La Mode Pratique 3:(10) 73-80
Avec une planche en couleurs et une planche de patrons Soixante-quinze centimes.
Le numéro de grand luxe Un franc.
Revue de la Famille publiée sous la Direction de MADAME C. DE BROUTELLES
PARIS. - LIBRAIRIE HACHETTE ET C‘', 7.9, BOULEVARD SAINT-GERMAIN. — PARIS.
La Mode
LES JUPES NOUVELLES (Suite),
ES jupes droites peuveVit être à volonté, selon les préférences de chacune de nous, montées sur fond de jupe ou entièrement doublées, mais les jupes drapées ne nous laissent pas cette liberté de choix : presque toutes exigent un fond de jupe; la plupart du temps même, ce fond de jupe est apparent, au moins en quelques endroits dans le bas ; dans ce cas il est quelquefois assorti aux garnitures du corsage, en velours, en soie brochée, en étoffe fantaisie laine et soie par exemple, si le corsage est orné de revers ou d’une berthe, de bouffants de manche, d’un gilet drapé, taillés dans l’une de ces étoffes. Souvent aussi le fond de jupe est fait du même tissu que la draperie et garni soit d’un ou plusieurs petits volants, soit de quelques rangs d’un cache-point, d’un entre-deux, d’un marabout ou de quelque autre agrément employé aussi dans l’arrangement du corsage. Les grosses guipures à dents écrues, rousses, blanches ou noires appliquées en revers, les pointes des dents en haut, le bord droit suivant le bas de la jupe seront, assure-t-on, très utilisées de cette façon; au corsage on les disposera de la même manière sur une berthe, sur des volants épaulettes entourant les emmanchures, ou bien encore sur des cols marins, des boléros, etc. On trouve de très jolis dessins de ces guipures à dents en diverses hauteurs; généralement la guipure que l’on choisit pour le bas de jupe est plus haute que celle du corsage ; quelquefois on lui donne plus d’importance encore, en la posant non plus sur le bord même de la jupe, mais au-dessus d’une ruche chicorée, d’un marabout, d’un biais, ou d’un ruban de velours. Cette disposition a plusieurs mérites, d’abord elle empêche le pied de la dentelle de s’user trop rapidement au contact du sol, puis l’aspect de la garniture même est ainsi moins sec. J’ai vu, par exemple, une robe de satin de laine vert-figue garnie au bas d’un biais de velours Liberty bois clair cachant le pied d’une guipure crème à dents très aiguës de 20 millimètres de haut environ. Le corsage, froncé dans l’encolure et à la taille, est orné d’un col drapé de même velours et d’une berthe ronde en satin de laine sur laquelle est appliquée une guipure assortie à la première, mais haute de 10 centimètres seulement. C’est simple et charmant.
On peut, si on le préfère, remplacer le biais par une petite torsade de velours, comme celle qui garnit le bas de la planche en couleurs du N® 42, i893,par exemple, mais il est un peu difficile pour une personne sans expérience de copier exactement cette garniture et de faire une torsade qui ne soit ni maigre ni lourde. Les ruches chicorées employées de cette manière sont d’un très joli effet, mais peu pratiques pour les toilettes de courses ou de promenade, parce que l’étoffe déchiquetée dont elles sont faites s’effile au frottement du sol dès qu’on a porté la robe deux ou trois fois.
Mais c’est seulement quand la draperie laisse apercevoir le fond de jupe qu’il peut être intéressant dégarnir celui-ci; s’il est au contraire entièrement dissimulé sous les draperies, on l’orne seulement de balayeuses ou d’une bande d’étoffe semblable à la robe, posée à plat.
