‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 104 sur 316 · DÉTRESSE DES GÉNÉRAUX · texte numérisé non relu

DÉTRESSE DES GÉNÉRAUX

?înces de France serait incroyable, et surtout inexplicable, si une nombreuse correspondance des chefs d*;irniée ou des gouverneurs de place, que nous avons trouvée -aux archives, ne venait éclairer celte qucsiion. Tous, depuis le commencement de la Fronde jusqu'à la fin, dans quelque province que se. trouve leur emploi, tiennent le même langage au ministre.Nous donnerons (luelques-unes de ces lettres : déjà nous avons vu le comte li'Harcourt en Normandie, et l'infortuné d'Erlach se plaindre de ne rien recevoir ni pour eux, ni pour leurs -officiers et leurs soldais; Rosen-Worms fait entendre un langage plus amer encore :

« Je supplie trds-lmmblement Votre Eminencc qu'on cas que Sa Majesté se veut servir davantage de moi, elle cqnsidèrc qu'il y a drjà ciiK] ans que je n'ai reçu ni gages^ ni pensions, de sorte qu*il me faut vivre ■en gueux et n'ai aucun moyen de pouvoir tenir ma table ni faire habiller mes domestiques. Il y adi'jà un an que, sur toutes les remontrance» -que j'en ai fait, on ne m'a donné que des promesses et bonnes paroles; mais m'étant impossible de m'en pouvoir plus longtemps conttiiter, n'ayant aucune rente, ni gouvernements, ni biens comme les autres lieutenants-généraux, étant étranger et n'ai rien, si ce n'est ce que le Toi me donne, ef, s'il venait que je mourrais dans le service du roi, ma femme et mes enfants n'auraient quoi que ce soit, et seraient contraints de passer leur vie en gueux. » 8 mai IGoO i.

Deux lettres datées du 12 octobre atlcstcnt cette triste

1. Àrch imp. KK, 1071, 1074, 1075. — Les lettres de Mazarin qui se trouvent aux archives conlirment ces douloureux détails : le 18 mars, en réponse à une lettre de Rosen du 4 mars (que nous n'avons pu trouver), Mazarin lui dit qu'il va presser, vu la nécessité des troupes, rinteiulant -des finances lïervart d'envoyer 50,000 livres à Rosen; le 16 décembre, à Duplessis : «J'envoie le sieur Colbertavec le peu d'argent qui me reste pour assister de ma part les pauvres blessés. J'ai donné ordre aus:«i qu'on menât deux de mes carrosses, soit pour servir à nos blessés de condition ou à conduire les principaux prisonniers à Reims, suivant qtie vous jugerez à propos. On fait partir en toute diligence 60,000 rations de pain à l'armée, et le sieur Brachet fait voiturer tout le vin qu'on oeut faire venir. »

tOO DÉTRESSE EXTRÊME

situation de Rosen : Tune est d'un intendant-général des finances, M. de Bordeaux, l'autre du maréchal Duplessis- Praslin. c II est tout à fait impossible, disent-ils, queRosea puisse subsister dans les armées sans une considérable assistance; s'il n'est pas payé avec ses officiers -gênéraux, il abandonnera le service, t

Écoutons maintenant Duplessis-Praslin pour son propre compte; on se souvient de ce qu'il écrivait en Guienne

sur sa position, il n'est pas plus heureux en Picardie :

« h juin I60O, de Crécy-sur-Seire. — Les ennemis à Irson traitent fort bien les paysans, et quand une fois ils ont donné des sauvegardes^ ils ne sont jamais pillés; tous les villages proche leurs quartiers sont traités ainsi, et Tordre est si grand dans leur armée pour cela, qu'il faut croire qu'ils appréhendent fort de fâcher les peuples^ et qu'ils les veulent gagner par la douceur. Les maux que font nos troupes aideront fort à cela ; pour mof, qui toute ma vie ai eu en horreur ces désor* tires, je m'estime fort malheureux d'y voir si peu de remèdes.., — Du 23 septembre... « Je ne vous parle pas du besoin que l'on » d'argent dans cette arméo, cela serait inutile^ je pense, puisque vous le savez il y a longtemps; les bas officiers commencent à déserter^ n'ayant plus de quoi vivre. »

