LES MENDIANTS, LE SOLDAT
Une vieille ordonnance rapporte ce mot de soudard : « Quand l'enseigne chevauche, elle ne doit rien payer sur les champs. » Ce mot était resté dans les habitudes militaires. On était loin alors de nos armées régulières : l'infanterie, recrutée dans les villes ou dans les campagnes par la presse ou par l'appât de l'argent, était un véritable ramassis de bandits, souvent déguenillés, étrangers au point d'honneur que le sentiment de la solidarité de corps a introduit dans nos troupes avec l'uniforme, encore inconnu à cette époque. Les armes seules la distinguaient du reste de la nation, distinction dangereuse dans ses mains, et dont elle usait trop souvent pour commettre impunément des actes de pillage et de violence. La cavalerie, formée presque exclusivement par la noblesse, n'était en réalité qu'une chevauchée de gentilshommes, parfois braves à l'excès, mais qui se ruinait par ses armes de luxe et ruinait le pays par ses équipages. A côté de ces corps nationaux, il fallait compter les troupes étrangères, qui n'avaient aucune pitié pour un pays où elles ne servaient qu'en passant, dont elles ignoraient la langue, et souvent détestaient les opinions religieuses; c'était l'histoire de la plupart de ces corps allemands, suédois et polonais au service de la France, depuis que Richelieu avait remplacé le grand Gustave- Adolphe sur les champs de bataille d'Allemagne contre la maison d'Autriche. En disponibilité par suite de la paix de Westphalie, ils entrèrent à bon marché dans les armées de Mazarin, qui, par système, en faisait de continuelles levées pour les soustraire aux recruteurs de la Fronde*. Nos provinces gardèrent un long souvenir de
1 . Voir dans la Correspondance de Mazarin comme il pi'esse le comte ■tllajjnus de la Gardie, ministre suédois, et le maréchal Wrangelj d'enga-