ÉTAT DE L'INDUSTRIE
cela au milieu d^s exigences diverses des partis et des rumeurs populaires. Comme les charges augmentent, que peu à peu la population cesse de travailler, parce que les ateliers chôment et se ferment chaque jour, on parle d'expulser tous les pauvres, étrangers à la ville, en leur donnant vingt sous lorsqu'ils seront dehors, et l'on ne recule devant la mesure que par crainte d'exciter une émeute dangereuse dans ces bas-fonds des nombreuses Cours des Miracles.
Il existe une pièce curieuse sur la situation des classes ouvrières à cette époque, intitulée : Les Contents et les Mécontents sur le sujet du temps. Les contents sont les armuriers^ les quincailliers, les faiseurs de malles et de valises et fourreaux de pistolet, les fourbisseurs, usuriers et prêteurs sur gages, imprimeurs, colporteurs, maquignons, faiseurs de baudriers, vendeurs de poudre et de balles, ofïïciers de guerre et cavaliers ; les mécontents sont composés de toutes les autres industries qui sont réduites à néant, et qui, dit l'auteur, constituent de beaucoup le plus grand nombre. Les vignerons de la Bourgogne adressèrent une requête au prince de Condé sur l'interruption de leur commerce, et, quelque burlesque que soit le ton, il n'en constate pas moins une souffrance. Une mesure publique explique mieux que tout ce que nous pourrions dire le malaise général, c'est la remise du terme de Pâques faite par le Parlement de Paris aux locataires et
1. On fut même obligé, par ordonnance de police du 30 janvier, de fixer un maximum pour le prix des armes offensives et défensives J i livres les mousquets de Charleville, de Mézières et de Liège avec ban-' doulière; 10 livres ceux de Hollande et de Sedan; pique de frêhejÈ 24 solsj de 10 à 12 livres les pistolets; 20 sols la livre de poudre, 4 solr^ celle de plomb et la livre de mèches. (Arch. de la préfecture de policej Coll. Lamoignon, t. XII.)