La miniature française 1750-1825
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les Ducruet avaient riposté par les enquêtes obligées, et c’est ainsi que le peintre avait dû combattre le désavantage des années, en leur opposant le solide de la situation.
De l’argent, un renom grandissant, une famille honorable, une santé parfaite. On ne discuta point longtemps.
De cette époque, divers portraits nous sont restés, aujourd’hui conservés par M. Pierpont- Morgan.
D’abord un grand dessin à la pierre noire, montrant les médaillons superposés de toute la famille réunie à Fussigny : Germain Ducruet, sa femme, Pauline, Madame Rémondat, la sœur; une dame âgée, qui n’est pas Madame Augustin mère, et enfin Augustin luimême. Puis c’est la miniature, extrêmement poussée, de Germain Ducruet, datée de 1801. De Pauline, une aquarelle, dans l’un de ses albums, où se retrouvent également Madame Rémondat et le jeune Porphyre. Trois ans après, toujours à Fussigny, en 1804, la miniature de Pauline en robe blanche, coiffée à l’ébouriffée, — comme on disait « à l’esbrouffe » , — œuvre jolie, polie sur l’ongle, poussée au plus loin qui se puisse. Toutes ces reliques, jointes à bien d’autres, aux croquis d’album où l’on voyait Augustin et sa femme en promenade, assis sur l’herbe à l’orée d’un bois, avaient été réservées par Pauline après son veuvage et retirées de la vente de 1839. La lune de miel, qui eût pu durer très peu, se prolongeait au contraire et se perpétuait dans de communs travaux et des études incessantes. Aucun enfant n’était venu détourner leur pensée du but poursuivi, et les séparer l’un de l’autre. Ils ne se quittaient plus, et cet accord touchant et réglé eut, sur la seconde phase de la vie d’Augustin, une influence féconde et décisive. De célibataire autrefois un peu compromettant, d’artiste libre d’allures et de goûts, Augustin est devenu tout à coup
l’homme posé qu’on invite « en la société de son épouse », et qui maçonne sa situation et l’étaye. Juste à ce moment, le monde du Consulat se refait une virginité de politesse et de manières ; on accueille avec joie ce peintre élégant et célèbre dont la femme est plus du monde que ne sont la plupart des « nouvelles promues » . Sans intrigue , par la force des choses, on sera assez bien avec les plus grands personnages de l’Etat pour que, dès l’Empire instauré, quand le maître rêvera de luxe et d’art, Augustin s’offre comme le portraitiste indispensable. L’Empereur, qui a sur l’esthétique des aperçus d’officier de fortune, raffole d’émaux, de peintures sur porcelaine et de miniatures. Il y aura bien Isabey, mais il ne pourra suffire, et, en émail, qui l’emporte sur Augustin ? La preuve n’estelle pas fournie par le propre portrait de l’artiste, daté de 1804, ouvrage admii’able, où revivent les décisions d’un Jean Fouquet , les habiletés de rendu d’un Robert Nanteuil, jointes aux techniques impeccables d’un Petitot? Le visage du petit de Saint-Dié s’est désempâté et éclairci; la bouche s’est amincie ; la myopie s’accentue et produit un soupçon de strabisme très fin ; la chevelure est accommodée avec recherche. Dans le vêtement, une élégance de seigneur du nouveau régime, où l’on devine l’ingérence d’une femme à qui l’absence de maternité laisse toute sa coquetterie.
En 1806, à peine le Desaix nu campé au milieu de la place des Victoires, Augustin émigre; il va tout près, au n° 25 de la rue Croix-des- Petits-Champs . Il y avait neuf ans que lui d’abord , et tous deux ensuite, occupaient le second étage du n° 15, en façade. Le local devient étroit, car Augustin a une passion de vieux garçon, il collectionne. Ses économies, ses petits bonis s’égrènent en tableaux de maîtres, en bibelots, en beaux meubles , et ces tableaux lui sont le conseil permanent et la récréation à la fois . Loin de le détourner de sa passion , Madame Augustin l’y pousse en s’y laissant entraîner aussi. L’origine de sa collection remonte à 1784, trois ans après son arrivée à Paris, lorsqu’il avait acquis, de Greuze lui-même, un buste de Bacchante et la Jeune Fille effrayée, gardées par lui dans leur fleur de pinceau, a Les mains dévastatrices et habituées à tout mettre en état de dégénération n’en ont jamais approché »,
J. -B. -J. AUGUSTIN
écrit Charles Paillet dans le catalogue. Ceci, et plus de cent autres tableaux dont nous parlerons, réclament un emplacement plus digne.
