GABELLE
douaniers pour tenir la main à Texécution de ces arrêts; leur nom môme est resté comme un terme injurieux : le gabelou. On comprend que la contrebande du sel fût po» pulaire; le faux-saunier, ou le contrebandier des 'gabelles, avait toutes les sympathies des paysans et des bourgeois; on Taidait autant que le permettait la terreur qu'inspirait tout ce qui touchait au sel. Au milieu des désordres de la Fronde, nous verrons quelle préoccupation grave cette question des gabelles ajoutait aux nombreuses inciuiéludcs du gouvernement, la contrebande armée avec cavalerie et canon s'exerçant en plein soleil, et exigeant des corps d'armée entiers pour la réprimer.
D'après des dépouillements officiels, la contrebande, année commune, occasionnait dans le pays trois mille sept cents saisies dans l'intérieur des maisons, et l'arrestation sur les grands chemins, de deux mille trois cents hommes, mille huit cents femmes, six mille six cents enfants, mille cent chevaux, cinquante voilures; la gabelle fournissait environ le tiers du nombre total des forçats du royaume, trois cents environ, et les prisons, pour le môme délit, n'avaient guère moins de dix-sept à dix-huit cents habitants; «aussi, dit un rapport ministériel, Tagricullure est abandonnée pour suivre une carrière qui promet de plus grands et déplus prompts avantages, la contrebande du sel; les enfants se forment de bonne heure et sous les yeux de leurs parents, à l'oubli de leurs devoirs, au mépris de la loi. » — « La gabelle, comme le âisixit Monsieur en 1787, à l'Assemblée des Notables, en voyant dérouler sous ses yeux un tableau dont il n'avait pas jusque-là soupçonné rcxistence, la gabelle était une i< machine in* '--^'î/e, un impôt irréformable. » Il n'y avait qu'à l'anéan-
IMPOTS DES boissons: M
tir, et il en était à peu près de même de tout l'ancien état de choses*.
L'impôt sur les boissons, ou les Aides, n'était guère moins lourd et moins Iracassicr. Là, nous retrouvons d'abord les droits féodaux, ban des vendanges^ ou fixatioii de Touverlure des vcnJanges, selon le bon plaisir du seigneur, ce qui amenait souvent une cueillette non mûre ou des raisins gâté:; sur leurs ceps, toujours de grosses pertes pour le cultivateur; puis les redevances en nature, c'est-à-dire variées à rinfini : carlelagey ou le quart de la récolte; forage^ ou permission de détailler avec enseigne, etc.; les corvées pour les vignes du seigneur, ou vinade; le banvin^ ou droit du seigneur de vendre seul exclusivement pendant quarante jours de l'année; puis venaient les réglementations royales, comme celle-ci: ordre d'arracher les vignobles pour en faire des terres à blé, à la suite de plusieurs années de stérilité, mesure inhabile qui rendait le vin plus rare sans rendre le blé plus abondant, puisqu'il faut un assez long repos de la terre pour que le blé puisse succéder à la vigne, mesure onéreuse au fisc, puisque l'impôt est beaucoup plus considérable sur les vignobles que sur les terres à blé.
Les aides générales les plus importantes établies sur les boissons étaient : le gros, ou impôt de un sou et six de-
1. Voir Bur cette question : Recueil d'édits et d'ordonnances, augmenté sur rédition de P. Néron et Et. Girard, 1740. 2 vol. in-f°, t. I, p. 884; Mémoire concernant tes droits et les impositions, par Moreau de Beaumont, intendant des finances, 5 vol. in-fo, 17G8-1789, t. III, p. 1 à 276; nous avons vu aussi citée Une Histoire de la Gabelle, par M Eug. Leserinier ou Lescrinier, que nous n'avons pu parvenir à nous procurer, M. Richard, conservateur à la Bibliotlièque impériale, prépare une histoire tiès-étudiée de la Contrebande sous Vancien régime; les mêmea rigueurs étaient déployées à l'occasion des toiles peintes, des indiennes et de toute l'industrie, qui ne pouvait par conséquent se développer.