‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de PaulChapitre 198 sur 503 · A L'ŒUVRE JANSÉNISTE ET PARLEMENTAIRE · texte numérisé non relu

A L'ŒUVRE JANSÉNISTE ET PARLEMENTAIRE

neuf années, au milieu des plus grands périls, cinquante' trois fois le voyage de Paris en Lorraine pour porter do l'argent et des secours. Cette expérience des calamités donna aux prêtres de la Mission une supériorité qui fut bientôt hautement reconnue par les autres ordres religieux.

Dès que Vincent eut pris part à l'œuvre, il y apporta son activité, son dévouement habituels : 16 missionnaires et plusieurs Filles de la Charité partent immédiatement liour la Picardie et la Champagne ; leurs lettres désolées se retrouvent avec les autres dans les Relations.

« De Guise. — Je vous écris de Guise, où la pauvreté, misère et abandon surpassent tout ce que je vous dirai. Il est mort environ 50O personnes depuis le siège, il y en a autant de malades et languissants dont uue partie sont retirés dans des trous et des cavernes, plus propres pour loger des bÊtes que des hommes. On ne sait par où y entrer, ils y sont abandonnés de tout secours, ce qui fait qu'il en meurt tant... C'est encore pis à Ribemont. Tout ce que je vous en puis dire est que je ne crois pas qu'il y ait au monde une plus grande pauvreté. Le nombre des pauvres malades est de 150 dans ce seul lieu; il en est de môme à Liion, la Fère et autres lieux de Picardie... A Saint-Quentin, il se découvre tous les jours de nouvelles misères, et si grandes, qu'à peine oserais-je les marquer, si elles n'étaient connues de tous ceux qui sont sur les lieux. Il y a plus de 200 malades,.. Hier, je fus à deux faubourgs, où au lieu de maisons que l'on a fait démolir, il y a environ 25 chauraettes, en chacune desquelles j'ai trouvé deux ou trois malades, en une seule dix; deux femmes veuves, avec chacune quatre enfants, couchés tous ensemble sur la terre, n'ayant chose quelconque et sans aucun linge. Un autre ecclésiastique, dans sa visite, ayant rencontré plusieurs portes fermées, en a fait faire ouverture et a trouvé que les malades étaient si faibles, qu'ils ne pouvaient ouvrir la porte, n'ayant mangé depuis trois jours, et n'ayant sons eux qu'un peu de paille à demi pourrie; le nombre de ces pauvres est si grand, que sans lo secours venu de Paris, lors de l'appréhension du siège, les bourgeois, ne les pouvant nourrir, avaient résolu de les jeter par- dessus les murailles de la ville... Dans le monastère des Filles de Saint-François, au nombre de cinquante, la nécessité est telle qu'elles ne mangent que du pain d'herbe et d'orge, avec des oignons. Il y a plusieurs autres monas-

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