DU BONHOMME MISÈRE
du mot, après s'en êlre moqué, le laisse partir avec les fruits dérobés, en lui disant seulement : c Allez, yoisin, et n'y retournez plus. » Bien des années après, Misère a yieilli : la Mort, avec sa faux, entre un soir dans la cabane du pauvre paysan et lui ordonne de partir. Misère^ qui, comme le bûcheron de la Fontaine, malgré ses souffrances tient à la vie, songe à user de stratagème pour obtenir du répit, et prie la Mort d'aller lui chercher une poire sur l'arbre où, cassé comme il est, il ne peut grimper. La Mort, qui ce jour-là est de bonne humeur, monte à l'arbre et se trouve prise au piège : il faut composer, et, pour redescendre, elle promet à Misère de ne venir le prendre qu'au jour du jugement dernier. D'où il résulte que Misère « restera sur la terre tant que le monde sera monde. »
Le peuple pouvait désespérer, mais il n'était pas permis à la société de le faire; pour elle, c'était le suicide. L'histoire mieux étudiée révèle chaque jour plus nettement les deux grandes lois qui la dominent: la continuité et le progrès. Rien ne sort de rien , et les maux extrêmes apportent avec eux leur remède ou la mort s'ensuit. L'homme tient à sa vie morale aussi bien qu'à sa vie physique par des attaches si profondes que dès qu'il sent la mort le menacer, il invente des armes pour la repousser. C'est ce que fît la société française à la suite de la Fronde. La plupart des villes qui avaient été prises au dépourvu par la grandeur du mal , dès que le calme revint un peu, établirent des hôpitaux pour soulager à l'avenir leurs malades, ou augmentèrent le nombre de ceux qui existaient déjà. Nous citerons en particulier Rouen, Château-Thierry (1656), Poitiers (1657), Soissons (1660)^ etc. L'impulsion une (oU àov\\\^^ cA\iV\\v»A.. l
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nitiative janséniste se fit encore remarquer à Beauvais; le chanoine Hermant, un des intimes de Pori- Royal etq\û a écrit une Histoire manuscrite du jansénisme ^ itabliU Beauvais un bureau des pauvres d'une organisation toute particulière et assez ingénieuse (1653). Mais tous ceséUblissements furent surpassés par l'Hôpital général de P^ ris, comprenant les cinq maisons hospitalières de la Pitié (faubourg Saint-Victor), de la Savonnerie, unie à la Pitié, de Scipion ou de Sainte-Marte (faubourg Saint-Marcel), unie également à la Pitié, de Bicètreet de la Salpétrière. C'étaient des colonies pouvant recevoir de 6,000 à 7,000 habitants pauvres et destinées à débarrasser Paris des nombreux mendiants qui l'infectaient, le pillaient, et i la moindre alerte trouvaient un refuge dans les onze cours (les miracles existant alors dans la capitale. Ces cours étaient des asiles impénétrables: chacune renfermaitenviron une population de plus de 3,000 habitants , dans les époques ordinaires; personne n'osait y pénétrer, les attaquer, et la loi s'arrêtait impuissante à leur seuil.
Une grande part dans l'établissement de celte insCilation revient à Vincent de Paul; d'abord son hôpital du Nom de Jésus servit de modèle pour radminislralion; puis, avec l'aide de ses dames de charité, il donna une forte impulsion à Tentreprise. Aussi voulut-on donnera Vincent et à sa congrégation des Missionnaires la direction de celte œuvre charitable, importante ; mais, à la suite d'une longue délibération de « toute sa communauté assemblée, » il refusa (9 avril 1657), à caus«, dit-il, c de beaucoup d'autres emplois qu'elle a et qui ne lui permettent pas d'en prendre de nouveaux.» il ac contenta d'indiquer au choix de l'administration , pour rec-
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«nier biographe, Louis Abelly, qui bientôt, à son tour, le 10 octobre lG57^$e relira sous prétexte c d'incommodilé, » mais en réalité parce que la direction spirituelle ne pouvait s'entendre avec la direction temporelle ^, et déslors les relations de Vincent cessèrent avec cet établissement. Nous n'insistons pas davantage sur cette institution, parce que les bons travaux modernes, indiqués dans notre Dote» l'ont bien fait connaître; parce qu'elle n'eut que peu de résultats, et enfin parce qa'eile n'oiïre rien de nouveau comme remède contre le paupérisme : c est toujours la charité religieuse et officiel le que nous avons vue à l'œuvre dans ce long récit, et toujours impuissante en face de l'étendue et de la gravité du maU
A côté de ces hôpitaux, il faut inscrire une opération financière nouvellequi, si elle eût réussi, cûtun peu développé chez nous l'esprit d'association. Ce fut la Tontine ,
4. Une copie rie cette renonciation se trouve dans les archives de l'Assistance publique {Arch. 910. /«' registre des délibérations de VHÔpital général) elle a élé délivrée par Baudoin, secrétaire de Tar- .•chevéché^ l'original ayant été dépQsé au greffe de rarchevèché. Ce même registre donne de longs détails sur le démêlé du spirituel et du temporel: le premier ayant voulu recouvrer dans cette nouvelle administration la supériorité qu^un édit de Louis XII (1505) lui avait enlevée dans les hôpitaux. Voir au^si, four les détails sur rétablissement de TBôpital général^ les divers édits du rai qui se trouvent au T. Xill des Ordonnances de police; M. Alexandre Monnier les a parfaitemeat résumées dans son Histoire de V Assistance (pag. 344 et suiv.), ouvrage couronné par l'Académie française. On consultera également avec profit un Recueil de pièces imprimées (bihl. do l'Arsenal, 1675 bis, fonds Jurisprudence) à propos de THôpital général et du Bureau des pauvres ■à Beauvais. M. Floquet,dans son Histoire de Bossuet avant son pré'- •eeptorgi, a aussi longuement parlé de rétablissement de rHôpitai gé' néral; il a cru, à tort, nous le pensons avec M. Gandar {Bossuet ora' Àewr)^ que son héros avait été chargé de prêcher à l'Hôpital général dès les premiers jours de son établissement (29 juin 1657). Ce fut tout au plus en 1659, et les registres deTHôpital général n'en font aucune mei»iioa« V. Gandar, p. 247. Bossuet axocai dei pauvres*