DÉTRKSSE DES GÉNÉR\UX
vincesde France serait incroyable, et surtout inexplicable, si une nombreuse correspondance des chefs d'armée ou des gouverneurs de place, que nous avons trouvée aux archives, ne venait éclairer cette question. Tous, depuis le commencement de la Fronde jusqu'à la fin, dans quelque province que se trouve leur emploi, tiennent le môme langage au ministre. Nous donnerons quelques-unes de ces lettres : déjà nous avons vu le comte d'Harcourten Normandie, et l'infortuné d'Erlach se plaignant de ne rien recevoir ni pour eux, ni pour leurs officiers et leurs soldats; Rosen-Worms, fait entendre des plaintes plus amères encore :
« Je supplie très-humblement Votre Eminence qu'en cas que Sa Majesté se veut servir davantage de moi, elle considère qu'il y a déjà cinq ans que je n'ai reçu ni gages, ni pensions, de sorte qu'il me faut vivre en gueux et n'ai aucun moyen de pouvoir tenir ma table ni faire habiller mes domestiques, il y a déjà un an que, sur toutes les remontrances que j'en ai fait, on ne m'a donné que des promesses et bonnes paroles; mais m'étant impossible de m'en pouvoir plus longtemps contenter, n'ayant aucune rente, ni gouvernements, ni biens comme les autre» lieutenants-généraux, étant étranger et n'ai rien, si ce n'est ce que le roi me donne, et, s'il venait que je m-ourrais dans le service du roi, ma femme et mes enfants n'auraient quoi que ce soit, et seraient contraints de passer leur vie en gueux. » 8 mai 1650 '.
Deux lettres datées du 12 octobre attestent cette triste
1 Ârch imp. KK, 1071, 1074, 1075. — Les lettres de Mazarin qui se trouvent aux archives coniirment ces douloureux détails : le 18 mars, en réponse à une lettre de Rosen du 4 mars (que nous n'avons pu trouver), Mazarin lui dit qu'il va presser, vu la nécessité des troupes, l'intendant des finances Hervart d'envoyer 50,000 livres à Rosen; le IG décembre, à Duplessis : « J'envoie le sieur Colbert avec le peu d'argent qui me reste pour assister de ma part les pauvres blessés. J'ai donné ordre aussi qu'on menât deux de mes carrosses, soit pour servir à nos blessés de condition ou à conduire les principaux prisonniers à Reims, suivant que vous jugerez à propos. On fait partir en toute diligence 60,000 rations de pain à l'armée, et le sieur Brachet fait voiturer tout le vin qu'on peut faire venir. »