SUPPLIQUE COLLECTIVE DE QUATRE GÉNÉRAUX
lant la politique de l'intérêt bien entendu de l'état au secours de son humanité, représentait que les places frontières succomberaient si la culture des pays ne les souteuait, les ordres de répression contre ces pillards, ou n'arrivaient pas de Paris, ou ne produisaient aucun résultat. Bientôt le mal fut à tel point que les chefs des corps d'armée, dans le voisinage, craignant probablement pour leur sécurité les résolutions désespérées des malheureux habitants, s'adressèrent collectivement à Mazarin. A quelle hauteur fallait-il donc que la marée de sang fût montée pour que quatre officiers supérieurs jetassent ce cri d'alarme ! On le sait, si la pitié qu'inspirent les maux de la guerre doit être cherchée quelque part, ce n'est pas chez un soldat; ses yeux, frappés souvent par des scènes de désolation et de carnage, y sont en quelque sorte accoutumés; aussi lorsqu'on parcourt les mémoires des grands capitaines, comme ceux de Turennc par exemple, on est indigné malgré soi du sang-froid avec lequel ils racontent les scènes les plus atroces. Pendant la Fronde, les chefs arrivent à en avoir à la fois peur et horreur.
Il 3 janvier 1651, de Charleville.
« Le mal que fait M. Rozen est d'autant plus grand que le peuple ne porte pas seul cette incommodité ; mais le logement que M. Rozen fait prendre dans les châteaux et maisons des gentilshommes, et les outrages et mauvais traitements qu'ils reçoivent, altèrent infiniment les affections d'un corps qui a toujours si dignement servi l'Etat. Si V. Em. n'a la bonté d'y donner ordre, les châteaux les mieux fournis seront les criminels de M. de Rozen; ces places, qui ont été six mois sans commerce avec les autres du royaume, courent fortune de n'y plus en avoir du tout ; il n'y a pas un marchand qui ose hasarder d'y amener quoi que cô soit. Nous attendons, Monseigneur, de Votre Eminence, la fin de tant de persécutions, et quelque diligence que vous fassiez pour cela, ce ne sera jamais assez tôt pour empêcher l'extrémité où la chose est déjà réduite : car les paysans prennent déjà les armes pour sauver ce qui leur