‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de PaulChapitre 50 sur 503 · DE L'ANCIEN RÉGIME. S · texte numérisé non relu

DE L'ANCIEN RÉGIME. S

et arrière- fiefs I Avec un pareil système, l'abondance et la pénurie se trouvaient souvent côte à côte, à leur grand dommage mutuel; l'équilibre parvenant rarement à s'établir entre les provinces fertiles et les contrées moins heureuses. Ajoutez à cette mauvaise répartition les conditions fâcheuses dans lesquelles se trouvait placé le sol par l'organisation de la propriété foncière; pour que la terre donne en abondance, il faut que le cultivateur l'aime avec frénésie; le secret du plus-rendement de nos campagnes est dans cet amour jaloux du paysan pour la terre, amour que M. Michelet a si bien peint; mais pour aimer la terre de celte passion, il faut la posséder, et le sol était alors pour les trois quarts entre les mains de la noblesse ou du clergé. Comment allier les soins absorbants de la culture avec les occupations de la guerre, de la chasse, ou la servitude de la cour? La noblesse n'avait aucune idée des travaux qui changent la face d'un pays, améliorent les terrains ordinaires, fécondent les terrains incultes; elle vivait en épuisant la terre, lui demandant tout et ne lui donnant rien. L'ombre du couvent n'était guère moins nuisible aux champs voisins que l'ombre du château. Ils étaient loin ces temps où les moines, de leurs mains infatigables, défrichaient les bois et les landes, desséchaient les marais; leur unique supériorité sur la noblesse, au dix-septième siècle, consistait à administrer avec plus de sagesse leurs immenses domaines; mais, si le religieux conservait mieux ses biens fonciers, pas plus que le seigneur il ne savait en augmenter le rendement. L'aumône à la porte du cloître, il est vrai, restituait une partie de ces richesses au pauvre dénué de toute ressource; mais cette habitude même de l'aumône nuis.ait au travail, en créant dans les campa-

Page 1