‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 24 sur 316 · MISÈRE DE L*ARTOIS · texte numérisé non relu

MISÈRE DE L*ARTOIS

des envîmns de Dampy disparurent ainsi. Les familles nobW dtaîent «ussi tomtx^cs d^ns l*inriigcncc; il en était de môme des ecclésiastiqui^, dont beaucoup n'ayant d'autre revenu que leurs dîmes, furent frOquemment exposés au danger de mourir de faim ; on fur contraint de vendre les vasps sacrés, et le roi fit distribuer aux moines et aux reliiiieu^es des rations de pain semblables à relies que Ton donnaii aux soldats; on comprendra cette extrême mis<rc par ces lignes empruntée» ani journaux de Dom Bidot et de Conrard : « Kn 1G63, la famine a été si « extraordinaire, que d*àge d*homme on n*a vu le grain si cbcr. •

Une lettre de Louis XIII au gouverneur d'Arras, en 1640, explique mieux que tous nos commenlaires les actes de violence, de rapine, de pillage commis par nos troupes et leurs chefs dans les lieux où sévissait la guerre : f Brave et généreux Saint-Prietil, vivez d'industrie, plumez la poule sans la faire crier; faites comme les autres dans leur gouvernemenU vous avez tout pouvoir dans votre empire, tout vous est permis *. »

Les provinces qu'épargnait la guerre n'étaient cependant pas plus heureuses, à cause des impôts, passages des gens de guerre, famines et pestes qui les suivaient. Voyons une des provinces du centre, peu mêlée aux événements généraux de l'époque, le Bourbonnais, par exemple. Un grand propriétaire de ce pays, qui s'occupe avec amour de l'histoire de sa province, a bien voulu relever pour nous desfails curieux et qui confirment notre asserlirn. Une source historique en France a encore été peu consultée, et semble cepenJant d*une grande

richesse : ce sont les registres paroissiaux. Ceux du Donjon (Allier), la commune qu'habite M. Meilheurat, sont complets depuis François I" (1525) jusqu'à rétablissement des municipalités. Les curés qui les tenaient (et

1. François de JussaccTAmblevifle, smn* de Snmt-prieuf, par A. *aa- Tier, cité aussi par Levassor, Histoire de Louis XIII, t. VI, p. 351-

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en particulier Tabbé Girard Charnay, caré du Donjon d» 1606 à 1653, qui ne laisse pas s'écouler une seule année sans enregistrer quelque chose) les ont émaillés de notes sur les événements principaux de la localité ou de la province, et quelquefois parlent de ce qui se passait dans te reste (le la France :

c( Sous Louis XIII, nous dit M. Meilbeurat, leRourbonnais était dansune grande misère ; nos registres constatent, chaque année, pour ainsi dire, maladies contagieuses, famine et passage des gens de guerre ; en Toici un exemple ^ : « En juin 1632, tout le pepple étoit en grande « peur d'avoir encore une ligue, parce que le bruit couroit que Monsieur « venoit de passer par ce pays avec une grande armée. L'avantp-garde « de Monsieur, composée de François, Italiens^ Espagnols, Flamans,. « Lorrins, Liégeois^ Vallons, Allcmans, Polacres, Dragons et autres « méchantes nations, sont arrivés environ mille chevaux au Donjon « le 27, en sont dnspartis le dernier jour de juin; et de là fut passer à « Vkhy avec son armée, que l'on estime être de dix mille hommes à (( cheval ; lesquels ont fait de grands dégâts et ruiné là où ils ont passé, a Et environ quinze jours après^ M. de la Force» avec cinq mille hommes « de l'armée du roy. a suivi Monsieur jusqu'à proche de Digoin^ et de « là sont montés pïtr la Bourgogne, et à Lyon se sont embarques sur le « Rhône^ et peu de tems après le maréchal de Schombcrg, avec quatre o mille hommes de l'armée du roy sont passés par Molins. Et par ce- « moyen, le pauvre peuple est grandement oppressé. Dieu nous veuille « assister. Louis XIII avec la reine ont fait leur entrée en la ville, de « Molins le 29 août, et de là sont allés à Lyon. L'on dit que notre roy a. <c bien vingt mille hommes à sa suite. Il a bien passé quatre-vingts « charrettes chargées de mèches et de balles à mousquet par le Donjon, « afin do poursuivre Monsieur, qui a fait une armée en Languedoc « avec M. de Montmorency, M»' l'évCque d'Alby et plusieurs autres. c( Dieu nous veuille donner une bonne paix, et inspirer le roy de sou- « lugcr le pauvre peuple qui eut à Textrémiié! »

Et ces détails, on les retrouve à chaque pas : en mai 163 j, ordre de fournir des soldats pour le régiment de

1. Voir in extenso ces documents dansle Cabinet historique deM. Louis Paris, t. VI; c'est une source féconde de renseignements, trop peu

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