‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 116 sur 316 · PAGE INÉDITE DE L'HISTOIRE · texte numérisé non relu

PAGE INÉDITE DE L'HISTOIRE

rendre la justice que l'iiistoire lui a déniée jusqu'ici. Sji gloire s'est perdue dans le nimbe mystique de saint Vincent de Paul, el bientôt l'ingratitude et les passions des conleraporains ont effacé jusqu'à son souvenir. Aussi est-ce pour l'historien un devoir de payer la dette arriérée de la reconnaissance nationale, et nous sommes surpris que M. l'abbé Maynard, qui cite Vaumône chrétienne^ ait continué cette conspiration du silence. L'équité commando, selon nous, d'honorer d'une égale reconnaissance les bienfaiteurs du pays, qu'ils aient appartenu à l'Église ou qu'ils soient sortis des rangs de la société; leurs titres publics sont les mômes, ils ont servi de toute leur force, de tout leur pouvoir la cause de l'humanité. Pourquoi donc une différence dans la récompense? pourquoi à l'un la gloire et le retentissement autour de son nom, pourquoi l'ombre et le silence autour de l'autre? La part de saint Vincent de Paul est assez belle, ce nous semble, pour qu'on ne refuse pas aux autres la célébrité que leurs œuvres méritent.

La préface d'un livre publié en 1651 nous a révélé ce fait intéressant par sa nouveauté.

« La France ayant été afUigée d*une grande famine en 1649, ua très-pieux et très-charitable magistrat se sentit ému de Dieu et animé à se consacrer tout à la charité et à se joindre dans un commerce si saint avec quelques-uns de ses amis et quelques dames encore plus illustres par leur piété solide et par leur charité exemplaire que par leur condition et par leur naissance... Les succès qui ont suivi cette union ont ju^)tifié que Dieu avait conduit des &me& si désintéressées. Gomme il ne leur suffisait pas d'avoir do l'argent, s'ils n'avaient des personnes fidèles pour le donner fidèlement, Dieu leur a fait trouver en toutes les provinces qu'ils ont assistées divers particuliers trèspieux qui ont été comme les mains de ces cœurs, les aumôniers de ces laïques et les médiateurs entre les riches charitables de Paris et loâ pauvres misérables de la campagne. Ces serviteurs de Dieu ont exposa sJ courugoasemeni leur vie aux visites des malades, dont le nombre

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« Mais lorsque l'espérance d'une abondante moisson fa!?:.ii c-:'"!.r que la fin de l'année 1G50 mettrait fiu à ces mi^L-res. Dieu jH.-:iji:t ->ue toute cette récolte fût consommée par ks troupes enncmios. 1 1 jiiir l-campement des armées dans les provinces di.' Picardie e: J - (iiiumpagiic. La licence dos armCcs dissipa en peu de u;uis ce (yn cûi i>u nourrir ces deux provinces durant une année. Le rcsti.* fut cinj'.»rti dans les places forles, et le pillage des blés était accumiia^iiô d- > »i jlenccs ordinaires aux gens de guerre. Après que ces troupi-^. niii donnaient de la terreur^ se furent retirées dans l*'s garnisons, on vit de nouvelles armées de pauvres, de familles éplorées et ruinées qui faisaient pitié aux plus inhumains^ qui, ayant été ou fuyants d<.'vant la face et Tépée de ces étrangers, et errants de village en village pi.ur mendier leur pain, ou renfermés dans des villes assiép'cs, connne Guise et Réthel, n'avaient fait aucune récolte des fruits de la terre, et se trouvèrent accablés de tant de miserez;, que l'esprit, frappé de dou* leur dans la vuede ces objets si déplorables, ne trouve point du parv les qui égalent la grandeur de son idée.

« Comme ce nouveau mal était sans comparaison plus vi'^>lont ot icpandu sur plus de peuples que n'avaient été tous les autres, et (uic l«'s courses des ennemis, les passages des gens de gnerrc, lu cii< rté du l'Ii'*, le pillement de leurs maisons, la rigueur de l'hiver, le di'faut dr l*»;.;i;ment, d'habits, de nourriture, de feu, de remtdes dans leurs nitihuli» ^, les avaient réduits h un état lamentable où il n'y avait qm; I)i< u (l'ii leur pût procurer quelque assistance, et comme la niuliiplicution des affligés en demandait une de consolation, l'Usprit-Salnt unit (îns»'.n»!;l.î un plu» grand nombre de personnes riches pour le soulas''"^^"*" ^^ ce^ deux provinces. »

ii8 maignârt de dernières.

