SCENE II
FRANCALEU, LISETTE.
Francaleu.
Moi, je fais l'onde; et toi, Lisette, es-tu contente? Tu voulois un beau rôle, et tu fais l'Indolente. Reste à s'en bien tirer. Ma fille est sous tes yeux; Tâche à la copier. Tu ne peux faire mieux. Le modèle est parfait.
Lisette.
N'en soyez pas en peine.
Je veux lui ressembler au point qu'on s'-y méprene. J'ai d'abord un habit en tout pareil au sien; J*ai sa taille; j'aurai son geste et son maintien : Enfin, je veux si bien représenter l'idole Qu'elle se reconoisse à la fadeur du rôle. Et, comme en un miroir, s'y voyant traits pour traits. Que l'insipidité l'en dégoiîte à jamais. Car, Monsieur, excusez, mais, vous et votre femme. Vous avez fait un corps où je veux mètre une ame.
Francaleu.
L'indolence en effet laisse tout ignorer ; Et combien l'ignorance en fait-elle égarer! Le danger vole autour de la simple colombe;
Et, sans lumière, enfin, le moyen qu'on ne tombe? Tu feras donc fort bien de la morigéner. Qu'elle sçache conoître, aplaudir, condamner; Qu'à son gré d'elle-même elle dispose ensuite. Le penchant satisfait répond de la conduite. C'est contre le torrent du siècle intéressé ; Mais, me regardât-on comme un père insensé, Je veux qu'à tous égards ma fille soit contente , Que l'époux qu'elle aura soit selon son atente, Qu'elle n'écoute qu'elle et que son propre cœur Sur un choix qui fera sa perte ou son bonheur; Qu'elle s'explique enfin là-dessus sans finesse. Ce lieu rassemble exprès une belle jeunesse, Vingt honêtes partis, dont le meilleur, je croi, Ne refusera pas de s'allier à moi.
Ma fille est riche et belle. En un mot, je la donne Au premier qui lui plaît; je n'excepte persone.
Lisette.
Pas même le poëte?
Francaleu.
Au contraire, c'est lui Que je préférerois à tout autre aujourd'hui.
JLisette.
Je ne le crois pas riche.
Francaleu.
Hé bien! j'en ai de reste!
J'aurai fait un heureux : c'est passe-tems céleste. Favorisant ainsi l'honête homme indigent, Le mérite, une fois, aura valu l'argent