‹ La Misère au temps de la Fronde et saint Vincent de Paul (volume 3)Chapitre 44 sur 420 · SYSTEME ECONOMIQUE · texte numérisé non relu

SYSTEME ECONOMIQUE

dent qu'en face de ces foules de mendiants qui venaient se rassasier aux portes des couvents, des iiôpitaux ou des grands liôtels, et constituaient contre la société une sérieuse menace que celle-ci conjurait de temps en temps par les mesures les plus sévères, parfois même les plus cruelles. Tous les historiens l'apportent des ordonnances de cette nature; qu'on nous permette d'en citer une peu connue. De quelle époque barbare faut-il daler cette prescription, « qu'au moindre symptôme de contagion les mendiants et vagabonds eussent à venir déclarer leur malaise, sous peine d'être arquebuses? » Cette loi de sang est de 1633, et le Dracon qui l'établit s'appelait Isaac Laffemas, sorte d'intendant de Champagne K On ne traite ainsi aujourd'hui que les chiens enragés, terreur du pays; les malfaiteurs même redoutables trouvent plus d'égards que les malheureux d'autrefois.

La génération actuelle, habituée aux idées d'unité nationale et d'administration rationnelle que la révolii.tion de 1789 a fait triompher en France, ne saurait qu'imparfaitement se représenter le désordre et le chaos auquel avait abouti cette manie de réglementation, rendue fort capricieuse et fort variable par la lente agglomération des provinces réunies à la couronne dans des circonstances si diverses et à des conditions bien différentes.

Quoi de plus nuisible à la prospérité d'un grand État que cette poussière de petits gouvernements s'isolant les uns des autres, vivant, produisant pour eux seuls, fermés par des lois prohibitives que les mesquines jalousies de clocher multipliaient à l'infini et surveillaient d'un œil sévère? En 1789, la France comptait encore 70,000 fiefs

1. Boutiot, Recherches sur les a ncie mies pestes de Troyes, 1857.

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