ACTE TROISIÈME
HISAEL.
Moi je suis sûr que non à vous en voir douter.
MIRIAM
Une imprudence au moins et dont l'aveu me coule.
HISAEL.
Quel blâme craignez-vous d'un ami tel que moi ?
HIRIAM.
D'un ami ce n'est pas le blâme qu'on redoute ; C'est son chagrin causé qui cause de l'effroi. Il me peinerait tant d'avoir pu vous déplaire ; Vous donnez à mon père un appui si loyal Qu*oubliant le but sombre où tend votre colère Je deviens fraternelle à vous voir filial.
Peut-être que le Dieu que je sers s'en offense. Ou peut-être qu'enfin il me prend en pitié :
J'ai grandi sans jeunesse et mûri sans enfance, Je ne peux pas toujours vivre sans amitié.
HISABL.
Puisse cette amitié vous être consolante,
Petite résignée, au cœur paisible et doux.
Mais quel est-il ce tort dont l'aveu vous tourmente ?
Allons, sœur Miriam, j'écoute, accusez-vous.
HIRIAM.
Au temple tout à l'heure et sur le parvis même Une femme pleurait.... Moi, je la regardai ;
Elle alors, sur ma inain appuyant son front blême,
oc Où donc est Zabulon? » ma-t-elle demandé.
3) Je suis Sarah sa femme, et, depuis trois semaines,
» Lui que tous rencontraient, nul ne le rencontra.
3> Quels qu'aient été ses torts, ses douleurs sont mes polnes.
» Où donc est Zabulon? » m'a répété Sarah.
MISAEL.
Et vous n'avez pas su repousser cette folle, L'écarter, la chasser?
HIRIAM.
Non, je ne l'ai pas su.
La consolation des autres me console, J'aime à voir le bonheur, moi qui ne l'ai pas eu.
MISAEL.
Enfin quelle réponse avez-vous pu lui faire ?
HIRIAM.
Que c'est pour vous servir que Zabulon partit. Pour quel lieu, dans quel but, je ne le savais guère.
MISAEL.
Vous en saviez assez pour en avoir trop dit.
Et vous ne voudrez pas m'en dire davantage ?
Le retour annoncé la consolerait tant !