Nous expliquerons en détail dans le Supplément du prochain numéro la manière de couper et de confectionner les fonds de jupe. On leur donne généralement de 2 m. aS à 2 m. jS de tour ; la largeur exacte qu’il convient d’adopter dépend à la fois de l’ampleur des draperies, des mesures de la personne qu’on veut habiller, et de l’étoffe employée : certains tissus très souples ont besoin d’être soutenus par un fond de jupe un peu large pourvu de doubles ou triples balayeuses*,' tandis que d’autres s’accommodenttrès bien d’un fond de
jupe plat simplement recouvert dans le bas d’une bande.
La faille est l’étoffe qui convient le mieux- pour faire des fonds de jupe, elle est légère, soutient la robe sans raideur et ne se chiffonne pas ; mais une bonne faille coûte environ 5 francs le mètre, encore n’est-elle jamais aussi solide qu’une étoffe de laine ; si l’on fait durer ses robes longtemps, il est rare qu’on ne soit pas obligée de remplacer le fond de jupe avant qu’une toilette soit usée. Ces raisons d’économie font souvent préférer à la soie l’alpaca, la satinette ou un tissu mi-soie.
Nous déconseillons absolument la satinette, trop molle, trop souple pour cet usage, les étoffes mi-soie : satin tramé de basse qualité, polonaise ou simili-taffetas, qui conviennent bien pour les doublures glacées sur l’étoffe sont très médiocres employées comme fond de jupe, on peut les utiliser ainsi à la rigueur quand on veut dépenser très peu, s’il s’agit d’une robe d’été en linon ou en mousseline, ou bien d’une petite toilette de soirée que l’on portera tout au plus une dizaine de fois ; si au contraire il s’agit d’une robe de fatigue, on y renoncera sans hésitation, et à défaut d’un fond de jupe élégant, en faille, on se résignera à n’avoir qu’un fond de jupe solide, léger, qui ne se chiffonnera pas au porter et soutiendra bien la robe, en simple alpaca recouvert, dans le bas, d’une bande d’étoffe pareille à la robe.
Quelques personnes préfèrent tailler tout le fond de jupe dans le même tissu que le reste du costume, ce n’est pas beaucoup plus cher quand il s’agit d’un tissu de prix moyen, et cela fait une petite réserve d’étoffe qui permet au besoin de transformer plus tard la robe si la mode l’exige. Puis de cette façon on n’a pas à craindre, quand les draperies se déplacent un peu à certains mouvements, qu’elles laissent apercevoir le fond de jupe en alpaca. Cette combinaison n’a donc que des avantages si l’étoffe du costume est aussi solide que l’alpaca, pas plus lourde, et si elle se tient aussi bien; car les seuls inconvénients qu’on puisse prévoir dans ce cas sont le manque de solidité, de légèreté ou le défaut de port qu’auraient certaines étoffes, telles que le voile ou le crépon par exemple.
Quand les draperies laissent apercevoir, soit dans le bas, soit en quilles, un fond de jupe en velours, en moire, en soie brochée ou en beau lainage fantaisie, on s’arrange généralement de façon à n’employer qu’un petit métrage de ces étoffes, en posant, soit à plat, soit en volant sur un fond de jupe ordinaire en faille ou en alpaca, un lé, une bande qui recouvre un peu plus que la surface laissée visible par la draperie.
Nous avons indiqué diverses manières de garnir le bas d’un fond de jupe apparent, nous en décrirons d’autres encore en parlant des garnitures nouvelles; disons dès maintenant que ce n’cst pas toujours sur le fond de jupe que l'on dispose des galons, des dentelles ou d’autres ornements, mais souvent aussi sur la draperie même qui le recouvre en partie :
la figure i du numéro 9 , par exemple, montre une toilette dont la première et la seconde jupe sont toutes deux garnies d’un petit volant; l’un des nouveaux modèles de F'... est en treillis changeant beige et blanc bordé d’incrustations de guipure écrue et drapé sur un fond de jupe en peau de soie beige que garnit une petite ruche de même peau de soie effilée sur les bords.
D’autres fois on dispose au bas de la draperie un ou plusieurs rangs de galon, de cache-point, d’entre-deux.
