‹ La métropole de demain [microforme]Chapitre 19 sur 26 · INTERVENTION DU POUVOIR PUBLIC · texte numérisé non relu

INTERVENTION DU POUVOIR PUBLIC

La confection d'un plan obligatoire. — Domaine de la Couronne, — Largeur des rues et lots à bâtir. — Questions d'intérêt public, — Hygiène, sécurité générale. — Un service des plans et cadastres. — Libertés contre droits. — Question de plus-value, — Grands propriétaires et gagnepetit.

Un court chapitre consacré à nos villes et

villages, à leur embellissement d’après un plan arrêté dès le commencement, ne sera | pas un hors-d’oeuvre, car ce que nous avons dit en ‘appliquant à Montréal, nous pouvons l’appliquer, au moins dans les grandes lignes, aux cités, à nos villes et à nos villages.

L'idée de ne rien laisser au hasard des événements ou aux caprices intéressés et trop souvent aveugles des fondateurs, devrait présider à la création de nos villages

et villes. Ainsi, l’autorité supérieure du gouvernement de Québec rendrait obligatoire la confection d’un plan d’ensemble, qui déterminerait l'emplacement des rues, leur largeur, les sites de l’hôtel de ville et du marché, des institutions d'enseignement et de charité, qui marquerait les espaces ',igés à conserver, les endroits réservés jour les future squares et jardins.

Le gouvernement pourrait fort librement prendre l'initiative de,ces plans et projets dans les régions qui constituent le damaine de la Couronne; là il est chez lui et il n’aurait qu’à le vouloir pour désigner les sites des villages et des villes, suivant l'avenir que l’on peut pressentir pour chaque endroit, I:

diviserait les terres en lots de résidences ou de constructions de commerce et d'industrie, et pourrait les vendre à son profit pour s’indemniser des frais de cadastre, de plan et d’allottissement. Tout cela se pratique aux Etats-Unis et personne autre que les spéculateurs acharnés n’ont eu à se plaindre de cet état de chose. Ontario suit cet exemple, et il y gagne beaucoup d'argent, tout en ga-

rantissant aux jeun. illes des conditions d'ordre, de symétrie et :e beauté, comme on ne saurait en trouver dans les créations de ce genre, qui ont été abondonnées dès l’origine au laisser aller et à l'arbitraire,

Le gouvernement règle déjà la largeur des rues pour les villages et duns les divisions et subdivisicns cadastrales. Tout le monde s’en félicite et regrette qu’il n’aille pas plus loin, qu’il ne détermine pas l’étendue des lots cadastrés, Pourquoi pas? Il y a là une question indiscutable d'intérêt et d’ordre publics.

Nous ne parlons pas de la beauté que procurent à un village des rues larges et qué l'on peut aisément border de plantations.

Cela déjà rourrait justifier l’intervention du gouvernement dans les domaines en voie d'établissement de la Couronne. Mais partout ailleurs, dans les townships comme dans les territoires de seigneurie, pourquoi le gouvernement n -AVoquerait-il pas les raisons d'hygiène, d'assainissement et de sécurité, pour déterminer de sa propre autorité

la largeur des voies publiques et l'étendue des lots à bâtir ?

N'est-ce pas de l'intérêt général, du bien être de tous, que les maisons, à la campagne, où l’on est à même de vastes terrains à bon marché, soient spacieuses, bien éclairées, jouissent abondamment du bon air et des .

rayons directs et généreux du soleil ?

Tous les médecins hygiénistes diront que c’est là la première coudition de la santé et du développement des forces physiques, Comparez l'apparence des robustes petits êtres qui grandissent en plein air et au grand soleil à l’état des Pauvres petits qui n’ont que des ruelles pour prendre leurs ébats et leurs taudis privés d’air et de lumière comme témoins de leur croissance alanguie; et vous vous rendrez bien compte,

s’il s’agit surtout de sauver nos enfants, des droits de l'Etat à intervenir dans cette question.

De combien de conflagrations désastreuses sont coupables nos rues étroites et nos petits lots de 25 pieds de large sur 80 de profondeur, sur lesquels, en vaste campagne

on a bâti des maisonnettes en bois, qui se touchent les unes les autres comme les maisons de ville, où le terrain se vend cher à tant du pied. La chose est à peine croyable, mais elle n’est que trop vraie: dans certains “villages du Nord où les premiers résidents ont payé leurs terres 30 cts de l’âcre, on les a fait subdiviser en lots de Cité, c’est-à-dire, de 25 à 29 pieds par 80 ou 90 et mis en vente à des prix exhorbitants, Résultat final :

quelques maisons de triste apparence dont l’ensemble donnait l’idée d’un village indien, et à la permière étincelle, incendie de ‘outes ces boîtes à allumettes, avec la rv ‘e des Pauvres gens que les assurances refusent, avec raison, de garantir contre le feu.

Que d’incendies dans notre Province, causées par les défauts de construction soit dans la nature, soit dans l'emploi des matériaux !

