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août : la harangue, énergi(iue contre d'Épernon, était pleine de réserve à l'égard de Mazarin; la reine, sans s'arrêter à ce langage, exigea une déclaration formelle et écrite de rupture avec le duc de Bouillon, et demanda si elle pourrait entrer dans Bordeaux accompagnée des troupes qu'elle jugerait nécessaires pour la sûreté de sa personne et le soutien de la dignité royale. A Bordeaux, on aurait peut-être accepté ces conditions, si un acte de cruauté et de trahison, commis par ordre de Mazarin sur la personne du brave Bichon, gouvernear deVayres, n'avait ravivé toute la colère des Bordelais. Malgré les termes de la capitulation et le pardon du roi, obtenu par Mademoiselle, le ministre le fit pendre à la halle de Libourne. A cette nouvelle, on cria de toutes parts : t Plus de paix avec une cour asservie par Mazarin, » et le chevalier de CanoUes, du parti royal, fait prisonnier dans l'île de Saint-Georges, fut pendu par représailles.
Des appuis arrivaient de tous côtés aux Bordelais : on apprit que le Parlement de Toulouse avait, par arrêt du 1" août, intercédé auprès de Leurs Majestés en faveur de la Guyenne, etexprimé la nécessité de remplacer d'Epernon par un autre gouverneur; le marquis de Cugnac annonça à Bordeaux la prochaine arrivée du maréchal de La Force, son aïeul, et de ses deux fils, les marquis de La Force el de Castelneau, suivis de 6,000 hommes, levés dans les Cévennes et à Montauban. La cour, de son côté, semblait reculer : par méfiance des Libournais, trop sympathiques à la cause de Bordeaux, et aussi par ennui, dit Mademoiselle , elle se transporta à Bourg. Cependant, l'attaque de la Bastide par le maréchal de La Meilleraye (25 août), quoique infructueuse, avertit les Bordelais qu'ils devaient se tenir sur leurs garde*?; on travailla
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lux foilificalions. La princesse et ses dames allèrent en personne, chacune avec un petit panier, porter de la terre afin d'encouragerles travailleurs; le duc d'Enghien, monté sur un petit cheval, se montrait à tous les ateliers de terrassements « tantôt pliant sous le faix d'une hotte chargée de terre, tantôt blessant ses tendres mains à porler des piei-res que sa mère rangeait avec du ciment trempé de ses larmes, » dit une lettre des dames du Parlement de Bordeaux aux dames du Parlement de Paris. L'enthousiasme était tel que toutes les intrigues de Mazarin pour jeter la division entre le Parlement, l'hôtel de ville et les princes échouèrent complètement.
Le 30 août un arrêt du Conseil déclara « tous les Bordelais criminels de lèse-majesté, leurs propriétés confisquées » si,entroisjours,ilsne faisaient leurs soumissions; défense était faite à tous fonctionnaires des finances et de la magistrature de remplir aucune fonction dans ladite ville. Ces menaces, que nul effet ne pouvait suivre, ne servirent qu'à irriter Bordeaux; le Parlement y répondit par une apologie de sa conduite, qui était au fond un acte violent d'accusation contre d'Epernon et surtout contre Mazarin. Un caractère particulier distingue cette apologie entre toutes les pièces de l'époque : elle ne contient aucune proposition contraire à l'autorité royale; ce qui indique bien qu'à Bordeaux on n'était pas systématiquement rebelle, mais jeté dans l'insurrection par les mauvais traitements de d'Epernon et la détestable organisation du gouvernement.
La défense énergique de Bordeaux prouva encore mieux la haine contre Mazarin : au commencement de septembre, au bruit du tocsin, tout le monde s'arma, même 6,000 femmes, entre lesquelles il y avait beaucoup de