BALS ET FETES A LA COUR
Comment dire maintenant, après tous ces deuils, ces maux de toute espèce, de la nature et des hommes, ce qu'on lit dans les Mémoires de Dubuisson-Aubenay si bien au courant des moindres particularités de la cour, ce que la Gazette de France rehtait publiquement (il est vrai qu'elle n'était guère lue alors que par le monde officiel et qu'elle se taisait sur toutes ces misères ou n'en parlait qu'en termes généraux)? A la cour, on avait le temps, le courage de s'amuser, on trouvait de l'argent pour les plaisirs, lorsque toute la France s'épuisait en aumônes insuffisantes pour essayer de combler cet abîme béant. De février en mai, il ne se passe guère de semaine qu'il n'y ait mascarade en forme de ballet, ballet proprement dit, comédie, collation, musique des vingt-quatre violons pendant la collation, feu d'artifice, soit au Palais-Cardinal, au Louvre ou chez des courtisans comme le président Tubeuf. Les expéditions militaires même n'empêchent pas les plaisirs : à Poitiers, dit la feuille, officieux rapporteur des faits et gestes du jeune monarque, « le roi continue de prendre ses divertissements au manège et au bal, comme la reine ses dévotions (1" janvier 1652). • Pendant ce temps la France était à l'agonie; un pamphlet de l'époque en vers, la France affligée, a vertement rappelé cette conduite inqualifiable : le pays désolé expose ses malheurs à tous ses chefs; voici ce que répond le roi :
« Si la France est en deuil, qu'elle pleure et soupir^* Pour moi, je veux chasser, galantiser et rire. »
Et tous les autres font une réponse à peu près semblable.