‹ La Misère au temps de la Fronde et saint Vincent de Paul (volume 3)Chapitre 19 sur 420 · DE LA BOURGOGNE · texte numérisé non relu

DE LA BOURGOGNE

l'armée impériale n'eut que le iemps de se retirer en toute liâle, et fui môme obligée de laisser de l'artillerie qu'elle ne put retirer des boues; dans les bois de Tari. en 1700, on trouvait encore des débris d'aflfûts et de canons. La Valette et Weimar se mirent à la poursuite des ennemis, fatiguant leur arrière-garde à tel point que de ses trente mille hommes, Gallas n'en ramena que dix mille ; mais c'était encore assez pour faire beaucoup de mal dans leur retraite * par la Franche-Comté, dont les villes fermaient leurs portes à ces dangereux auxihaires, mais ne pouvaient protéger les campagnes sur lesquelles se ruait une soldatesque de toutes nations qui marquait son passage par des flols de sang, des cendres et des ruines.

Par un singulier hasard. Saint- Jean de Lcsne était délivrée le jour même oîi Corbie fut reprise (14 novembre 1630). La France, ruinée il est vrai, était cependant sauvée de l'ennemi, et sauvée par elle-même, par l'effort du patriotisme de Paris et de Saint-Jean de Losne, comme l'ont justement remarqué MM. Michelet et d'Haussonville. Spectacle entraînant et plein de grandeur, que celui d'un peuple qui trouve sa force dans l'amour de sa nationalité menacée, et perd tous ses biens pour conserver son indépendance I

1. « Gallas, dit Forget, rentra en Allemagne avec plus de vaches que de soldats, mais tous la bourse bien garnie. » Les caricatures de l'époque, une fois le danger passé, ne songèrent qu'à faire rire de Gallas; une d'elles (Bibl. imp.) le représente bouffi, avec un ventre énorme qu'il est obligé de porter sur une brouette, et lui met ces paroles dans la bouche :

Je suis ce srand Gallas!

Gargantua jamais n'eut une telle panse : Considérez un peu son extrême largeur.

Ah! j'aurais emporté quelque coin de la France, Si j'eusse été si bon soldat que maugeur.

Page 1