DE LEMAITRE ET DE GODEAII
spirail la misère produisit encore d'autres prodiges : elle réconcilia un instant les disciples d'Ignace de Loyola el de Saint-Cyran qui, laissant de côté leurs discussions tliéologiques, se tendirent une main fraternelle sur le terrain de la charité. A la môme époque à peu près, le jésuite Aniablc Bonnefons donnait son Chrétien charitable.
En face de la misère que nous connaissons, pendant que le catholicisme suscitait ces prodiges de charité, que faisait le protestantisme? La question est importante et demande à être examinée avec la plus complète impartialité, c'est-à-dire avec un désir sincère de trouver. L'existence du protestantisme serait, à nos yeux, gravement compromise, si son esprit se trouvait opposé aux justes tendances de la société moderne, qui cherche à faire jouir de la plus grande somme de bien possible, soit au physique, soit au moral, le plus grand nombre d'individus. Une religion froide, sans entrailles, qui croirait avoir satisfait au plus doux et au plus énergique besoin du cœur, celui d'aider ses semblables par une taxe administrative, pourrait convenir à des marchands exacts, méthodiques, prévoyants comme nos voisins d'outre-mer. mais périrait infailliblement chez un peuple tout d'élan qui a posé la fraternité comme une des grandes bases de son édifice social.
De longues recherches ne nous ont donné que trois faits : l'un se trouve dans une Remontrance faite au Roi par l'archevêque de Sens (16S6'); il peint la situation
1. Bibl. Maz. (17C38.) — Nous avons encore trouvé d'autres dépositions de membres du clergé catholique en faveur de la charité protestante, mais elles se rapportent à des époques postérieures à la Fronde. — (( Les ministres hérétiques se contentent de 500 livres de pension et de 3 ou 400 en divers lieux de cette province, sans rien prendre pour les fonctions de leur ministère, mariages, baptêmes, enterrements, et se