DÉSASTRES
la crue des eaux dont la ville est entourée; mais en se retirant, Lamboy, qui commandait^ Tarrière-garde, viole la capitulation, fait mettre le feu à deux des quartiers de la ville et n'épargne les autres que sur l'engagement pris par les habitants de luipayerSODécus; comme garantie iî emmène en otage un éclievin et vingt habitants rencontrés dans les rues, lesquels furent massacrés dans la suite.
Un échec que le cardinal de La Valette, aidé de Bernard de Saxe-Weimar, et du comte deRantzau, fit éprouver au chef des Croates, le géant Isolani, prés de Leffond, excita encore la ragé de tous ces barbares; Gallas se jeta sur les pays arrosés par la Yingeanne et y commit les plua grands excès: sa marche jusqu'à Saint-Jean de Losne fut une continuelle dévastation , un massacre sans pitié. Arrivées devant cette ville, les deux armées, de TempC' reur et du duc Charles de Lorraine, avant de l'assiéger, opérèrent comme piécéJemment à Verdun et firent le désort autour de la place. Heureusement pour la province, Saint Jean de Losne arrêta les hordes envahissantes; debout sur la brèche ouverte dans leurs murailles nar l'artillerie ennemie, les habitants jurèrent de garder leur ville ou de mourir : ils tinrent parole et donnèrent aux renforts de Rantzau le temps d'arriver; le dévouement de Verdun avait sauvé la Bourgogne, celui de Saint- Jean de Losne sauva la France, i
La crue subite de la Saône vint au secours du pays;
1. Un histori;^n bourguignon distingué, M. Jcandet, dont TAcadémie de Mâcon et riiistitut ont couronné un important travail sur Pontus de Thijardf demande, dans de remarquables fragm'^nts d'une Histoire de Verdun-sur-Sa)ne^(\\i*on appelle rannée 1036 non plus V Année de Corbic^ mais V Année de Saint-Jean-de-Losna et de Verdun,
DE LA BOURGOGNE. tt
Tarmèe impériale n'eut que le temps de se relirer en toute hâte, et fut môme obligée de laisser de Tartillerie qu'elle ne put retirer des boues ; dans les bois de Tart, en 1700, on trouvait encore des débris d'afrùls et de canons. La Valette et Weimar se mirent à la poursuite des ennemis-, fatiguant leur arrière-garde à tel point que de ses trente raille hommes, Galiasn'en ramena que dix mille; mais c'était encore assez pour faire beaucoup de mal dans leur retraite * par la Franche-Comté, dont les villes fermaient leurs portes à ces dangereux auxiliaires, mais ne pouvaient protéger les campagnes sur lesquelles se ruait une soldatesque de toutes nations qui marquait son passage par des flots de sang^ des cendres et des ruines.
Par un singulier hasard^ Saint-Jean de Losne était délivrée le jour même que Corbie fut reprise (14 novembre 1630). La France, ruinée il est vrai, était cependant sauvée de Tennemi, et sauvée par elle-même, par Teffort du patriotisme de Paris et de Saint-Jean de Losne, comme l'ont justement remarqué MM. Michelet et d'Haussonville. Spectacle entraînant et plein de grandeur, que celui d'un peuple qui trouve sa force dans Tamour de sa nationalité menacée, et perd tous ses biens pour conserver son indépendance i
1. a Gallas, dît Forg^et, rentra en Allemagne avec plus de Taches que de soldats, mais tous la bourse bien garnie. » Le? caricatures de Tépoque, une fois le danger passé, ne songèrent qu*à faire rire de Gnllas; une d'elles (Bibl. imp.) le représente bouffi, avec un v -ntre éuorme qu'il est obligé de porter sur une brouette, et lui met ces paroles dans la bouche :
Je suis ce grand Gallasl
Gargantua jamais n'eut une telle panse t Considérez un pea son extrême largeur.
Ah! j'aarais emporté quelque coin de la France, Si j'cQSse été si bon soldat que maugeor.