Il y a là un centre de société charitable, autour duquel d'autres vinrent se grouper successivement. Mais quel en était le directeur et les principaux membres? Lc& Mémoires de Lancelot (^2 yoL in-8°, 1738, Cologne) sont heureusement venus soulever le voile dont l'humililc de ces âmes dévouées aimait à s'envelopper. Le pieux magistrat était « Charles Maignart de Dernières, de Rouen, qui se constitua comme le procureur des provinces désolées et pour cet effet vendit sa charge de maître des requêtes au Parlement. » Ami et disciple de Port- Royal, il trouva des soutiens pour son œuvre dans deux autres collègues, du Gué d% Dagnols et Lenain, qu'une affection filiale unissait comme lui à la pieuse maison de Saint-Cyran. On sait assez que la bienfaisance publique était dans les habitudes des parlementaires. Les Registres du Parlement de Paris comme ceux de Rouen^ ainsi que les Mémoires d'Omer Talon, font mention de nombreuses Assemblées charitables de ces magistrats, ayant un caractère officiel. Le premier président était d'ordinaire choisi comme chef des œuvres de bienfaisance, de là la réputation de charité, un peu exagérée peut-être, do certains présidents, comme Pomponne de Dellièvre, par exemple. L'œuvre de Vincent de Paul a donc au commencement un cachet Janséniste, et Ton comprend quelle faveur cette œuvre rencontra dans la magistrature française et dans le Parlement en particulier, qui d'ailleurs était, comme par conscience, obligé de venir au secours de la misère que sa levée de boucliers avait aggravée.

Dès les premiers jours de la Fronde, magistrats et filles de Port-Royal rivalt.ent d'ardeur, d'inventions fonr secourir ces nombreuses infortunes qui les émjeu-

PRECURSEUR DE 5M>T TiyCE'kT-

vent*. Le 47 janvier i6i9. la mhr^ Aitf rlj ttî^ rr- i ;i célérière de Port-Royal dj Pari?- eii ]:é: ^aii: j-: ïi jt Bemicrcs: .

«Dites- lai que J'ai trooT^ tt» j»»»îli*îiiTt mv^oTioT eu* ; ■ x'-j* k potage des pauvres... Je prends, me Ii^ïl àt iiCBBKai uu vnu: :•■ ^ i-.. ua petit moutoo oo des frcsscrei e: oet iri'joiijrfu uu li*. v-."jir-i vixt (aot. Je fais caire la riasd*. puit or îa reurt. \n. u» i :ii ■::>«. l'u' i-.morceaux, et ou coupe auEsi !•: pUL fon mecu. Cn. !bi: e:i?i>r* lcju. i* tout cela un bouillon. *pr^ uut let cuuirx. tjut .'ui: l Uii> i-irfe<u' '-'i & tiré la viande et rem;l: d'eau la cbaDdi*'»:. hxnr. '.-ui>t Lei î-invÈ ut KoCl et Lier, à cnose du VfsauyL» j'en ai !aii lairt d^:. i ouui:'. »etau: u*. la sorte. Mais oi^ mec pf'ur AO wh 6« pait : auMÏ i. y et <. i^uu* 'jeui cinquaDte personnes qui n'ont riezi autrcr cIidm:. h

Le mal aogmentant toujours, aiûw querionî: J'^•vcll]^ \u dans les chapilres précédenls, notr*^ JL!aLit:<ibi*- *:•: ii^î»!nieux magistrat créa uHe sorte de jubliciié au btT\iv dvs indigents.

« n B*avisa de faire savoir ces maux à Paris et zii(:aie h tou '-> iv^ grandes villes de France par des Heloiiftm trèS'Vériiii.blefc ei ir'.'6^».'\:i-i«^ qnMI prit la peine de faire lui-mCuje, en com^iobant un i:ur! t dt plusienrs extraits des lettres que tous eux qui a&bibiei 1 1»:^ pu'jve.: bur les lieux lui adressent toutes les semaiiies. Oo voit dan- ceb K-..u.i 'Uh le détail de ces misères et des secours que Ton y appcrie : ou vol: le besoin des aumônes et partout un fid'le et reiipf.'ux eirif-lf.i oe l'-ct^t^ut pour fournir à ceux qui donnent un sujet d'extrême cocsolutiou, et eu- Jever toute excuse de dissipation d'argent à ceux <jui ue donneui j^as. •

Ces Relations tirées à envii-on quatre ujille -.xf.^ijjuires

1. Ne doit-on pas aussi mettre en ligne de coraplt pour la cLar:'.'.' Jî.riséniste les aumônes alModautes^ mais tardives^ qut M. Siiijrliu '!<: l'ot- Royal oblifrea madame de Looi^ue^'iile repentante^ à faire aux ]j<iiivr».i: de Champafoie, et surtout de Steiiay, aumôuet: qui tur«:nl ol^tiii^u'^eft par M. de Saint-Oiiles (de Port-Royal;. M. Pavillon, qui appartenait a'j.-ti aux opinions de SaintCyran, imposa la même conduite à bou pûiilMit, le prince de Contr, pour le Uerri, laGuienne; pendant la famine <!o lOi-î, la princesse vendit jusqu^à C0,000 francs de bijoux pour secourir 1<. -^ pauvres du Berri, de la Picardie et de la Champafrne. — M. Sain'e-Lîeuve, qui donne ces détails, nous appreiyd auss^i qu'on appelait de Dtrnières «tda Gué de B&gnols a les procureurs-géuéi-aux de& !^'<v.\i\y^%. )»

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