Ï.ETTRE DE SAINT VINCENT DE PAUL
Quelques-uns pourront dire à V. Em. que ses intérêts particuliers requièrent que le roi ne reçoive pas en grâce ce peuple, et ne revienne pat Il Paris sans elle, ains* qu'il faut brouiller les affaires et entretenir la guerre, pour faire voir que ce n'est pas V. Em. qui excite la tempôle, ains la malignité des esprits qui ne veulent pas se soumettre à la volonté de leur prince. Je réponds, W, qu'il n'importe pas tant que le retour de V. Em. soit avant ou après celui du roi, pourvu qu'il soit; et que le roi rétabli dans Paris, S, M. pourra faire revenir V. Em. quand il lui plaira, et de cela j'en suis assuré. D'ailleurs, si tant est que V. Em., laquelle regarde principalement le bien du roi, de la relue et de il' contribue à la réunion de la maison royale et de Paris, et à l'i sance du roi, assurément, Mg% elle regagnera les esprits, et dans [>iM de temps elle sera rappelée, et de la bonne sorte, comme j'ai dit{ mais tandis que les esprits seront dans la révolte, il est bien à craindre que jamais on ne fera la paix à cette condition, pour ce que c'est en cela la folie populaire, et que l'expérience fait voir que ceux qui sont ble* ses de cette maladie ne guérissent jamais par les mêmes choses par le* quelles les roues de leur esprit ont été faussées. Et s'il est vrai , comme l'on dit, que V. Em. 3 donné ordre que le roi n'écoute pas MM*^" '* • princes, qu'il ne leur donne point de passe-ports pour se rendre a de LL. MM., que l'on n'écoute aucune députation ni représentât!' qu'à cet effet V. Em. a mis auprès du roi et de la reine des étrai; ses domestiques, qui ferment les avenues de tous côtés pour eni|' qu'on parle àLL. MM., il est fort à craindre, Mi^, si cela continu^ l'occasion se perde, et que la haine des peuples se tourne en rai; contraire, si V. Em. conseille le roi de venir recevoir les acclani de ce peuple, elle gagnera les cœurs de tous ceux du royaume ij vent bien ce qu'elle peut auprès du roi et de la reine, et chacun dra cette grâce de V. Em.
Voilà, Mer, ce que je prends la hardiesse de vous représenter, dan la confiance qu'elle ne le trouvera pas mauvais, surtout quand di ■aura que je n'ai dit à personne du monde qu'à un serviteur de V. Pm que je me donne l'honneur de lui écrire, et que je n'ai aucune comi cation avec mes anciens amis * qui sont dans les sentiments contran ■ la volonté du roi; que je n'ai communiqué la présente à qui que ce Poii et que je vivrai et mourrai dans l'obéissance que je dois à V. Em., h lai quelle Notre-Seigneur m'a doniié d'une manière particulière. C'est di quoi je l'assure, pour être à jamais, M«f,son très-humble, très-obéiBSi>|j et très-fidële serviteur.
Vincent de Paul.