LA GABELLE
entre les diverses provinces rendaient le transport du poisson frais presque impossible à une certaine distance, ou dans des conditions d'une extrême cherté, malgré l'abondance de poisson, abondance entretenue par une législation étonnante de sagesse et de discernement au point de vue de favoriser l'observation du maigre pour le peuple et les nombreux ordres religieux; mais les monopoles du droit de pêche, les statuts des corporations de pêcheurs, les nombreux procès relatifs à l'exploitation des cours d'eau, les redevances féodales ou monastiques, les impôts dont le poisson était frappé par les villes et par les rois, enfin les redoutables ordonnances sur la gabelle, si funestes à Tindustrie du maquereau et du hareng salé, paralysaient pour la population les bons effets des lois de conservation du poisson. Là, comme toujours, les exigences du fisc arrêtaient la consommation et tuaient la production; dans l'eau comme sur terre, les ressources qu'offre la nature étaient anéanties par les vices de l'organisation sociale.
Nous venons de prononcer un des mots les plus terribles de l'ancienne monarchie, les gabelles. Il semble qu'à propos d'alimentation, le sel soit une denrée tout à fait accessoire; il avait cependant une importance réelle par la grande quantité de viande ou de poissons salés ([u'on employait dans la nourriture, et par l'obligation où était chaque ménage d'en acheter une certaine quantité proportionnée au nombre de personnes, et cela « au poids de l'oj', » dit Forbonnais. Le bon sens le plus élémentaire semblait donc commander d'encourager la consommation, en raison môme de son utilité, par un bon marché extrême. Le fisc ne raisonnait pas ainsi : le sel, étant indispensable, devenait une excellente matière à impôt
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et constituait un des piincipaux revenus publics; aussi la gabelle a-t-clle donné naissance à une multitude d'édits. Une ordonnance fera toucher au doigt l'importance gouvernementale de cette imposition, qui, selon d'Autroche, fut une des principales causes de la ruine de la Sologne, et imprima sur ce beau pays les profonds stigmates de misère et d'épuisement que tous les efforts de la science, de l'industrie ei du capital, au service de la volonté puissante du chef de l'Etat, n'ont pas encore entièrement effacés.
« Louis, etc., à de Loiistelnau, sergent de bataille en nos armées, major au régiment de nos gardes françaises et capitaine d'une compagnie de chevau-légers, salut.
« Comme il est impossible d'arrêter le désordre qui s'est introduit dans nos provinces frontières, par le transport qui se fait du sel du pays ennemi ou de celui de notre obéissance, où les droits de gabelle ne sont pas établis et où il ne coûte rien ou très-peu de chose pour le vendre et c'ébiter en nos provinces où les gabelles ont cours, si ce n'est en y employant une force considérable; le ga>n illicite qui se fait en ce trafic ij engngeoiit les yens de guerre de toute condition, les gentilshommes et la plupart des habitans de nos frontières, dont plusieurs à main armée et publiquement, étant joints aux officiers et soldats des troupes de nos armées, forcent les gardes ordinaires de nos gabelles, en telle sorte qu'elles sont en beaucoup de lieux à, l'abandon, ce qui apporte un tel préjudice à la ferme gi-nérale de nos gabelles, que dans nos provinces et généralités de Picardie, Chamj'Ognf. Brie, Ile de France, Soissonnais et Normandie, les ventes de nos stls sont diminuées de plus de la moitié, et voulant y remédier selon Timportance de ce mal, nous vous avons établi pour vous transporter en nos provinces, aux lieux que besoin sera pour saisir et arrêter tous ceux qui se mêleront de ce trafic de sel et faux-saunage, employer la force contre eux s'ils résistent, les poursuivre dans nos villes, châteaux^ et dans ceux appartenant aux particuliers, eu quelques lieux qu'ils soient, sans exception, les faire prendre et mettre à l'instant es mains du capitaine Grandet, lieutenant en la maréchausséi^ d'Anjou, lequel nous avons ordonné pour agir aux ccip;ures des faux-sauni'rs et de leurs fauteurs, avec pouvoir de leur faire et parfaire leur procès prévôtalement, suivant nos ordonnances. Voulant aussi que vous ayez à visiter