moins à craindre! M'avoir persuadé, presqu'au point de le plaindre ! Qu'avez-vous prétendu par cette trahison? Pourquoi, d'un vain espoir y mêlant le poison, Me venir étaler d'obligeantes alarmes; Me dire, en paroissant prête à verser des larmes : « Dorante ! ou je fléchis mon père, ou de mes jours « A l'azile oùj'étois je consacre le cours! » Quels étoient vos desseins? Répondez moi, cruelle ! Ne les dois-je imputer qu'à l'orgueil d'une belle Qui, jalouse des droits d'un éclat peu commun. Veut gagner tous les cœurs, et ne pas en perdre un?

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Ce reproche fût-il le seul que j'eusse à faire !

Mais, hélas! malgré moi la vérité m'éclaire.

Ce rival, dès long-tems, est le rival aimé.

C'est pour lui que j'ai vu votre front alarmé;

Et quand vous me disiez que j'en étois la cause ,

Quand vous promettez plus que l'amour même n'ose,

C'est que de votre amant vous protégiez les jours

Et vouliez ralentir la vengeance où je cours.

Oui , j'y vole; on ne l'a tantôt que diférée,

Et ma rage, à vos yeux, l'auroit déjà tirée;

J'ataquois devant vous le traître, en arrivant ,

Si je n'eusse voulu jouir auparavant

De la confusion qui vous ferme la bouche!

Que ma plainte à présent vous révolte ou vous touche,

Repentez-vous, ou non , de m'avoir outragé.

Vous ne me verrez plus que mort, ou que vengé !

Lisette , ef rayée.

Dorante!

Dorante.

Je m'arrête au cri de l'infidelle !

Elle tremble, il est vrai; mais pour qui tremble-t-elle ? N'importe : je l'adore; écoutons-la. Parlez.

( Se raprochant.) Je veux encor, je veux tout ce que vous voulez. Rejetons le passé sur l'inexpérience.

Et redemandez-moi toute ma confiance.

Un regard, un seul mot, n'a qu'à vous échaper. Mon cœur vous aidera lui-même à me tromper. Ah! Lucile, ai-je pu si-tôt perdre le vôtre? Vous me haïssez !

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