SCENE IV
FRANCALEU, DORANTE, DAMIS.
Francaleu.
Peste soit de ces coups où Ton ne s'atend pas ! Voilà ma pièce au diable et mon théâtre à bas !
D.'VMIS-
Cornent donc?
Francaleu.
Trois acteurs : l'amant, l'onde, le père. Manquant à point nommé, font cette belle affaire. L'un est inoculé; l'autre, aux eaux; l'autre, mort. C'est bien prendre son tems.
Damis.
Le dernier a grand tort.
Fr.\ncaleu.
Je croyois célébrer le retour de ma fille ;
A grands frais je convoque amis, parens, famille ; J'assemble un auditoire et nombreux et galant; Et nous fermons! Cela n'est-il pas régalant?
Damis, froidement.
Certes les trois sujets étoient bons; c'est domage.
Francaleu.
Quelle sérénité! Sçavez-vous, quand j'enrage, Que j'enrage encor plus si l'on n'enrage aussi?
C'est que je vois. Monsieur, bon remède à ceci. Le rôle des vieillards n'est pas de longue haleine : Les deux premiers-venus le rempliront sans peine.
Francaleu.
Et l'amant?
Damis, présentant Dorante.
Mon ami s'en aquite à ravir.
Dorante, à Francaleu.
Vous me voyez, Monsieur, tout prêt à vous servir,
Francaleu, à Damis.
Il a d'un amoureux tout à fait l'encolure.
Damis.
Le jeu bien au dessus encor de la figure.
Francaleu.
Mais il s'agit ici d'un amant maltraité; Et peut-être monsieur ne l'a jamais été. Or il faut, quelque loin qu'un talent puisse ateindre, Éprouver pour sentir, et sentir pour bien feindre.
Damis, avec un rire malin.
Aussi n'ira-t-il pas se chercher en autrui : Le rôle qu'il accepte est modelé sur lui.