MISÈRE DE LA GUIENNE
suffi pour mettre en fuite le duc, on fit passer devant ses fenêtres, avec les précautions usitées en temps de peste, tous les malades qu'on portait à l'hôpital et tous les morts des dilîérents quartiers qu'on conduisait au cimetière. La ruse réussit à merveille : Joyeuse, frappé de frayeur, alla en toute hâte rejoindre son beau-père à Aix. Mais bientôt le duc d'Angoulôme, mécontent d'avoir été ainsi joué, marcha contre la ville. Marseille était sur ses gardes : il dut renoncer à son projet de châtiment. Le Parlement, de son côté, avait confirmé l'élection et soutenait les Marseillais auprès du ministre; Mazarin, comprenant le danger de maintenir un gouverneur dajis un pays où il était généralement détesté, et craignant de plus, comme les députés le lui représentaient, que ce gouverneur ne songeât à s'unir avec les princes et à leur livrer la ville, l'appela à Paris, et pour colorer cette disgrâce, manda en môme temps le chef des mécontents, le comte de Carces (septembre 1650). Mazarin, selon son habitude, temporisa; sans approuver le duc d'Angoulôme, il n'accordait cependant pas son changement aux demandes réitérées des Provençaux, et la Provence souffrait cruellement de ces incertitudes.
En Guienne, les affaires étaient encore en plus mauvais état: d'Épernon, toujours sûr de l'appui de Mazarin, avait refusé de livrer le commandement des troupes au maréchal de La Meilleraye, qui lui amenait des secours, et le chassa môme de la province sans s'inquiéter des ordres du roi; bientôt, apprenant la prochaine arrivée de la cour, il poussa la guerre avec vigueur et vint campor aux portes de Bordeaux, où son arrivée jeta la conster nation et la fureur. Dès lors on se laissa emporter en avant dans la révolte, et le Parlement rendit un arrôt
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pour recevoir Bouillon et La Rochefoucauld dans la ville avec leurs troupes, et pour prier la princesse do Condé d*cn lever de nouvelles, nécessaires à la défense de la ville. C'était l'autoriser indirectement à s'adresser à l'Espagne, ce qui eut lieu en effet ; le plan des ducs étant de compromettre irrévocablement le Parlement, avant que la députation envoyée au roi à Libourne pût s'entendre avec la cour. Le Sjuillet, un envoyé d'Espagne faisait une entrée solennelle à Bordeaux, dans un carrosse à six chevaux, pendant que la flottille bordelaise accompagnait les frégates espagnoles jusqu'à Bacalan. Cette conduite constituait un crime de haute-trahison, puisqu'on était en guerre avec TEspagne : aussi le Parlement essaya d'abord de se tenir à l'écirt de ces négociations suspectes ; mais une émeute excitée par Bouillon, et que la princesse parvint seule à calmer, amena le Parlement h donner, le 10 juillet, l'arrêt d'union avec les princes. Peuple et Parlement se portèrent dès lors aux dernières extrémités : on arrêta qu'on protégerait comme par le passé la princesse, qu'on armerait pour la défense de la province; qu'on écrirait au roi, sous forme de remontrances contre le cardinal; qu'on le déclarerait ennemi de l'État dès qu'il entrerait dans le ressort de Bordeaux; et, malgré la défense de la cour, on procéda à l'élection de nouveaux jurats tout à fait favorables à la cause de Bordeaux (!«' août).
Cependant, le 2o juillet, on avait eu avis officiel de la marche du roi vers Bordeaux; aussitôt le Parlement, monarchique môme au milieu de ses excès d'audace, résolut d'envoyer une députation à Louis XIV pour le saluer, tout en portant une lettre ferme sur les alarmes que causait la venue de Mazarin. La dépulalioïil\i\i\^'5viL<^Vi.^
ses LA FRONDE
août : la harangue, énergique contre d'Épernon, était pleine de réserve à Tégar J de Mazarin ; la reine, sans s'arrêter à ce langage, exigea une déclaration formelle et écrite de rupture avec le duc de Bouillon, et demanda si elle pourrait entrer dans Bordeaux accompagnée des troupes qu'elle jugerait nécessaires pour la sûreté de sa personne et le soutien de la dignité royale. A Bordeaux, on aurait peut-être acceplé ces conditions, si un acte de cruauté et de trahison, commis par ordre de Mazarin sur la personne du brave Bichon, gouverneur de Vayres, n'avait ravivé toute la colère des Bordelais. Malgré les termes de la capitulation et le pardon du roi, oblenu par MnHnrnr.^selle, Ic ministre le fit pendre à la halJe de Libourac. A cette nouvelle, on cria de toutes parts; t Plus de paix avec une cour asservie par Mazarin, » et le chevalier de Candies, du parti royal, fait prisonnier dans Tîle de Saint-Georges, fut pendu par représailles.
Des appuis arrivaient de tous côtés aux Bordelais : on apprit que le Pai'lemcnt de Toulouse avait, par arrêt du 1*' août, intercédé auprès de Leurs Majestés en faveur de la Guyenne, etexprimé la nécessité de remplacer d'Epernonpar Un autre gouveincur; le marquis de Cugnac annonça à Bordeaux la prochaine arrivée du maréchal de La Force, son aïeul, et de ses deux fils, les marquis de JLa Force et de Gastelneau, suivis de C,000 hommes, levés dans les Ce venues et à Montauban. La cour, de son côté, semblait reculer: par méfiance des Libournais, trop sympathiques à la cause de Bordeaux, et aussi par ennuit dit Mademoiselle , elle se transporta à Bourg. Cependant, Tattaque de la Bastide par le maréchal de La Meilleraye (25 août), quoique infructueuse, avertit les Borde- ^»is qu'ils devaient se tenir sur leurs gardes; on travailla
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