LA NOBLESSE S'UNIT POUR SE DÉFENDRE
lettre circulaire envoyée dans îes provinces à tous les gentilshommes de ce royaume^ avec l'union de la noblesse , pour empêcher les désordres^ les excès et les ravages des gens de guerre^ et pour parvenir à la paix générale, faite le 16 mai 1652, à Nogent-le-Roi. — 1652, Paris, 8 p.
Les nécessités générales de I*Etat et Toppression particulière de la noblesse ayant obligé quantité de gentilshommes, princes, ducs et pairs, de s'assembler aux Cordeliers, à Paris, en féyrier 1651, sous Taveu de S. A. R., lieutenant général de l'Etat, après avoir obtenu la jonction du clergé , il fut conclu que Tunique remède à tant de maux ne pouvait se rencontrer que dans les États généraux, lesquels S. M. accorda, en des formes si solennelles, que tout le monde eut sujet de croire que notre soulagement était proche, puisqu'un moyen si salutaire nous était assuré. Vous remarquerez, MM., que le roi et la reine nous accordèrent les États au 8 septembre suivant, avec permission de nous rassembler pour les solliciter, en cas d'inexécution de leurs promesses, données par un écrit signé de LL. MM. et contresigné des quatre secrétaires d'État.
Les misères publiques ayant depuis augmenté par l'augmentation de leurs causes, ont fourni matière de nouvelles plaintes, et principalement par la licence effroyable des gens de guerre, dont le débordement est arrivé à tel point... qu'iV semble que Von ait traité avec eux à foffuit au prix de nos biens et de nos vtes^ et encore de V honneur de nos femmes et de nos filles.
Tant de maux... ont engagé la noblesse, qui se trouve malheureusement divisée par la diversité des intérêts particuliers et par le défaut de communication..., à se réunir en son entier. Après plusieurs propositions, il fut conclu qu'il était nécessaire de signer un acte d'union entre les particuliers et entre les bailliages, ce qui s'exécuta à Magny, le 27 février dernier, par députés chargés de pouvoirs entre ceux de Senlis, Chaumont, Magny, Mantes et Meulan, Montfort-l'Amaury, Dreux, Cbâteauneuf et Chartres, auxquels se sont a(jyoints depuis, à différents temps, Etampes, Beaugency, partie d'Orléans, Romorantin, Dunois, Blaisois, Vendomois, Saumur et la Flèche.
Les bailliages unis s'étant trouvés, par leurs députés, à Maintenon, le 16 avril deroier, jugèrent à propos de communiquer notre dessein aux bailliages voisins, vers lesquels ils députèrent, afin que comme nous n'avons tous qu'un même intérêt, aussi nous travaillassions tous par les mêmes moyens à notre conservation, et crurent que le mal étant parvenu à son période, il y aurait désormais de la houte à cet illustre corps de demeurer muet et sansmouvemeiit^YoT^c^^^^^ ^\i.^\s^^
36a ANARCHIE COMPLETS
peuples oppressés demandent un secours qu'ils ne peuvent obtenir fn par la paix. C*cst ce qui a été le motif do l'arrêté qui y fut fait, ds proposer par cliacun des députés en leur bailliage particulier de â^ mander au roi cette paix tant désirée, et les États généraux d-deviot promis comoïc Tunique moyen qui nous la peut donner bonne etfenMb
Et en attendant le consentement desdits bailliages, il fut résolu d'à donner avis à MM. du clergé, comme à nos aînés, avec lesquels dos in* térôts étant communs dès notre origine, comme il a' paru dans tous les États généraux et dans les deux dernières assemblées do Paris sur k sujet dont il s'agit. Et pour recevoir réponse de ces députatioos, l'assemblée fut indiquée à Nogeot-le-Uoi au 15 mai.
JËn ce lieu de Nogcnt se sont trouvés à jour nommé les députés da bailliages ci-duvant unis, auxquels se sont encore venus joindre quelques autres, et rapport nous ayant été fait par nos députés que plusieun bailliages u'ayant pas eu assez de temps pour y envoyer dans les formel nécessaires, approuvent notre dessein et se préparent à s*y joindre.
Nous y avons pareillement roçu deux lettres de Tagent général ds MM. du clergé, par lesquelles nous avons appris en substance que MM. de leurs corps approuvent nos intentions et promettent de tra* vaillcr à les insinuer et de solliciter avec nous dans le temps favorable, et pour cet effet ont demandé quelque surséance.
Cette double raison nous a fait différer Texécution de la dépntatioo vers le roi jusf]u'au h de juin prochain, auquel jour rassemblée a arrêté que deux députés de chaque builliugc, tant de ceux qui sont unisqiM de ceux qui s'uniront, se rendront ix gîte à la Rocbe-Guyon-sur-Seioei proche Vernon, pour de là exécuter ladite députation vers le roi, etqoe cependant copie du présent arrûté serait envoyé à Tageni général da clergé, avec prière de le communiquer à MM. de son ordre
Suit la déclaration : Union de la noblesse, faite en l'année présente de 1652. Nous, soussignés i, etc.
Que les circonstances difficiles où Ton se trouvait, le prochain retour du roi à Paris (octobre 1652), etc., aient empêché ce projet d'union de s'accomplir, le fait seul de cette circulaire atteste que l'anarchie régnait dans toute la force du terme, puisque chacun est réduit à se faire justice et protection à soi-même.
