‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 177 sur 316 · SIGNALENT LÀ MISÈRE DE PARIS · texte numérisé non relu

SIGNALENT LÀ MISÈRE DE PARIS

Les correspondances particulières attestent aussi l'intensité du n^I, comme on peut en juger par les lettres de la mère Angélique à la mère Agnès :

« Mars 1652. — Je vous envoie an morceau da paio des pauvres; Jugez à quelle extrémité ils sont réduits. Nous ne voyons que des pauvres qui nous viennent dire qu'ils n*ont mangé il y a deux ou trois jours, d'autres qu'ils n'ont mangé que des choux dans de Teau , sans sel. Je vous supplie de montrer ce pain à nos sœurs , qu'elles considèrent, comme je leur ai dit souvent, qu'il faut retrancher tout ce qui *est possible, afin que nous n'ayons pas besoin qu'on nous donne en retranchant aux pauvres, n

Qu'on juge dans une pareille situation ce que devaient produire des pamphlets incendiaires comme ceux que lançaient les partisans des princes. M. le comte de Saint- Aulaire le déclare lui -môme : a La vérité historique oblige de reconnaître que les grands seigneurs de la Fronde ne se faisaient pas plus de scrupule des imcates populaires que des alliances avec l'étranger. » A quelle époque de nos révolutions a-t-on lu un langage plus horrible que celui d'un des écrits qui eut alors le plus de vogue :

« L&chons hardiment la bride ; faisons carnage sans respecter ni les grands ni les petits, ni les jeunes ni les vieux, ni les mâles ni les fe« melles. Sortons de nos gîtes ,*de nos tanières, quittons nos foyers, faisons voltiger nos vieux drapeaux. Battons nos caisses. Alarmons tous les quartiers, tendons nos chaînes. Renouvelons les barricades. Mettons nos épées auvent, tuons, saccageons^ brisons, sacrifions à notre juste vengeance tout ce qui ne se croisera pas pour le véritable parti du roi et de la liberté. »

Des paroles, on passa bientôt aux faits : les partisans de Condé organisèrent une troupe de bandits sous la conduite d'un nommé Peny, qui s'attaquait à tous cf'nx qu'on soupçonnait de mazarinisme. Chaque \ourU'

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quelqu'un d'insulté, le prévôt des marchands ou les échevins et les membres du Parlement^ qui, au Sortir des séances, étaient souvent maltraités et coururent risque de la vie. Condé, en effet, s'apercevant qu'il n'avait pas à s'applaudir d'avoir quitté l'armée pour Paris qui le repoussait, redoublait de violence. Turenne, de son côté, trompant par une marche habile les lieutenants de son rival, arrivait à Châtres ou Arpajon, conduisait la. cour à Corbeii et de là à Saint-Germain, pendant que l'armée des princes, reconnaissant sa faute, venait camper à Étampes. L'armée des princes se rapprochait amsi de Paris, où d'un moment à l'autre sa présence pouvait devenir nécessaire pour subjuguer les Parisiens, fatigués de cette longue lutte et disposés à céder et à rappeier à tout prix leur roi. Cette armée d'ailleurs commençait à se trouver dans une position difficile : les vivres faisaient défaut; le pays affamé ne pouvait plus môme, depuis quelque temps, fournir le pain nécessaire, et elle ne subsistait, pour ainsi dire, que du vin qu'elle avait trouvé en une certaine abondance dans les ports de Montargis *. On devine facilement à quels excès une armée, d'autant plus indisciplinée qu'elle se savait nécessaire, pouvait se porter, excitée par un régime d'ivresse constante qui ne laisse plus subsister aucune discipline. Étampes, tombé au pouvoir de la Fronde, éprouva les effets ordinaires de la présence de ces pillards : les soldats, quoique logés seulement dans les faubourgs en vertu d'une capitulation, venaient chaque jour dans la ville et y faisaient tant de désordres que beaucoup d'habitants furent contraints d'abandonner leurs maisons et leurs biens; ce fut encore

1. Antiquités de la ville et du duché d* Etampes, par le R. P. D« Flea- < i6ad; Histoire d'^tampes, i^ajc ^9X. ^<^ Vl^^vXcqiv^ \%^^«

S'EMPAEE D'ÉTAMPES. 847

pis lorsqu'on eut ëpnisè le grenier à sel et les greniers à grains, qui étaient assez bien approvisionnés. >

Ce monvement dés deux armées et i'arrirée de la cour à Saint-Germain anéantissaient la transaction qui avait promis de respecter Paris à dix lieues à la ronde : de toutes parts, les populations s'enfuyaient devant l'armé? royale et venaient se jeter dans la capitale :

« Ces paysans, dit La Porte dans ses Mémoires, n'araient de couvert contre les grandes chaleurs da jour et la fraiclieur de la nuit que le dessous des auvents, des charrettes et des chariots qui étaient dans les rues; quand les mères étaient mortes, les enfants mouraient bientôt après, et j'ai vu sur le pont de Melun, où la cour vint quelque temps après, trois enfants sur leur mère morte. Ton desquels la tétait encore. »

Les bestiaux qu'ils amenaient avec etfît périssaient bientôt faute de nourriture; il fallait nourrir toutes ces bouches affamées; un renchérissement considérable des denrées ne tarda pas à s'ensuivre : avec la faim, la fermentation se mit dans la mullitude. On ne savait plus à qui s'en prendre ni qui écouter. Le Parlement et l'hôtel de ville se déconsidéraient peu à peu par leur inaction, leur incapacité visibles; ils ne savaient ou ne pouvaient imposer la paix aux princes, n'osaient pas s'unir avec eux pour chasser résolument Mazarin, et, d'un autre côté, n'obtenaient aucun succès dans leurs négociations avec la cour. La haine contre le cardinal subsistait assez vive pour que la plus grande partie de la population ne voulût le recevoir à aucun prix. Cette haine se changeait en mépris pour la reine qui, après avoir banni le ministre comme concussionnaire et pirate, le rappelait quelques mois après, lui livrait la direction des affaires de son fils et de son royaume. La partie honnête des bout-

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