TROUBLES EN PROVENCE
la mère du président d'Oppède ; le chanoine de Cormis, masqué et la pique à la main, comme un sergent-major, range en bataille les plus intrépides; son frère, l'avocat général, les harangue, déguisé par un nez postiche.
Ces précautions des chefs de la révolte anoncent qu'on hésite à s'engager dans cette terrible voie de la guerre civile : aussi parvint-on encore à replâtrer une sorte de réconciliation; mais les mesures que chaque parti croit devoir prendre pour sa sûreté ramènent les soupçons, les calomnies et bientôt l'explosion. Les consuls, nommés par lettres patentes au lieu d'être élus au scrutin, suivant les statuts municipaux, sont insultés; lun d'eux court les plus grands dangers; l'ancien Parlement, se sentant celte fois soutenu, casse le semestre, révoque les consuls. Le comte d'Alais est obligé de licencier ses troupes et de rester dans son palais comme otage, avec cent cinquante gentilshommes de la province; les portes d'Aix sont murées pour empêcher qu'on n'introduise des troupes étrangères, et une députation se rend à Paris pour demander secours et protection. (Janvier 1649.)
Les dispositions de la Normandie étaient à peu près semblables : le Parlement était depuis quelques années déjà en lutte avec la cour et avec le gouverneur pour le môme motif que celui do Provence, le semestre. En août 1647, la régente, passant en Normandie avec le jeune roi, avait trouvé un accueil si froid qu'après un court séjourà Dieppe, elle avait évité de passer par Rouen, disant avec aigreur « qu'elle ne venait point gauler les pommes de Normandie. » Dès les premiers symptômes des mouvements de Paris, les anciens du Parlement de Rouen *
1. Les liistoriens qui se sont occupés de la Fronde n'ont pas assez remarqué, à propos des arrêts des Parlements provinciaux, quelle était la
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députèrent à la Chambre de Saint-Louis, et arrêtèrent « que les ciiambres demeureraient assemblées tous les matins pour délibérer sur les affaires publiques. « De son côté, pour s'attacher les Parlements de Provence et de Normandie, la Chambre de Saint-Louis, par l'article 19, posait en principe : « que l'établissement ancien des compagnies souveraines ne pourrait être changé ni altéré. » Les affaires publi(jues, dont voulait s'occuper le parlement de Rouen, étaient en assez mauvais état pour solliciter son attention : d'énormes et iniques abus rainaient la Normandie; partout des impôls non consentis par le Parlement, des tailles livrées aux financiers et perçues par eux sous les formes les plus brutales. Les États nous montrent en particulier vers Alencon, Orbec et Lisieux,
« des compagnies de soldats, traînant la désolation, faisant au peuple plus de mal (lu'il n'en eût reçu de troupes ennemies; ces soldats, rançonnant à discrétion les habitants, contraints la plupart d'abandonner leurs demeures ; rompant, brûlant les portes des maisons, démaçonnant les granges, battant les blés, les vendant h vil prix, ainsi que les pailles à demi battues, brûlant les charrues et les charrettes, saisissant les chevaux, enlevant tous les bestiaux d'un village qui, réunis en un seul troupeau et parqués tous ensemble, étaient ensuite vendus en détail. »
Il y avait là matière féconde à discours chaleureux de messieurs les anciens ; malheureusement leur quartier de service cessa au mois de septembre, et, le 6 janvier, le
taction de service^ les anciens, atlachés au Parlement de Paris, les nouveaux ou semestre, tout dévoués à la cour, ce qui explique bien des contradiclious apparentes dan? les actes de ces diverses compagnies, comme nous venons de le voir pour la Provence et la Normandie. Les Mémoires de Brienne auriient dû cependant les éclairer : ce fidèle serviteur de Mazarin complimentant LongueviUe sur la loyale démonstration du Parlement de Rouen, le duc lui répondit brièvement et comme avec dédain, « ce n'était que ceux du semestre. » Rendons à M. Floquet et à M. Cabasse la justice de reconnaître qu'ils ne se sont pas trompés sur ce point.