Le 25 de la rue Croix-des-Petits-Champs est un immeuble de conséquence. Outre Augustin, qui a retenu le premier, il héberge les frères Delafolie, marchands d’étoffes de soie, un avoué, un maître des requêtes au Conseil, un brodeur et un tailleur. Le salon, qui servira d’atelier de pose, est une belle pièce carrée à deux fenêtres, avec glace d’entre-deux, cheminée à la moderne dans le style de Percier, au plafond peint du xv!!!” siècle, représentant le Lever de l'Aurore, et au plancher en mosaïque de chêne. Là, Augustin a disposé son mobilier en utrecht rayé jaune, la table de Boulle, avec incrustations de cuivre et dessus de mosaïque, sur laquelle il travaille, et la chanceliêre dans laquelle il enferme ses pieds de rhumatisant. Sur les murs, bout à bout, les tableaux anciens voisinent avec ses propres œuvres, ses miniatures laissées pour compte, comme Madame de Kercado , ou ses portraits de parents et d’amis . Ces miniatures sont l’enseigne, les spécimens sur lesquels les clients choisiront leur pose, l’arrangement et les nuances.
Dans un coin, face à la lumière, un tirage en plâtre de la Vénus de Médicis, du Louvre; celle-ci est, pour Augustin, le modèle des mains, dans la plupart de ses portraits de femme, jusqu’à celui de la duchesse d’Angoulême en 1820, qui a presque complètement la pose de la statue. C’est de la Vénus que vient le tic des mains sur le sein gauche, si souvent retrouvé dans les œuvres d’Augustin. Tout auprès de cette grande figure, sur un chevalet, une toile représente Madame Pauline Augustin en tenue de soirée. A l’entour, au hasard, sans autre ordre que la convenance des tons et celle des cadres, les Gaspar de Krayer, les Hais, les Schalken, les Van Balen s’alignent. Il y a un portrait d’Hortense Mancini , par Philippe de Champagne ; une duchesse de Buckingham, par Van Dyck ; des Téniers ; les Flandres priment, car, en Italiens, ce ne sont guère que des Bolonais , alors à la mode et recherchés , autant que dédaignés à cette heure. En œuvres françaises, un choix ; quatre Largillière, dont la petite Infante promise à Louis XV ; le comte de Grignan ; le maître des requêtes
Le Pelletier; un Le Brun, un Mignard, le duc de Nivernais jeune, un Nattier; et, pour les contemporains, les deux Greuze ci-devant signalés, des fleurs de Berjon , de Lyon , son ami ; deux petits tableaux ovales de Fragonard ; mais de miniaturistes, pas un qui vaille.
Par fortune singulière , Augustin a perpétué le souvenir de ce home illustre dans une grande aquarelle, passée au musée de M. Pierpont-Morgan. C’est ce que le talent du peintre nous a laissé de plus précis dans le genre, et de plus curieux dans sa présentation . Chacune des toiles s’y reconnaît sans peine. La pendule sous son glohe, les flambeaux, les vases, l’installation du foyer de la cheminée en étagère, où s’aperçoit une tasse encore aujourd’hui conservée ; le soufflet ; le guéridon-console, où sont des godets de couleurs à l’huile, avec la palette posée sur le couvercle. A gauche de la cheminée, vingt-deux miniatures, parmi lesquelles on distingue très bien celle de Duvernoy, celle de Calamard, et d’autres plus indécises. A droite, c’est le dessin, à la pierre noire, des profils pris à Fussigny, la miniature de Germain Ducruet; puis, derrière la Vénus, la grande miniature de 1795, représentant Augustin en tunique rouge d’homme libre, appuyé sur son carton à dessiner, ce qu’il considère comme son chef-d’œuvre, et qu’il donna à copier à ses élèves à maintes reprises.
Dans ce salon, à l’élégance vieillotte et raffinée, viendront donner une
pose les personnages les plus qualifiés de la Cour et de la Ville, princes, maréchaux ou ministres.
Il est rare, en effet, qu 'Augustin se déplace ; il tient à son jour, à sa table ; c’est un maniaque pour ses aises et sa tranquillité. Quel autre nous a jamais fourni le moyen de le juger aussi expressément et de pénétrer à ce point dans son intimité ?
Pour ce temps de l’Empire,
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