COMMISSION D'ETUDES
Commission nommée par le Lieutenant Gouverneur en Conseil avec pleins pouvoirs. — Etudes portant sur le gouvernement municipal de la Cité et de l'Ile.
Rapport au Gouverneur en Conseil, à la Cité et aux Conseils Municipaux de l'Ile. — Conférence des représentants de tous ces conseils. — Discussion et adoption du rapport.
Architectes voyers, ou ingénieurs des ponts et chaussées. — Leur emploi par le gouvernement sur tous les chemins nouveaux, par les municipalités. — Architectes sanitaires ou d'hygiène : Architectes paysagistes. — Carrières pour notre jeunesse.
Action nécessaire du gouvernement.
Pour mettre à exécution le projet élaboré dans les chapitres précédents/ il est de toute nécessité d'avoir la sanction des lois.
La première chose à faire doit être la nomination par le gouvernement d'une commission spéciale avec pleins pouvoirs de s'enquérir , ici et à l'étranger, des moyens de former une confédération municipale de
toute l'Ile de Montréal. Le fonctionnement de l'administration de Paris et de Londres, l'union des faubourgs de New- York et de certaines autres grandes villes devrait être étudiés à fonds sur les lieux. Les commissaires pourraient obtenir des renseignements précieux des autorités municipales de quelques villes. On conçoit facilement que pour bien accomplir leur tâche, il leur faudrait l'autorité d'une nomination officielle.
Puis, leurs études devraient se porter sur tout ce qui concerne notre Ile. Ils pourraient consulter des experts, interroger des architectes, des paysagistes et des ingénieurs, en un mot puiser aux meilleures sources les connaissances requises pour faire un rapport complet.
Tout individu ou toute compagnie ayant des intérêts à protéger serait entendue par procureur ou autrement. Les suggestions de toute sorte seraient écoutées et mises à profit. Aucun droit ne devrait être lésé, aucune prérogative ignorée.
Ils seraient chargés d'indiquer les avantages que présente notre région pour l'éta-
blisseineut d'une immense ville moderne. Ils feraient ressortir toute la beauté et l'aisance que l'on peut retirer de notre incomparable site. Ils écouteraient les observations des notables et conseillers de nos municipalités avoisinantes et prendraient note de leurs suggestions ou objections.
Mais leur premier devoir serait d'adopter, avec le concours d'architectes, d'ingénieurs, de paysagistes et de dessinateurs, un plan d'ensemble pratique, artistique et non susceptible de changements, un plan ne varietur. Car c'est sur un tel plan d'ensemble que repose toute la construction logique d'une ville moderne. C'est la base de tous les travaux à venir ; c'est la boussole infaillible qui sait guider la marche des échevins, contrôleurs ou fonctionnaires techniques. Ce plan en mains, on sait où l'on va, et la ville grandit naturellement, logiquement, sans effort. On ne tâtonne plus pour chercher des embellissements ou des améliorations. Le gros de la besogne est fait, il ne s'agit plus que de proportionner les travaux aux revenus et d'obtenir un personnel compétent.
Rien ne peut se faire avant l'adoption de ce plan d'ensemble qui doit être la résultante de l'enquête la plus minutieuse et la plus honnête possible. Devrait-on prendre des années à l'adopter et devrait-il coûter une centaine de mille dollars que ce ne serait pas exagéré ni exorbitant. Il faut pour éviter toute expropriation que les grandes voies publiques soient clairement dessinées et marquées d'avance, et arpentées; que les sites des parcs et jardins soient tout trouvés, et que l'on indique où passeront les tuyaux souterrains.
Ce plan d'ensemble devra être incorporé dans une loi spéciale et sanctionné par le lieutenant-gouverneur. Il mettra un frein aux empiétements des spéculateurs qui ne se préoccupent guère d'enlaidir une ville ou d'augmenter le coût de l'administration dès qu'ils y trouvent un profit immédiat.
Les recherches et les études de cette Commission devront porter aussi sur le gouvernement intérieur de la ville nouvelle. L'organisation de tout un personnel technique, la hiérarchie des fonctionnaires, les attribu-
tions de chacun, la division et les subdivisions des services de toute sorte, le mode des nominations, l'échelle des salaires, tout devrait être étudié à fond et clairement suggéré par les Commissaires. Il va sans dire que ces derniers ne pourront être choisis qu'avec le plus grand soin et sans le moindre esprit de parti. Il faut que ce soient des hommes très honorables, pondérés, expérimentés, pratiques et surtout aimant le travail car leur tâche sera des plus ardues. Us pourraient être au nombre de cinq dont l'un représenterait les municipalités rurales avoisinant Montréal. L'élément anglais et l'élément français ne sauraient y être oubliés, ni le côté artistique de la question. Un homme possédant des connaissances artistiques, ayant de l'idéal, cherchant en tout le beau et le parfait n'y serait pas de trop. Tous devraient être des hommes de progrès habitués aux grandes questions, ayant des idées larges et ne s'aveuglant pas devant le calcul de millions de dollars.
