‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de PaulChapitre 337 sur 503 · S'EMPARE D'ÉTAMPES. 84T · texte numérisé non relu

S'EMPARE D'ÉTAMPES. 84T

pis lorsqu'on eut épuisé le grenier à sel et les greniers à grains, qui étaient assez bien approvisionnés. »

Ce mouvement des deux armées et l'arrivée de la cour à Saint-Germain anéantissaient la transaction qui avait promis de respecter Paris à dix lieues à la ronde : de toutes parts, les populations s'enfuyaient devant l'armée royale et venaient se jeter dans la capitale :

oCes paysans, dit La Porte dans ses Mémoires, n'avaient de cou- Tert contre les grandes chaleurs du jour et la fraîcheur de la nuit que 16 dessous des auvents, des charrettes et des chariots qui étaient dans les rues; quand les mères étaient mortes, les enfants mouraient bientôt après, et j'ai vu sur le pont de Melun, où la cour vint quelque temps après, trois enfants sur leur mère morte, i'un desquels là tétait aocore. »

Les bestiaux qu'ils amenaient avec eirx périssaient bientôt faute de nourriture; il fallait nourrir toutes ces bouches affamées; un renchérissement considérable des denrées ne tarda pas à s'ensuivre : avec la faim, la fermentation se mit dans la multitude. On ne savait plus à qui s'en prendre ni qui écouter. Le Parlement et l'hôtel de ville se déôonsidéraient peu à peu par leur inaction, ileur incapacité visibles; ils ne savaient ou ne pouvaient imposer la paix aux princes, n'osaient pas s'unir avec eux pour chasser résolument Mazarin, et, d'un autre côté, n'obtenaient aucun succès dans leurs négociations avec la cour. La haine contre le cardinal subsistait assez vive pour que la plus grande partie de la population ne voulût k recevoir à aucun prix. Cette haine se changeait en mépris pour la reine qui, après avoir banni le ministre comme concussionnaire et pirate, le rappelait quelnues mois après, lui livrait la direction des affaires de I fils et de son royaume. La partie honnête des bour

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geois, lasse à l'excès, abhorrait les princes, auteurs de ; toutes ces calamités, mais n'avait pas le courage de leur résister ouvertement, intimidée par la canaille qui leur servait d'escorte. On n'avait d'audace que dans les pamphlets : là on s'attaquait à tout et à tous, institutions et personnes ; tantôt on proclame la supériorité des États généraux, au-dessus des rois et des lois fondamentales;^ tantôt cette doctrine constitutionnelle fait place à des tendances en faveur de l'aristocratie : < Les rois ne peuvent former d'entreprise de conséquence sans l'avis des princes du sang. » Bientôt le même libelliste, Dubosc-Montandré, renverse l'idole qu'il vient d'élever: « Les grands ne sont grands que parce que nous les portons sur nos épaules; nous n'avons qu'à les secouer pour en joncher la terre *. » C'est le même Montandré qui écrit : » En matière de soulèvement on n'est coupable que de modération. »

Aujourd'hui encore, dit M. Floquel, on s'étonne quand, lisant les écrits de ces temps-là, on y voit traités, discui avec autant de hardiesse que de méthode les plus graves problèmes. « Si les rois sont d'institution divine? S'ils ont un pouvoir absolu sur nos biens et sur nos vies? Si les conditions avec lesquelles les peuples se sont donnés aux rois ne doivent pas être inviolables? Si leur gouvcr» nement doit être monarchique ou aristocratique, pour le bien commun du prince et du peuple? S'ils doivent avoir des favoris; si leurs favoris doivent entrer dans le conseil, et prendre le gouvernement des affaires? Si les trois États ont droit de se mêler des affaires des princes; de remédier aux désordres du royaume? » Des libelles cou-

i. Ce passage ne rappelle-t-il pas l'épigraphe du Journal de Pmihomme, les Révolutions de Paris, en 1789 : « Les grands ne par.u*sent grands que parce que nous sommes à genoux. Levons-nous. »

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