ANNEE DU DELUGE
seaux et marchandises, ce qui rend le pays pauvre et nécessiteux'.
De tous les côtés arrivent, en outre, les plus désolantes nouvelles d'inondation : c'est la Seine qui déborde et cause partout des ravages, une arche du pont au Change est rompue ; quatre ou cinq maisons du pont sont ruinées, les autres abandonnées, par la frayeur qu'inspire la crue extraordinaire du fleuve. A Angers, la désolation est à l'extrêiîie par la crue des rivières qui tombent dans la Mayenne et le débordement de la Loire : toute la ville basse et le quartier des ponts sont inondés jusqu'au second étage des maisons; vingt et une sont renversées, quantité de personnes ont péri, tant par cet élément que par faim, malgré les libéralités de l'évoque Arnauld, du duc (le Rohan et des principaux habitants. Le P. Cyrille de Laval, récollet, s'emploie trois jours à porter du pain dans un bateau à ces pauvres assiégés de l'eau, et ramène ceux qui étaient en péril; la plupart des ponts de Ce sur la Loire sont renversés et la ville inondée; la Mayenne, encore plus terrible, abattit une.partie des grands et des petits ponts. L'est et le sud de la France éprouvent les mêmes catastrophes : la Saône, le Rhône, môme les rivières de second ordre comme l'Isère, débordent; les ponts de Romans, de Vienne sont emportés et beaucoup de villages inondés; en Provence l'inondation fut telle, que dans les annales du pays on donne à cette année le nom d'Année du déluge. Les eaux de la Durance, phénomène inouï et à peine croyable, s'il n'était attesté par de nombreux témoignages contemporains, remontèrent jus-
1. Cabinet, liistorique de M. L. Paris, mai, juin, novembre 18G0; Mémorial de l'Allier, etc.; Manifeste du Parlement de Provence pour Abbeville; Histoire du comté de Ponthieu, par de Vérité, t. 11.