‹ La Moabite: drameChapitre 47 sur 97 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

MISAEL, amèrement.

Voilà trois mois déjà.

HÉLIAS.

Voilà trois mois à peiae.

Et je ne t'ai pas dit alors, qu'il m'en souvienne, Que cette indépendance, à quoi nous aspirons, Par des chemins si courts eût des retours si prompts. Il faut savoir lutter, souffrir, attendre l'heure.

MISAEL.

Et quelle heure aurons-nous qui soit jamais meilleure ? Le pain manque à Sichem, et, la misère aidant. Nos chances de succès s'en augmentent d'autant : C'est un fier recruteur de bras que l'indigence.

HÉLIAS.

Cœur farouche ! appeler la misère une chance I

MISAEL.

Ayant un coup à faire et l'émeute à lancer J'appelle chance tout ce qui peut y pousser.

HÉLIAS.

Et moi qui forme un peuple et non pas une meule.

Moi qui veux par son but sanctifier l'émeute,

Ayant le noble essor de l'homme à diriger,

Tout ce qui l'avilit je l'appelle un danger I

Puis près du joug qu'on brise il faut le frein qu'on laisse;

La loi du vieux ^Ijïse a sa part de sagesse,

Et ce n'est qu'en guidant l'esprit du peuple hébreu

Qu'on peut en arracher Terreur sans toucher Dieu.

t8 LA MOABITE.

Tout cela veut du temps, des efforts, de la peine, A moins que tout à coup, triomphante et certaine, L'occasion ne s'offre à nos bras affermis.

Jusque-là sois prudent et sache être soumis.

(Sort Hélia».)

Page 1