Le 22 août 16S0, le maréchal d'Hocquincourt tient le môme langage : t Une grande partie des soldats envoyés à Guise déserte par le peu de subsistances qu'ils rencontrent dans cette place. » Nous trouvons ailleurs une note de M. de Feuquières à la fin de 1656 : il déclare avoir avancé pour la nourriture des soldats et autres frais , à la citadelle de Verdun, de 1645 à 1656, en onze ans, 570,000 livres; pendant ce temps, il n'a rien •reçu de la cour pour ses avances et ses appointements de lieutenantgénéral au gouvernement de Toul. On lui a envoyé 11,000 livres seulement sur les 75,000 livres qui lui ont été assignées pour l'incendie de sa maison par les troupes de Condé, incendie qui lui porte dommage de plus de

DESGESÉR.vrX ET DES ARMÉES.

Ifêcas. Fabert, inliine ami de Mazariu, qui dans sej 'taompnts (le détresse lui confiait son neveu el ses iiii^ces, fabert lui-nn'riie, daos une lettre du 12 janvier 1032, » <pl*iiit de n'avoir reçu, depuis sept ans, ni gages ni peni bon.

Les armées sont aussi éprouvées et aussi misérable^ Vn face des ennemis que devant les factieux : on peut en 'fxger par celle lettre que M. Servient, sorte d'inlendant ' militaire, adresse au chancelier au sujet de l'armée d'Hall. Après avoir esjiosé l'état des ti'oupes, qui depuis un nn'tKat rien reçu, il ajoute :

(Qoitnd In charité et la justice ne feraient pas secourir des troupa 'onpeut dire être sass argent, eshe pain, sans armes et au ns souliers, m les officiors sont sans bngages, vous jugerez, monai-'igneur, que la odence et la bonne politique ne voiilcut pas qu'on les laisse périr, ml6 bAsoïii qu'on peut en avoir contre les cnnemia étrangers et coi>meul du dedans; et qu'outre plusieurs griiniiset plusieurs corps cou- HraMes qui sont mal alTectionnOs, les peuples n'étant pas micui bcotioqnés qu'il ne fhat, à cause des tailles et Impûts dont ils sont atgés,ce serait jeler le manctie apcËa la cognée, si au lieu de conserr an moins les gens do guerre favorables par quelque sorte de bon •ItemeDl, 1b cDQtinuaUon d'une inieèru qui n'est pas supportable les isaitdâserterlesarniécsetenniénie temps remplir leroyauinudomémente dont la ctierie et le dégoût peuvent favajiser les mauraùl iniï qui ont dcSjà paru et mOtne en ociter et former de nouveaux... lest Iiien assura aussi que les Espagnole ne se porteront k un ti'ailé do iti glorieui pour nous, tant que notre faiblesse et notie misère leur roDt espérer la prise de Casai ou la débande de nos alliés, ou qnelqne sordre Douveau dans le rofaume par le dégoût et la désertion des nadeencrre. Par toutes cas considérations, je vons sapplie de conibier ence qui dépendra deioLre autorité, aEa que les tri>upea soient «mpleniËnt assisiées des secours nécessairossetcominâ le pain est la «niire chose, il voua plaira defalreque messieurs des il n an ces en ei' lËent iSDB délïï, encore ai-jo crainteque ta diligence qu'on apporte i liu envoyer ce secours de pain, en attendant celui des deniers, n'arre trop tard et uprts le dé ban do m eut des troupes, ce qui serait ans Tte très-considérable ea elle OiCmaet par les salles qu'elle, pourrait

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