‹ La misere drame en cinq actes, precede de l'Irlande, prologue en un acteChapitre 16 sur 40 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

JOB, FEARGUS, TOBY.

feargus, prenant le milieu et *’ asseyant.

Je n’étais venu que pour chercher quelques recrues et emmener Toby... Tu sais le métier qu'il faisait 7 JOB. Oui.

feargus. Un vol a mis sur sa trace tous les limiers de Peters, et je l’emmène pour le sauver de l'infâme prison! Avec moi, du moins, il n’a que le gibet à craindre.

toby, à part. Grand merci.

JOB. Où allez-vous?...

feargus. Le jour, dans les rochers, dans les cavernes, dans les ruines ; la nuit , partout où il y a des malheureux à secourir, des morts à enterrer, des méchants à punir!...

Nous sommes les nommes blancs , les vengeurs de l'Irlande!...

JOB. Vous êtes sans pitié I feargus, te levant. Gomme on l'est pour le pauvre!...

JOB, te levant. Yous ne volez jamais?. ..

feargus. Que du pain , comme mon père I. . . Si l'un de uous, ce qui est bien rare, rend une pièced’or, un bijou, n'importe !. .. montrant un poignard ) je lui mets ce poignard dans la gorge.

toby, d part. Diable !

feargus. Ne l'oublie pas, Toby, car si tu deshonnorais notre cause, je te tuerais comme un étranger, comme un ennemi !

TOBY, à part. Peste du puritain...

FEARGUS , montrant Toby. Regarde cette figure sur laquelle l'infamie a déjà imprimé

: son stigmate, elle a été belle, innocente, rieuse! Regarde cet homme avili maintenant, il a été pur, hunnête et laborieux ; il a eu le courage et le bon vouloir; il a fermement lutté contre la misère , mais la tempête a été

; plus forte que le rameur et le gouffre l'a englouti!... Probité première, paix de la con-

1 si ience , efforts de l'intelligence et de l'activité, veilles perdues, fatigues stériles, travail sans fruit, tout est venu aboutir au vol!...

(Mouvement de Job et de Toby. ) Oh ! je n’accuse pas Toby de ce qu’il a fait, mais je le punirais de le faire encore!... Que l’amour de la patrie, la haine de l’oppression, l'ardeur de la vengeance pénètrent dans cette âme, et le cadavre ressuscitera!...

toby, tl part. Amen î ' // remonte vert le fond.)

feargus, à Joh. Moi, frère, poussé par la faiin , et malgré l’aversion de tout Irlandais pour le métier des armes, je me suis vendu dix livres sterling à un sergent recruteur, et on m'a embarqué pour les Indes... j’ai dompté ma violence et je me suis résigné à mon sort... J’ai tout supporté sans me plaindre, les injustices, les mauvais traitements, les brutalités même ; j’ai résisté au découragement, à la nostalgie, aux élans d'un cœur libre, aux poignards et aux balles, à tous les dangers et à toutes les fièvres ; je voulais revoir l’Irlande... Je te laisse à penser si j’ai dû souffrir ! Oh! j’ai été bien des fois tenté de déchirer mon uniforme, de jeter là mon fusil et de m’enfoncer dans les bois pour en finir sous la dent d’un tigre ; mais je voulais revoir l'Irlande!.. . Une nuit même, j’étais sorti du camp, bien décidé à fuir, et j’avais déjà marché assez longtemps, lorsqu'une brise de mer me rappela mon île chérie! Je levai les yeux vers les étoiles, je pleurai beaucoup et je retournai tête basse reprendre mes fers: j’en fus quitte pour cent coups de fouet dont je porte encore les cicatrices, tua's je voulais revoir l’Irlande !... Je l’ai revue! plus malheureuse et plus opprimée que jamais; la misère était au comble et la famine décimait les populations ; les vivants ne suffisaient plus à enterrer les morts, les prêtres bénissaient des milliers de cadavres à la fois, et les chiens que nous entendions autour de la cabane de notre père recommençaient leurs horribles chasses!... Une révolte éclate dans un village et mon régiment reçoit l’ordre de marcher.

I Une révolte! figure-toi quelques centaines de spectres en haillons, sans armes, les jeux mornes, pouvant à peine se soutenir, couchés et à genoux ! Ces coupables... des femmes et des enfants pour la plupart , étaient groupés dans la cour d’un magnifique château et demandaient sans colère, sans menace, en suppliants , de quoi ne pas mourir de faim ;

lit

comme ils se dispersaient trop lentement, notre officier commanda la charge, les baïonnettes s’abaissèrent... Oh! alors, mon parti fut pris, et deux heures plus tard j’étais au milieu des Hommes blancs dont je suis le chef aujourd'hui!... Job, me condamnes tu?

jor. Je te plains, cor tu es dans une mauvaise voie : ce u'est point par la violence qu'on refait les sociétés.

FEARGUS. Je ne prétends pas refaire la nôtre , mais me venger d'elle ; à chacun sa mission!... Toi, tu as trouvé un protecteur, tu as puisé aux sources de la sagesse , tu as acquis la science du philosophe en gardant le cœur de i'honnéte homme I Eh bien , combats avec tes armes et laisse-moi les miennes... Tu es la tête et je suis le bras ! Feargus détruit, que Job réforme !...

JOR. Je soupçonne que tu n'as pas grande confiance dans mes efforts.

feargüs. Ma foi, je compte plus sur la flamme et le fer que sur les belles paroles et les longs discours.

JOR. Ou sangl toujours du sang I...

feargus. A qui la faute?... Tiens, je te reproche de n'avoir pas tué Dickson.

job. Pourquoi parler de cet homme?

FEAnGUS. Parce que c’est un misérable dont les exactions et les rapines désolent la contrée! .. Intendant des principaux propriétair>s du comté, il est plus dur et plus impitoyable qu'eux : le plus méchant lord vaut mieux que ce middieman en habit noir.

Oh ! je compte bien me trouver quelque jour en face du coquin et lui prouver que tous les Oeans ne sont pas des agneaux !

jor. Tu ignores donc ce que le pardon met de joie dans l'âme?

ff.argus. Et (ni ce que la vengeance a d’ivresse I Je te répète que tu as eu tort de ne pas le tuer.

JOR. Oh !

feargüs. Il ne ferait plus de mal.

TORY, à Feargüs. La nuit est devenue très-noire, et je crois qu'il est temps de partir.

feargüs, « Job. Adieu, frère...

jor. Tu m'aimes, n’est -ce pas?

feargüs. Certes!

JOB. Eh bien, je t’en supplie, renonce à celte vie-là !.. .

ff.argus. Jamais!

JOR. Veux-tn que nous quittions l'Irlande? je vous emmènerai tous.

FEARGUS, montrant le berceau. Non, tu peux faire un meilleur usage de ce que tu possèdes.

job. Nous irons en France !

feargüs, acte ironie. En France? Adieu!

prends soin de Kjlty et de son eufant, et puissé-jc vous revoir avant d'être pendu !

{Il tort avec Toby.)

JOR, seul. Mort prématurée et violente, suicide, abrutissement, prostitution, servilité, vice et crime, autant de fruits de l’atroce misère !...

kitty, rentrant. Ils sont partis?

JOR, l’embrassant Dors bien, ma sœur.

(.4 part.) O problème elTroyable I... Elén « ! Eléna ! que votre pure et douce image vienne me consoler dans un rêve! ( Il rentre dans ta chambre.)

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