DE DIGBY EN FRANCE
ardente et ennemie de la légalité. Une brayade, exécutée en face des deux armées, le met en relief, et Mazarin lui fournit des fonds pour lever au nom du roi un corps d'auxiliaires irlandais et anglais. On comprend maintenant quelle rage devaient apporter des hommes qui retrouvaient, en face d'eux, sur les champs de bataille de France, la cause parlementaire, qui les avait vaincus en Angleterre et chassés pour longtemps de leur pays; nous renverrons le lecteur curieux de ces cruautés à la brochure de M. Fleury, qui les rapporte tout au long, mais qui avait négligé de faire connaître leur redoutable chef.
Parmi les noms que les paysans de Fiance ont le plus maudits avec ceux d'Erlach et de Digby, nous sommes obligé d'inscrire un troisième, et,mallieureuscment,nous ne pouvons trouver pour lui d'autre excuse que la violence de son caractère, son impatience de toute loi et le souverain mépris que font de l'humanité ces grands exterminateurs pour qui la vie humaine et tous les droits qui découlent de ce premier droit disparaissent devant une question d'ambition ou d'intérêt. C'est avec regret que nous nous voyons contraint d'amoindrir la gloire d'un de ces hommes qui ont rang parmi les illustrations de notre pays, font partie de sa grandeur nationale et contribuent à lui donner une place élevée parmi les peuples : il s'agit, en e(Tet, d'un de ces héros pour lesquels l'épithète de grand est devenue inséparable du nom, de
Condé Mais c'est une triste vérité que les nombreux
documents de la Fronde mettent en lumière : sa véritable gloire est limitée à celle de général ; le sentiment du bien et du mal, l'amour de la pairie lui font comi)lèlemeni défaut. La cruauté de Condé semble proverbiale dans tûvis»
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les écrits de l'époque, c'est le trait dominant de son caractère ; on dirait que sa figure, qui a quelque chose de l'oiseau do proie, avec ses yeux à fleur de tête et son nez aquilin, terrifiait les contemporains. Un pamphlétaire nous niontrc-t-il Mazarin recommandant la rigaeur à Anne d'Autriche? vite il fait intervenir Condé comme exécuteur; dans la Custode de la reine qui dit tout, Ma^ zarin s'exprime ainsi :
Mes conseils nécessaires à Votre Majesté^
Pour les exécuter vous avez deux grands princes (Condé et Gaston)
Qui donneront les mnim au sac de vos provinces^
L'uu par impiété', Tautre par lâcheté.
Une autre pièce assez rare se sert des mêmes motsr Les impiétés sanglantes du prince de Càndé, On n'y voit que meurtres, viols commis par les troupes de ce prince, et l'iiislorien ne peut s'inscrire en faux contre le pam» phlélaire. Omcr Talon, qui en parle aussi dans ses Uémoires,, ne songe pas non plus à repousser Taccusation. Condé lui-mômc ne fit rien pour la démentir; aucune enquête, aucune poursuite ne fut dirigée contre Tauteur, quoiqu'elle n'ait été publiée qu'après la paix de Saint* Germain, c'est-à-dire au moment môme de la plus grande puissance du prince. Nous n'analysons pas ces pièces, nous voulons éviter les redites de misères, de cruautés que nous rencontrerons trop souvent dans la suite de ce récit *.
1. Voir aussi Avis^ remontrance et requête par huit paysans de hw't
provinces j députés pour les autres du royaume sur les misères et affaires du tcnip> l'iési^nt, au l'arb-niMit de Paris et à ceux déjiutéà et assemblé» à Ruel pour li conférence, composé par Misère et imprimé en Calamité. lG'i9, 72 pnp^os. Ces p-ysmis sont le Bourguignon, le Picard, le Cbain« penois, le L'oil':viu, le Drcîcii, lo Tu;irani,^ean, le Normand et le Manceaiu iii(3n dt.' pins curieux ctdf; p'.cs jii^te souvent qun Texpêsé de leurs griefs: X'i Assemblée des États g..'ii'jiciux; 12° plus d'étrangers pour faire U
LES GSK& DE GUERRE Slf A!f JOIT. 1«7
Si de Paris et des provinces voisines nous nous transportons dans celles qui sont le théâtre de la guerre, au centre et aux extrémilés de la France, le spectacle n'est pas moins hideux; ilestpeut-ôtrepluscffrayantencorepar suite de Tâpretô des haines provinciales, a Dans l'Anjou et le Maine, je ne puis vous décrire le dégât qui s'y fait, les massacres des gens de guerre qui promènent partout le vol, le viol et l'incendie, les villages abandonn/^s... Les deux régiments de la Villetle et d'Infanlerie de la reine se distinguèrent par leurs excès. Angers fut traité en pays ennemi : souvent ils établirent leurs écuries dans les salons des hôtels les plus riches et les plus soigneusement décorés; les citoyens suspects furent frappés de contributions exorbitantes, et la municipalité épuisée fut heureuse de recevoir du cierge un don de deux mille quatre cents livres pour subvenir au loô^ement ot à la nourriture des soldats. Après six semaines de ce régime, le duc de Brézé se laissa apaiser par Tintervention de l'évoque Henri Arnauld et par les flatteries du quartier des Loricards, qui lui éleva une pyramide avec cette inscription : Magna Brezœo,
La Nornwndie n'est pas plus heureuse; tous les documents judiciaires de l'époque ne présentent que t pilieries, extorsions, violences » des deux armées, royaliste et frondeuse. Une lettre inédite du comte d'Harcourt (23 mars 1649) vient fournir encore une preuve nouvelle de la situation des généraux :
guerre; un Suisi^e dépense plus qae six Français, honte et dommage pour la France, qui a tant d'hommes et ne saurait se passer de ses voisins; 19° les fiiîduciers, gens d'é^^lise ou de chicane contribueront pour achever le Louvre; 20® les princes et seigneurs n'auront plus de pension; 2ÎO le* charges de gouverneur de province, de ville, etc., ne seront plus héréditaires.