LE PARLEMENT ENTREPREND
charge de grand-amiral de France, vacante par la mort de leur parent le duc de Maillé-Brézé, et refusait de leur accorder une armée pour faire la conquête de la Franche- Comté, qu'ils voulaient posséder en toute souveraineté. Céder à de pareilles exigences, ce n'était plus seulement détruire l'œuvre de Richelieu, mais rétablir la redoutable maison de Bourgogne en faveur du duc d'Enghien, devenu depuis peu prince de Condé, et que déjà tous les petits-maîtres semblaient reconnaître pour leur chef.
Avant de passer dans les faits, la lutte était donc dans lesesprits: les moins clairvoyants la devinaient à ces signes du temps que le grand poëte anglais appelle « l'ombre des événements qui s'avancent. » Reine et ministre devaient se résigner et attendre, ne pouvant savoir comment leurs adversaires useraient de leurs avantages. Le Parlement fera-t-il une constiiution nouvelle et radicale, ou simplement s'arrêtera-t-il aux besoins les plus pressants du jour? Ce fut à cette dernière résolution que se déterminèrent les membres de la chambre de Saint-Louis : une sorte de charte en vingt-sept articles fut promptement formulée; là encore on trouve le véritable mot de la Fronde au commencement; le premier article est dirigé contre le pouvoir absolu, le ministériat, qu'on s'efforce de briser par la suppression des intendants, instruments du ministre, abhorrés de tous pour ce motif et pour leurs exactions. La remise du quart des tailles, l'élargissement des prisonniers pour impôts, fut accordée au peuple ' : c'était lui permettre de respirer un peu pour le présent;
1. Un mot de Bussy-Rabutin marque bien rétonnement de la noblesse en voyant qu'on songeait au peuple : « Les compagnies souveraines en vinrent jusqu'à s'occuper du menu peuple et diminuèrent le quart des tailles; » les prétendues ligues du bien public de la noblesse avaient coutume de faire leur pais à ses dépens.