‹ La métromanie; comédie en cinq actes. Précédée d'une noticeChapitre 41 sur 127 · ACTE I, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I

Lisette.

A ne pas nous conoître.

MONDOR

Illuminations, bal, concert?

Lisette.

Tout cela.

MONDOR

Un beau feu d'artifice?

Lisette.

Il est vrai.

MoNDOR.

M'y voilà.

Damis doit être ici; chaque mot me le prouve. Quand le diable en seroit, il faut que je l'y trouve.

Lisette.

Sa mine? Ses habits? Son état? Sa façon?

MONDOR

Oh! c'est ce qui n'est pas facile à peindre. Non! Car, selon la pensée où son esprit se plonge, Sa face, à chaque instant, s'élargit ou s'alonge. Il se néglige trop ou se pare à l'excès. D'état, il n'en a point, ni n'en aura jamais. C'est un homme isolé qui vit en volontaire; Qui n'est bourgeois, abbé, robin, ni militaire; Qui va, vient, veille, sue, et, se tourmentant bien, Travaille nuit et jour, et jamais ne fait rien; Au surplus, rassemblant dans sa seule personne Plusieurs originaux qu'au théâtre on nous donne : Misantrope, Étourdi, Complaisant, Glorieux, Distrait... ce dernier-ci le désigne le mieux.

Et tiens, s'il est ici, je gage mes oreilles Qu'il est dans quelque allée à bayer aux corneilles, S'aprochant, pas à pas, d'un ha-ha qui l'atend, Et qu'il n'apercevra qu'en s'y précipitant.

Lisette.

Je m'oriente. On a l'homme que tu souhaites. N'est-ce pas de ces gens que l'on nomme poètes?

MONDOR

Oui.

Lisette.

Nous en avons un.

MONDOR

C'est lui.

Lisette.

Peut-être bien.

MONDOR

Quoi donc!

Le personage en tout ressemble au tien ; Sinon que ce n'est pas Damis que l'on le nomme.

MoNDOR.

Contente-moi, n'importe; et montre-moi cet homme.

Lisette.

Cherche! Il est à rêver là bas, dans ces bosquets. Mais vas-y seul : on vient, et je crains les caquets.

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