ACTE II, SCENE I
j c goûte à ce comerce un plaisir incroyable ! Et vous ne trouvez pas l'avanture impayable?
Baliveau.
Ma foi, je n'aime point que vous ayez donné Dans un goût pour lequel vous étiez si peu né. Vous poëte! Hé! bon Dieu! depuis quand? Vous! Francaleu.
Moi-même.
Je ne sçaurois vous dire au juste le quantième. Dans ma tête, un beau jour, ce talent se trouva; Et j'avois cinquante ans quand cela m'ariva. Enfin je veux chez moi que tout chante et tout rie. L'âge avance, et le goût avec l'âge varie. Je ne sçaurois fixer le tems ni les désirs, Mais je fixe du moins chez moi tous les plaisirs. Aujourd'hui nous jouons une pièce excellente; J'en suis l'auteur. Elle a pour titre : L'Indolente. Ridicule jamais ne fut si bien daubé ; Et vous êtes, pour rire, on ne peut mieux tombé.
Baliveau.
Ne comptez pas sur moi. J'ai quelque afaire en tête. Qui ne feroit chez vous de moi qu'un trouble-fête.
Francaleu.
Et quelle afaire encor?
Baliveau.
Un diable de neveu Me fait, par ses écarts, mourir à petit feu. C'est un garçon d'esprit, d'assez belle aparence. De qui j'avois conçu la plus haute espérance : J'en fis l'unique objet d'un soin tout paternel;
Mais rien ne rectifie un mauvais naturel.
Pour achever son droit (n'est-ce pas une honte?)
Il est, depuis cinq ans, à Paris, de bon compte.
J'arrive : je le trouve encore au premier pas,
Endetté, vagabond, sans ce qu'on ne sçait pas.
Ne pourrois-je obtenir, pour peu qu'on me seconde,
Un ordre qui le mette en lieu qui m'en réponde?
Ne conoissant persone, et vous sçachant ici.
Je venois...
Francaleu.
Vous aurez cet ordre.
Baliveau.
Grammerci.
Francaleu.
Mais, plaisir pour plaisir.
Baliveau.
Pour vous que puis-je faire?
Francaleu.
Dans la pièce du jour prendre un rôle de père.
Baliveau.
Un rôle ! à moi?
Francaleu.
Sans doute, à vous.
Baliveau.
C'est tout de bon?
Oui. N'êtes-vous pas bien de l'âge d'un barbon?
Soit. Mais...