Il leur faudra un secrétaire laborieux, actif, instruit et méthodique, sans compter
des sténographes et tout ce que nécessite le fonctionnement d'une commission aussi importante.
Après une enquête minutieuse, cette commission d'études ferait rapport : lo au lieutenant-gouverneur en conseil, 2o à la ville de Montréal, 3o aux conseils municipaux de l'Ile de Montréal.
Un délai raisonnable serait fixé pour l'étude de ce rapport, puis ces trois corps publics se réuniraient en conférence pour discuter les conclusions de ce rapport.
La presse de Montréal ne manquerait pas de s'emparer de la question et de la traiter sur toutes ses faces. *
Les Commissaires pourraient être invités à cette conférence pour répondre aux observations, objections et suggestions que soulèverait leur travail.
Après un début sérieux qui pourrait durer plusieurs jours, voire même quelques semaines, le rapport, modifié ou non, serait adopté.
On conçoit facilement que, pour l'exécution d'un projet de ce genre, il faudra mettre beaucoup à contribution les connaissances des architectes voyers et des ingénieurs des ponts et chaussées. La grande voirie est toute à faire. Pour bien protéger les intérêts des municipalités a voisinantes, il faudra que le gouvernement provincial nomme ses propres inspecteurs voyers qui verront à l'observance stricte des lois. S'agira-t-il de construire un pont, comme cela se fait aujourd'hui, il faudra que le ministère en paie le coût et en surveille les travaux et, de ce chef, il a toujours le droit de surveillance. Il ne faut pas oublier que si l'on forme une confédération municipale, la législature, temple sacré des droits du peuple, n'en conserve pas moins sa juridiction sur l'île de Montréal comme, du reste, sur toute la province. C'est là un pouvoir inaliénable que nous ne songerons jamais à lui enlever. Le "bureau" provincial d'hygiène devra, pour faire face à la situation, se constituer un personnel fort nombreux d'ingénieurs et
d'architectes sanitaires. D'un bout de l'île à l'autre, il surveillera la santé publique telle que protégée par des lois spéciales. C'est lui qui pourra forcer la nouvelle métropole à bien se garder de toute épidémie, de maladies fréquentes ou contagieuses.
D'autre part, ce sont les architectes paysagistes qui dès le début devraient être les plus employés, car il faudra que la grande voirie soit attrayante. Embellir, toujours embellir, voilà quelle devrait être la devise du nouveau régime. Là s'ouvre pour notre jeunesse une carrière nouvelle. Que quelques uns de nos jeunes gens s'adonnent à l'étude de cette science du paysage qui exige un goût et un goût artistique qui ne peut être l'apanage de tout le monde. Ils y trouveront bientôt à Montréal de quoi s'occuper et obtenir une facile aisance.
La réorganisation du gouvernement municipal de Montréal fournira à notre jeunesse l'occasion d'exercer ses talents dans de nouvelles professions libérales. Un champ vaste se présente où nos fils et nos neveux peuvent se créer un bel avenir. A eux d'en
profiter. Il y aura une demande pressante d'architectes et d'ingénieurs. Puissent nos écoles polytechniques, techniques et des hautes études bien procurer les connaissances et le goût artistique que notre ville pourra exiger avant longtemps !
Verrons-nous le jour où le titre d'ingénieur de la Ville de Montréal équivaudra à un parchemin universitaire d' "architecte de la Ville de Paris"?
L'action du gouvernement s'impose.
D'abord, elle est de droit, car, en vertu de l'article 92 de l'Acte de l'Amérique Britannique du Xord, la législature peut exclusivement faire des lois relatives aux institutions municipales dans les provinces, aux licences octroyées dans le but de prélever un revenu pour des objets provinciaux et à l'infliction d'amendes dans le but de faire exécuter toute loi provinciale. L'instruction publique et l'agriculture sont aussi de son ressort . Or, il appert clairement que tous ces sujets seront affectés par la constitution d'une confédération municipale de notre Ile. Les
intérêts du gouvernement même seront en jeu et devront être protégés.
En outre, c'est de la législature que procèdent nos droits municipaux et, pour bien les définir, il faut de toute nécessité que nous nous reposions sur nos députés et nos ministres. C'est la cour de dernier appel lorsqu'il s'agit de bien répartir nos droits et nos prérogatives. Elle seule fait les lois municipales auxquelles les contribuables doivent obéir.
Du reste, pour donner à la municipalité de la métropole le grand prestige dont elle a besoin, il faut l'autorité d'un corps législatif et la direction d'un ministère. Il s'agit ici d'une question quasi-nationale. La ville de Montréal jette sur toute la province un lustre qui fait l'admiration de' toute l'Amérique. A nos législateurs de le faire plus beau et ne jamais permettre qu'il soit éclipsé.
Table des Matières