‹ La Misère au temps de la Fronde et saint Vincent de Paul (volume 3)Chapitre 256 sur 420 · LA FRONDE EN PROVENCE · texte numérisé non relu

LA FRONDE EN PROVENCE

conseiller de Tressemanes-Cliasteuil, en robe rouge, coiffé (lu chapeau de son laquais et l'épée à la main, haranguaient bourgeois et artisans, qui déjà se rassemblaient en foule autour d'eux avec des cris de faveur, paraît une femme; un pistolet d'une main et une épée dans l'autre, elle s'avance vers le plus épais du rassemblement en criant hardiment : « Vive le roi, hors d'ici les Sabreurs. ^ A son aspect, le peuple reste un instant immobile : mais bientôt se rangeant autour d'elle, il répète les mêmes cris comme un signal de liberté; les Parlementaires, enhardis, se saisissent de l'hôtel de ville et des autres postes importants d'Aix; les Sabreurs sont bientôt même obligés de quitter la ville et se retirent à Marseille. Cette femme, qui était intervenue si à propos pour la fortune de la royauté, était la sœur de l'évèque d'Apt, Gaillard de Lonjumeau, la femme d'un zélé parlementaire, le conseiller Venel. Le dévouement qu'elle avait montré pour tous les malheureux pendant la peste, en prodiguant sa fortune et ses soins, lui avait acquis un grand pouvoir dans la ville; aussi est-ce à elle que doivent se rapporter ces mots d'Anne d'Autriche : « La ville d'Aix et la Provence ont affermi la couronne sur la tête de mon ûls.»

On se figurera facilement ce que le Languedoc, situé entre tous ces foyers d'insurrection, devait souffrir. Pour remplacer en Catalogue les troupes de Marsin et préserver le Roussillon de l'attaque des Espagnols, en même temps que pour défendre le Languedoc contre Condé, la cour fit venir beaucoup de troupes d'Italie ; ces troupes, soit dans leur passage, soit dans leurs quartiers, ravageaient tout. Dans l'assemblée des États, le 25 décembre 1651, quelques députés tracèrent le hideux ta-

Page 1