SCÈNE V
Les Mêmes, KITTY DEANS.
kitty. Enfin !
Dickson. Kitty! ( Aux laquais.) Sortez!
(J quelques invités.) Vous, mes amis, veillez à ce qu'on n’entre pas et qu’on ne puisse rien entendre.
kemble, à /Jidtion.Quelle'est cette femme!
Dickson. Vous allez probablement le savoir.
kitty. Je vais droit an but, messieurs, écoutez tous... J'étais une pauvre et honnête fdle! pour gagner un morceau de pain, je gardais les troupeaux dans une métairie, à quelques lieues d'ici. Couverte de baillons, maltraitée, souvent battue, je n'avais d’autre force que le souvenir de ma mère , d’autre bonheur que ma pûrelé !... Un jour, vint à passer un libertin qui devina ma beauté sous mes guenilles et se dit : Parbleu! voilà un fruit sauvage qui ne doit pas manquer d'une certaine saveur pour mon palais blasé. On n’en saura rien... essayons. Je ne vous dirai point par quelles ruses, par quelles obsessions, le tentateur triompha de ma résistance... bref, il m’entraîna éplorée et folle, me cacha dans un faubourg de la ville et in* 1 fit savourer le poison du loxe. Bientôt, il ne vint plus me voir qu’à ses moments perdus, pour bâiller en tisonnant; puis, quand j’eus un enfant... une fille... il m’abandonna, et après avoir laissé une pile d’or sur ma cheminée, il courut se marier à une riche héritière ! c'est aujourd’hui que cela s’est fait! je viens donc lui rapporter sa bourse et loi dire en face, devant tous, qu’il est un lâche et un infâme !... Williams Dickson, voilà le pré- I sent de noces de Kitty Deans! (Elle jette une bourse aux pieds de Dickson.)
JOR, à part. Ma sœur I. ..
kembee, à Dickson. Ah! monsieur 1
Dickson, froidement. Mon Dieu, oui,
! cher beau-père, vous voyez là une faute de i jeunesse ; qui n’a pas la sienne J kemble. Assez, monsieur.
sir peters, l'entraînant. Venez, Kemble, vous ne devez pas en entendre davantage.
kemble. Oh ! ma fille! ma pauvre fille !...
( Ils sortent.)
Dickson. Puisque pour l’ellet de la scène, on m’a rendn ces quelques pièces d’or, je i trouverai un autre moyen d’être utileà... mon enfant. (Aux convives.) Je tiens trop à votre I estime, à tou-', pour ne pas faire les choses convenablement. Madame sait de reste que je suis génèieux.
kitty. Il m'insulte encore ! Lâche ! lâche 1 DICKSON, à Kitty. Si j’ai un conseil à vous donner, c’est d’entrer au théâtre. Sur ma parole, vous avez la corde dramatique, et nous irons vous applaudir sans vergogne.
kitty, se cachant la fùjure. Oh 1 Dickson. 11 fallait vous présen'er chez moi d’une manière décente et j'eusse écoulé vos réclamations; mais que diable, vous entrez ici comme un uuragan... c’est vous compromettre !
kitty. Oh ! tous ces hommes... faces glaciales ou ironiques ! pas un qui ne l’absolve et ne me méprise, moi !
job, à Kitty. Ton front, ma sœur !
kitty. Qui êtes-vous?
JOB. Job ücans !
kitty. Job... oui, je le reconnais... Ah!
j’ai donc un ami! merci, mon Ditu.
Dickson. Finissons-cn.. Sortez, madame!
kitty. Sortir! pas avant de t’avoir souffleté ! (Elle prend un gant de Job et le jette à la figure de Dickson.)
DICKSON, avec force. Ce gant ..
JOB, passant entre Kitty et Dickson.
C’est le mien, monsieur.
DICKSON. A la bonne heure!
JOB. Je suis â vos ordres.
Dickson. Tout de suite, entendez-vous...
tout de suite! j’ai là des armes! (Il va prendre des pistolets sur la console qui est à droite.)
KITTY. Ah ! qu’ai-je fait ?
sut george. Williams! 'Williams! ce duel est impossible ! ici, surtout !
TOUS, l'arrêtant. Oui! oui !
Dickson. Par la mort, vous êtes tousifes amis, mais je brûle la cervelle au prerWr qui franchira celte limite. (Il prend une sereiette qu'il jette devant eux. — A Job en lui présentant deux pistolets.) Choisissez!... (Job prend un pistolet et va se placer à gauche .)
kitty, s'élançant comme pour l’arrêter.
Job! mon frère!...
DICKSON, aux Gentleinans. Eloignez donc cette femme Ici soyez nos témoins! (Un fait retirer Kitty au fond, Dickson se place à droite.)
job, de sa place, à Dickson. A vous, monsieur, vous êtes l'ofTensé.
DICKSON. Soit!
JOB, à Dickson. Feu! (Le coup part.)
KirrY, se levant et regardant Job. Ah 1 sauvé !...
DICKSON, à Job. A vous.
job, d part. Non, je ne rendrai pas le mal pour le mal !
DICKSON. Allons donc, monsieur.
job, « part. Qu'il vive pour cette femme qui l’aime sans doute. (Il lire sur le portrait de Dickson.) Sir Dickson, je vous ai'fait grâce de la vie... Voyezl (l'ous regardent avec stupeur le trou de la balle.)
Dickson. Mon portrait 1 (A part.) La balle a traversé le front !
job, ri Kitty. Viens, ma sœur, "et passe tête haute ! (Il sort avec elle. Un silence.)
DICKSON, avec un sourire forcé. Eh bien !
mes ieurs, allons prendre le thé.