SITUATION DES DEUX PARTIS
1 igne; el Condé avait livré le château et le havre de Talmont comme garantie en échange d'un premier envoi. Slarsin, quittant la Catalogne avec ses meilleurs soldats, fiait venu rejoindre le prince en Guienne; en Anjou, le duc de Rohan, mécontent de ce que la cour, pour présider les États de Bretagne, lui eût préféré Vendôme, dont le fils venait d'épouser une nièce de Mazarin, était disposé à s'engager dans le parti de Condé, et préparait peu à peu les esprits à la guerre civile; le voisinage du roi , uvait seul arrêter ses entreprises.
L'activité de la cour parvint à rétablir l'équilibre : en Périgord, le fils aîné de La Force, gagné par le bâton de maréchal de France, rentra dans le parti royaliste et négocia le mariage de sa fille avec Turenne ; le baron d'Estissac, de la maison de La Rochefoucauld, avec mille gentilshommes de l'Angoumois se rendit à Poitiers auprès du roi. Harcourt fit lever le siège de Cognac que les frondeurs, déjà maîtres de Saintes et de Taillebourg, voulaient également prendre; la Rochelle et l'île de Ré rentraient aussi dans le devoir; Condé lui-même, après avoir de Tonnay-Charenle organisé la défense de cette rivière, en laissant des garnisons à Saintes et à Taillebourg, avait été contraint de se replier sur la Gironde et la Dordogne.
Les ruines de Saintes peuvent montrer ce qu'on appelait mettre une ville en défense : Chambon, que Condé avait fait gouverneur de la place, afin de rendre l'attaque plus difficile, mit le feu aux faubourgs. Dans ce désastre, les deux monastères des Bénédictines et des sœurs de Sainte-Claire servirent d'asile a toute la population, protégés eux-mêmes par une sauve -garde de Condé. Chambon, afin de les épargner, avait eu soin d'isoler leurs bâtiments avant de mettre le feu aux faubourgs. La pro-
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vince fut aussi éprouvée que sa capitale : les impôts de toute nature, les garnisons et le passage des gens de guerre ruinèrent tellement ce petit pays, que dans plusieurs localités les habitants furent forcés de déserter leurs foyers, et d'aller chercher ailleurs une existence moins malheureuse. Les petites villes de Tonnay-Boutonne et de ïaillebourg, entre aulres, tombèrent dans urt état d'épuisement et de solitude dont elles ne se sont jamais relevées *. Ces barbares exécutions hâtèrent la soumission de toutes les villes au sud de la Charente, dés que d'Harcourt se présenta devant elles.
Pressé de tous côtés, Condé reculait toujours; après avoir fortifié Libourne, Bergerac, après avoir réduit Péiigueux, se sentant trop faible, il voulut resserrer plus étroitement ces liens avec l'Espagne, son suprême espoir, et pour la gagner lui livra Bourg, c'est-à-dire les por e» de Bordeaux. La trahison était flagrante; aussi tout ce qui, dans la ville, a quelque sentiment d*honn^(6ti et de patriotisme, s'indigne de ce voisinage de l'éiranger, le mécontentement éclate; mais le parti des princes, plus fort, chasse de la ville le premier président et tous le* conseillers royalistes, et domine par la force et la violence. La conduite de Condé détermina le roi à lancer une déclaration de lèse-majesté (8 octobre). On allait procéder à l'enregistrement de cet acte, lorsque le duc d'Orléans signale à l'assemblée un danger plus pressant : il savait que • le cardinal avait obtenu un passe-port pour revenir à Paris; qu'il allait y rentrer au premier
t. Ms. inédit du monastère de Sainte -Claire de Saintes, f» 60. Description manuscrite de quelques lieux de Sainlonges, par l'ingénieur Massé; art. Tonnay-Boutnnne et Taillebourg; Histoire de Suin»^ fô.i^e, par Massion. '