ET DU PRINCE DE CONDÉ
Ce n'était pas lo seul entre les anciens et les nouveaux niliés: pour obtenir la délivrance des princes, une asl)lée de la noblesse était venue en aide au Parlement e; tétait réunie à Paris aux Cordeliers; le nombre des adhérents se composait d'environ 800. C'était une occasion magnifique de réclamer les privilèges compromis ; 011 ne la laissa pas échapper: l'assemblée demanda la convocation des États-Généraux,afin de réprimer les usurpations ministérielles, et obtint bientôt la jonction de lassemblée du clergé; on fit même une tentative auprès ih' riiôtel de ville qui représentait la bourgeoisie. On voulait ainsi d'avance former une sorte d'États-Généraux au petit pied; mais on ne put entraîner la municipalité. Les attaques contre le Parlement n'étaient pas moins violentes que contre le ministre: « La France, disait Gillebert de Choiseul du Plessis-Praslin, évêquc de Comminges, est un corps composé de trois membres, le clergé, la noblesse et kî tiers-élat; un quatrième membre ne peut se joindre au corps sans qu'il en résulte un monstre borrible. » Messieurs de la noblesse tenaient môme langage : « Il est honteux que, par le renversement des anciennes lois, de jeunes écoliers deviennent au sortir du collège des arbitres de la fortune publique, par la vertu d'une peau de parchemin qui leur coûte 60,000 écus I » Le Parlement, ainsi menacé, demanda la dissolution de l'assemblée irrégulière de la noblesse, et s'apprêta à la foudroyer de ses arrêts pendant que la noblesse délibérait sur la proposition de jeter à la rivière le premier président. La reine intervint enfin sur les vives représentations du duc d'Orléans, et promit aux deux assemblées la convocation des États généraux, d'abord pour le 1" octobre, puis pour le 8 septembre, c'est-à-dire le lendemain de la majorité du
roi, espérant bien faire annuler sa promesse par Louis devenu majeur. La noblesse fut obligée de se séparer, ne se sentant pas soutenue : le duc d'Orléans en aurait bien eu l'intention, mais ne voulait pas se brouiller avec le Parlement; le prince de Condé, comme la reine, craignait que les États réunis n'abolissent l'ordonnance de Charles V, fixant la majorité à treize ans, et ne donnassent l'autorité au duc d'Orléans, oncle du roi, plutôt qu'à lui Condé, simple prince du sang.
Cette rivalité entre les deux princes, qui se ménageaient cependant, se retrouvait partout. Grâce à cette lutte, la reine espérait ramener le cardinal Mazarin, qui ne cessait de la diriger du fond de son exil. A peine avait-il été hors de Paris que Le Tellier, secrétaire d'État à la guerre, lui avait fait passer un chiffre particulier pour une correspondance détaillée et régulière; Servien, de Lyonne, Brienne, l'abbé Fouquet et Colbert lui servaient aussi d'intermédiaires auprès de la reine. Châteauneuf, ministre imposé à Anne après la fuite de Mazarin, ne fut pas longtemps à s'apercevoir de toutes ces intrigues, et les dénonça au Parlement par l'organe du duc d'Orléans, « Tant qu'ils seront auprès de la reine, l'esprit de Mazarin régnera toujours, si son corps est absent. » Loin de céder, Anne, profitant de la division de ses ennemis, renvoie Châteauneuf, et sur les avis de Mazarin, le remplace par Chavigny, ami de Condé ei ennemi acharné du cardinal, donne les sceaux à Mole, qui garde en même temps la première présidence, et appelle le chancelier Séguier comme chef du conseil.
A ce coup d'État de la reine, les Frondeurs se réunissent îe soir chez le duc d'Orléans. Là, Gondy propose immédiatement de soulever le peuple; Condé et Beaufort que