RIVALITÉ DU DUC D'ORLÉANS
roi, espérant bien faire annuler sa promesse par Louis devenu majeur. La noblesse fut obligée de se séparer, ne se sentanfpas soutenue : le duc d'Orléans en aurait bien eu l'intention, mais ne voulait pas se brouiller avec le Parlement; le prince de Gondé, comme la reine; craignait que les États réunis n'abolissent Tordonnance de Charles V, fixant la majorité à treize ans, et ne donnassent l'autorité au duc d'Orléans, oncle du roi, plutôt qu'à . lui Gondé, simple prince du sang.
Cette rivalité entre les deux princes, qui se ménageaient cependant, se retrouvait partout. Giûce à cette lutte, la reine espérait ramener le cardinal Mazarin, qui ne cessait de la diriger du fond de son exil. A peine avait-il été hors de Paris que Le Tellier, secrétaire d'État à la guerre, lui avait fait passer un chiffre particulier pour une correspondance détaillée et régulière; Servien, de Lyonne, Brienne, l'abbé Fouquet et Golbertlui servaient aussi d'intermédiaires auprès de la reine. Châteauneuf, ministre imposé à Anne après la fuite de Mazarin, ne fut pas longtemps à s'apercevoir de toutes ces inirigues, et les dénonça au Parlement par l'organe du duc dOrléans, « Tant qu'ils seront auprès de la reine, l'esprit de Mazarin régnera toujours, si son corps est absent. » Loin de céder, Anne, prorit:;nt de la division de ses ennemis, renvoie Chûteauncuf, et sur les avis de Mazarin, le remplace par Chavigny, ami de Gondé ce ennemi acharné du cardinal, donne les sceaux à MoIé, qui garde en môme temps la première présidence, et appelle le chancelier Séguier comme chef du conseil.
A ce coup d'État de la reine, les Frondeurs se réunissent îe soir chez le duc d'Orléans. Là, Gondy propose immédiatement de soulever le peuple; Condé et Beaufort que
ET DU PRINCE DE CONDË. it5
des intrigues de femme rattachaient à sa cause, s'y opposèrent. C'était le commencement de la rupture des deux Frondes; elle fut consommée le lendemain, lorsque Condé, avec ses habitudes brutales, relira la parole de mariage échangée entre Conti et mademoiselle de Clievreuse.
Les deux Frondes séparées, la reine voulut regagner le duc d'Orléans et le Parlement: elle accorde au premier le | renvoi de Mole qu'elle remplace par Séguier, et au Parlement la déclaration qui excluait les cardinaux des conseils du roi. Forte de ce double appui, elle chicane Condé à propos des faveurs énoimes qu'il avait extorquées pour lui et ses amis, comme prix de son alliance; la main de Mazarin se devinerait facilement dans toutes ces intrigues, si des lettres ne la monlraient surabondamment, f Tout vaut mieux, écrit-il à la reine, que d'accorder à M. le Prince ce qu'il demande; s'il l'obtenait, il n'y aurait plus qu'à le mener à Reims. »
On ne sait vraiment comment raconter celte époque : intrigues, promesses violées, paroles données à deux partis à la fois, voilà les moindres méfaits de tous ces princes et de ces prélats ; un pas de plus dans cette voie, et ils nouent des négociations avec l'étranger, appellent les armées dans nos provinces qu'ils désolent : et pour quels motifs? Gondy veut venger son ancienne maltresse que Conti a rebutée et qu'un agent de Condé, le savetier Maillard, a outragée publiquement Condé ne prétend pas à moins qu'à traîner à sa suite une clientelle de gouverneurs de villes ou de provinces, qui, à son appel, seront toujours prêts à lever l'étendard de la révolte et à imposer les volontés de leur patron au chef de l'État, qu'il soit ministre, reine ou roi ; Orléans ne veut céder en rien à son cadet Condé; madame de Longueville craint La aàv^»-
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rilé d'un époux outragé; la guerre civile^ en la forçant di courir d'un bout de la France à l'autre ou chez l'étranger, peut seule retarder son retour en Normandie, sa réintégration sous le toit conjugal si fastidieux pour elle'. Pour balancer l'influence de Condé, la reine avait besoin du duc d'Orléans; mais on ne le possédait jamais qu'en gagnant le favori qui faisait mouvoir ce pantin politique. Dans le moment c'était le Goadjuteur; on le gagna facilement par l'appât du chapeau rouge toujours promis et jamais donné, et par les caresses que la reine faisait à la jeune Chevreuse c qu'elle baisait sur les deux joues. • La vengeance que demandaient les deux Che* ' vreuse n'était rien moins que l'assassinat de Condé; de Retz refusa; il consentait à faire arrêter le prince cliezle duc d'Orléans. Condé, averti des dangers qu'il courait, se retire dans la nuit du 5 au 6 juillet 1631 dans son château de Saint-Maur près de Vincennes, où il est bientôt rejoint par sa sœur, son frère et ses principaux partisans; de là, il déclare à l'envoyé de la reine, le maréchal de Crammont, qu'il ne peut plus se fier à la parole d'Anne d'Autriche, et charge son frère Gonti de faire la môme déclaration au Parlement et de demander l'expulsion de Le Tcllier, de Servicn et de Lionne. Si le Parlement de Bordeaux s'associait de tout cœur aux plaintes de Gondé,
1. Madame, mère du régent, dans sa Correspondancef raconte avec sa causticité ordinaire un mot assez piquant de madame de Longueville : « Madame de Longueville s'ennuyait eïtrômement en Normandie, où était son mari. Ceux qui étaient auprès d'elle lui dirent : — Mon Dieuî madame, l'ennui vous ronge, ne voudriez-vous pas quelque amusement. Il y a des chiens et de belles forêts; voudriez-vous chasser? —Non, ditelle, je n'aime pas la chasse. — Voudriez-vous de l'ouvrage?— Non, je n'aime pas l'ouvrage. — Voudriez-vous vous promener ou jouer à quelque jeu? — Non, je n*aime ni l'un ni l'autre. — Que voudriez-vous donc? lui demanda -t-on. Elle répondit : — Qwq voulez-vous que je dise?/e n'aitnê vas les plaisirs innocents, » Lettre du 81 mai 1718. Ëdit. Charpentier»