‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de PaulChapitre 480 sur 503 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Part des protestants dans la charité à l'époque de la Fronde,

Un document que nous avons trouvé aux Archives de l'Assistance publique, à Paris {Registre des délibérations de l'Hôtel- Dieu, année i65o, 23 avril), prouve combien il était difficile aux protestants de secourir leurs frères. Après un séjour d'environ une quinzaine, un malade de la religion prétendue réformée, comme on les appelait alors , avait été converti à l'Hôtel-Dieu. Deux des administrateurs, instruits de cet événement, allèrent en informer M. le premier président de Bellièvre, directeur de l'administration des hôpitaux; en môme temps s'y rendaient aussi MM. de Galimier et Papillon, avocats de la R. P. R. M. le premier président décida qu'on donnerait à ceux de la R. P. R. la liberté de voir ce jeune malade, pour apprendre delui et par sa bouche quelle religion il voulait maintenant professer; que cela pourtant se devait faire sans bruit et sans désordre ; que cette demande devait Être faite en présence de la mère prieure et de l'ecclésiastique qui l'avait converti; que ceux de la R. P. R. ne devaient et ne pouvaient enlever le malade ; que s'il avait changé de religion il n'était plus à eux, et que quand il serait encore de leur religion, l'Hôtel-Dieu était l'hôpital commun, que ceux de la R. P. R. ne devaient point avoir d'hôpital, et de fait que lui, premier président, ayant été averti que ceux de la R. P. R. avaient depuis peu établi une espèce d'hôpital proche la rue Montmartre, il avait donné ordre de le fermer par le commandement de la reine, et que cela avait été exécuté *: qu'il fallait cependant leur donner la liberté de voir leurs malades dans l'Hôtel-Dieu, soit pour leur consolation ou pour les entretenir de leur créance, suivant la liberté des édits, mais non pas souflrir qu'il y soit fait des prières publiques. » La Bcène se passa comme l'avait décidé le premier président :

1. Les avocats prétendirent que ce n'était même pas un hôpital : « un tissutier-rubanier s'était de tout temps appliqué à composer des drogues et des médicaments, à servir des malades, à recevoir ceux qui n'avaient [ oint de condition et à admettre chez lui des personnes de sa connaissance, ce qui ne pourrait être défendu à personne. » Néanmoins la fermeture fut naaintenue.

recclt^siastique, la mère prieure, un chanoine de Paris, et li's deux administrateurs del'Hfttel-Dieu d'un côté; les sœurs, (lulimier, Papillon et un gentilhomme proleslant de l'autre. L'ecclésiastique déclara qu'il avait toujours offert aux protestants la liberté tout entière de parler à leurs coreligionnaires malades, pourvu que ce fût en la présence d'un ecclésiastique, parce qu'autrement ceux de la R. P. R en détournaient plus en un quart d'heure en mettant le trouble dans la conscience d'un malade qui ne serait pas encore assez ferme dans notre créance ni assez instruit dans notre foi, que l'on n'en pouvait édifier en trois jours. 11 ajouta même qu'il y avait du péril pour les autres malades de laisser libre la conversation de ceux de la H. P. R., sans la pri'sence de quelque ecclésiastique, d'autant qu'ils affectaient de parler haut ; ce qui pourrait corrompre les malades qui sont dans les autres lits, éiant proches les uns des autres et même plusieurs dans un lit, qu'il élait besoin de pourvoira cet inconvénient. Le malade, interrogé dans cet appareil, déclara vouloir mourir catholique. Les administrateurs, de retour au bureau, décidèrent qu'à l'avenir « il sera choisi un lit dans l'Hôtel-Uieu , séparé des autres , si faire se peut, pour y recevoir les malades de la R. P. IL afin que, le malade étant visité par ses coreligionnaires, il n'arrive pas d'inconvénient ni de scandale pour les autres malades, ni pour ceux qi.i seront dans l'Hôtel-Dieu. »

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