A Arnay-le-Duc (Bourgogne), la perception des impôts
1. Dubuisson^ L Vn, p. 848. Pièces tustULcatUeft «t docamoittib
DANS TOUTE hk FRANCK. se?
est si rigoureuse que, sans Thumanité du sergent exécuteur, les recors, sur Tordre du receveur, après avoir saisi les meubles d'un échevin de la ville, allaient enlever le lit, où la malheureuse femme do ce contribuable était gisante et à l'article de la mort; ce mobilier vendu ne rappDrIa que 30 livres ! Outre ces contributions ordinaires, ce sont constamment des réquisitions d'hommes, de vivres pour le siège de Seurre; en 18 mois, Arnay se chargea de trois impositions extraordinaires s'élevanl à 42,000 livres, plus un octroi de 2 sois par mesure de farine et de 20 sols par chaque pourceau. Au 13 décembre ICoI, elle reçut trois compagnies du régiment de Navarre : pour obtenir leur bienveillance, on fit un traité avec le chef, d'après lequel la ville donnerait chaque jour 120 livres ; cette capitulation n'empêcha cependant pas les extorsions continuelles du chef et des soldats, et cela jusqu'au 3 mai 1652, c'est-à-dire pendant 140 jours, dépense totale 168,000 livres, sans estimer les désastres.
Pour subvenir à toutes ces dépenses, la ville se voyait contrainte à des emprunts forcés* aux habitants aisés, la taxe des aisés^ comme avait fait Mazarin en 1646. Un avocat ne voulut pas consentir à être taxé à 2,000 livres et n*offrait que 500, parce que, disait-il, il avait déjà fourni à la ville 6,000 livres, et ne recommencerait que quand les autres notables auraient donné autant que lui ; le maire, pour vaincre cette résistance d'un exemple dangereux, obtint du commandant 15 soldats et 2 sergents qu'il envoyât chez Delacroix pendant une absence € avec ordre d'y bien faire leur devoir, qu'il y avait moyen d'y faire bonne chère, parce que c'était un bon hôte. • Les soldats en nombre, et soutenus par l'autorité, commencejat k fermer le» portes sur eux. el &e *^ to^\i\.\\^\VKt
•68 LES CONTRIBUABLES D'ARNAT-LE-DDG.
en enfants de bonne maison. Après avoir déjeuné, dinè et bu, même au delà de leur contenance, ils jetèrent les
* plats, les serviettes et la nappe dans le feu, et commirent ensuite grand désordre dans la maison, ayant rompu les serrures et mis en dedans la porte du cabinet de Delacroix, ils lui brûlèrent quantité de livres et de sacs de procédure, lui dérobèrent une paire de pistolets, un fosil, quatre cuillères et un gobelet d'argent, quantité de vaisselle d'élain et neuf ou dix serviettes, rompirent plusieurs
' meubles et s'efforcèrent de mettre le feu en jetant sous les cbalits des tisons allumés. Plusieurs, étant descendus à la cave pour avoir de meilleur vin, mirent en perce les tonneaux dont le vin fut entièrement épanché, et ayant découvert le saloir, ils le renversèrent et prirent 8 jambons et d'autres pièces, déclarant hautement qu'ils ne sortiraient pas de la maison que Delacroix n'eût satisfait aux demandes des magistrats. » Delacroix, averti, accourt, veut faire des remontrances à ces forcenés, mais trois soldats, c imbus de vin, > lui donnent des coups; en se débattant il en renverse deux. Au môme instant, tous le frappent de leurs épées de telle façon qu'il voulut recourir à ses armes; mais il reçut deux blessures à la cuisse qui l'abattirent, et comme il perdait beaucoup de sang, on fut obligé de le mettre au lit... La plainte portée par Delacroix contre le maire et les soldats ne paraît avoir reçu aucune suite.
Arnay eut ensuite trois mois de repos ; mais le 30 juillet, elle revit une nouvelle garnison qui séjourna jusqu'en mai 1653 aux frais et dépens pour les fourrages, des huit villages voisins, et encore n'obtint-on la retraite des troupes qu'en offrant au duc d'Epernon t deux feuillettes de via fin, deux douzaines de jambon et autant de
STATISTIQUE DES NAISSANCES. tCi
langues de porc; b peu de jours après cependant les étapes recommencèrent à Toccasion de la reddition de Seurre, et Arnay vit successivement les régiments de la Marine, d'Uxelles, de RoncheroUes, les compagnies de chevau-légcrs d'ordonnance de Clagny et de Changey. Deux faits résument la situation économique d'Arnay. en 1()65, lors de la yérifîcation des dettes sons Tadminislration de Colbert, celles d'Arnay s'éleraient à 317,087 livres 11 sous, ou près d'un million de notre monnaie; l'autre est une table des naissances d'après les registres de Tétat civil d'Arnay depuis 1600 jusqu'en 1833: nous emprunterons seulement ce qui regarde l'époque de la Fronde.
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Qu'on remarque ce chiffre de 65 naissances en 1632 : c'est le nombre des plus mauvaises années de la Ligue; et dans tout le xvii® siècle, il ne se représente que deux fois, dans les terribles époques de 1693 et 1694, 64 et 61 ; en 1709 on tombe encore au-dessous, à ^31; on ne commence à se relever qu'en 1714, où l'on arrive à 67. — La moyenne des naissances d'après ce tableau, pendant le dix-septième siècle, est de 102, les décès s'élèvent à 116; c'est donc une dépopulation de 14 personnes chaque année; depuis 1789, au contraire, les naissances l'emportent annuellement sur les décès de 7 ^
1. Histoire cfÂrnay'le'Duc, par Lavirolte, ancien ofBcîer d*étatmigor, inspecteur des finances, d'après les manuscrits de la yille el