Dans une ville ou un village où l’on permet de bâtir en bois, les maisons ne devraient-elles pas être toutes isolées et construites sur le milieu d’un terrain de 60 pieds de front par 120 pieds de profondeur? Et dans les villages ou villes où la brique est

prescrite comme offrant le minimum de prise aux incendies un terrain à bâtir devrait-il avoir moins de 40 pieds de front par 100 de profondeur ?

Les rues latérales de 66 pieds au moins, avec une artère de 100 pieds ou plus pour servir de grande ligne de séparation des Quartiers, voilà les meilleurs Coupe-feux que l’on puisse imaginer, supérieurs aux moyens de protection que l’on cherche, souvent à &rands frais, dans l'achat des pompes à incendie et dans l’organisation de nos Corps de Sapeurs-pompiers,

Pourquoi le Souvernement de Québec n’ajouterait-il pas un service-annexe à celui du cadastre, lequel dirigé par un homme de

haute compétence que seconderaient des géomètres, des architectes voyers et paysagistes, aurait la charge de tracer un plan d’ensemble de tous les sites de villages et de villes naïissantes. Pourquoi également toute ville qui entend obtenir une charte de corporation spéciale ou être constituée d’après

la loi générale, ne serait-elle pas tenue d’ac-

Compagner sa demande de la présentation de ce plan préparé par le Bureau des cadastres et plans de villes et villages, dont nous venons de parler, et qui serait approuvé par le Commissaire des Terres de la Couronne ou par le lieutenant-Gouverneur en Conseil, sur rapport de ce dernier?

T1 ny a rien qui répugne autant à la liberté que de bâtir, soit des villes horriblement ordonnancées, ce qui est un abus de liberté dirigé contre la société, soit des bicoques en rase et vaste campagne, ce qui est un autre mal dont souffrent le ples la santé des indi. vidus et la sécurité de l'habitation.

Toute personne, dit-on, est libre de dis- Poser de sa propriété comme elle l’entend, de la diviser en quelque parcelle que ce soit et d'élever le genre de construction qu’il lui plaira. Bien. Mais, dans ce Cas, que deviennent les considérations d’ordre public, de santé, d'hygiène, de sécurité, étroitement liées au mode de Construction, à la situation des bâtiments, à l'exposition du soleil, à la distri. bution de l’air et de la lumière ? L’âpreté AU gain du gros propriétaire de banlieue qui

se dit: “Je parquerai ici, dans le plus étroit espace possible le plus de bêtes humaines possible, pour me faire le plus de revenu possible, doit-elle compter comme la règle suprême de l'intérêt public, du bien-être de la société où l’on ne cesse de répéter que le salut du peuple est sa loi suprême? Nous ne le croyons pas.

D'ailleurs, c’est là une question d'opinion, ou plutôt d'éducation de l'opinion. Aux Etats-Unis, on a cru qu’étendre les espaces libres, non construits, en rues, en lots à bâtir, en jardins publics et privés, ça n’était pas diminuer la valeur de la propriété particulière; c'était au contraire l’augmenter.

Il y a de belles villes, comme Minnéapolis, Saint-Paul, qui, avec des populations restreintes couvrent des superficies énormes, où on ne connait guère, dans les quartiers les plus fréquentés du commerce et de l’industrie l’agglomération des édifices, où, grâce à des moyens de transport rapide et à bas prix, les travailleurs résident dans de véritables campagnes, où ils possèdent mai-

Le

son isolée, jardins, parterres et vergers.

Croit-on que la propriété foncière ait diminué à cause de cela ? Non, bien au contraire, elle s’est accrue dans une proportion extra- 4 ordinaire. :

Sans doute le propriétaire spéculateur en terrain ne touchera peut-être pas de suite autant d'argent par la vente de grands lots à un prix plus élevé, que de petits lots à un prix qu’ils appellent nominal. Mais attendez quelques années, et vous verrez ce que deviendront vos villages à l’Indienne à côté d’autres, possédant de grandes artères, où circulént librement la vie, l’air, où pénètre partout le soleil, qui s’embellissent de jardins ou places en ronds points et de belles plantations d’alignement, que rechercheront les habitations bourgeris:s,—et des rues plus modestes où l’ouvrier pourrait se bâtir, sur des lots convenables, des résidences salubres et confortables.

Imitons donc la générosité de la Providence, qui ne mesure à personne l’air à respirer, les rayons du soleil qui vivifient, les

libéralités de sa nature débordant dans le nombre et la variété de ses arbres, de ses plantes et de ses fleurs. Des bommes, privilégiés par leurs visées égoïstes, sont parvenus à limiter Pour trop de leurs semblables l'usage de ces bienfaits, Que les déshérités de la fortune en aient leur large Part, dans un Pays comme le nôtre surtout, où les espaces sont Pour ainsi dire illimités

et se prêtent si aisément aux calculs de for-

tune des grands Propriétaires et aux espoirs de bien-être et de home béni des gagne-petit de l’usine ou des Magasins.

Page 1