La draperie elle-même se fait sur le mannequin ou sur la personne à laquelle la robe est destinée; on la fixe provisoire-
OBE de lainage nuance vin de porto garnie de galons fantaisie de même nuance ou en grenadine noire pailletée. Epaulettes^ col et plastron de velours un peu plus foncé.
(Modèle de Mme Moslard, 96, rue Saint-Lazare.)
<=& ^ode ^Butù^u£.
Fig. 4.
Fig. 5 .
C OSTUME de garçonnet en serge bleue;
col de toile bleu clair garni de galons blancs et de revers en toile blanche.
nOBE de petite fille de 2 à S ans, en ^ foulard rose froncé à la taille et garni d'une bertlie et d'un volant festonne assorti.
(Document photographique de la maison Reutlinger, 2i, boulevard Montmartre.)
onze ans. La blouse peut se mettre avec un pantalon en jersey ; ce tissu est extrêmement solide . qualité très appréciable pour cette partie du costume. On fait souvent aussi, le pantalon seul en serge, en c eyioie ou en drap bleu, et la blouse en serge blanche, avec col et plastron de meme étolTe ou en toile bleu clair a iseres blancs.
Ce costume est alors très habillé, mais assez fragile. Si le costume est noir, pour deuil ou demi-deuil, on pourra quand même faire la blouse, le col et le p astron en serge blanche.
Matériaux : 1 m. 5 o de serge, 3 mètres de doublure.
Figure 5 . — L’ampleur de la robe froncée autour du décolleté est retenue dans une ceinture faite d’un biais de foulard orné de quatre plis lingerie, séparés deux par deux par un joli point fantaisie exécuté avec de la soie assortie à celle du feston. La berthe, de 12 centimètres de haut, est montée avec une petite tête froncée. Le volant de la jupe, de meme hauteur que la berthe, est fixé sous un biais de foulard, cousu de chaque coté à points de mode. La manche se compose d'un petit bouffant bordé d’un volant festonne de 5 centimètres de haut environ.
Cette robe n’est pas doublée; elle peut être copiée en lainage souple de toute couleur ou même, pour l’été, en batiste de coton ou en toile. Si l’on remplace la ceinture par trois rangs de fronces coulissablcs, on pourra la laver et la repasser très facilement. On pourra aussi mettre à l’enfant une
guimpe de batiste brodée ou faire un empiècement à la robe si on préfère qu^clle soit montante.
Matériaux : 4 mètres de foulard.
Figure 8. — Cette robe conviendra mieux à une personne d’ûgc moyen qu’à une jeune femme. — La jupe, montée en fronces derrière, s’ouvre devant sur un tablier bordé de trois rouleautés de velours posés à 8 centimètres de distance les uns des autres. Le corsage est plat dans le dos. La moitié du devant est recouverte de velours moiré posé à plat, et l’autre moitié d’une draperie en étoffe pareille à la robe. La basque pointue qui entoure le corsage, et que l’on pourra faire ronde si on le préfère, est bordée d’un dépassant de velours.
Matériaux ; 6 mètres de lainage, 3 mètres de velours, lo mètres de doublure.
Figure g. — Le corsage en crépon est froncé dans le haut, sur la doublure ajustée, et drapé en gros plis creux depuis l’empiècement jusqu’à la taille. Il s’agrafe dans le dos. — La jupe est recouverte de quilles en bengaline et la ceinture faite d un ruban en velours ou en satin, formant chou tous les lo centimètres.
Cette robe devra être exécutée en lainage souple; on pourra la simplifier en supprimant les quilles de la jupe
Fig. 7 .
Autre aspect de lafig. J 4 -
ment à l’aide de quelques épingles sur le fond de jupe, ce qui permet de déplacer les épingles et de changer la disposition des plis jusqu’à ce qu’elle soit absolument satisfaisante, sans dépenser beaucoup de temps.
On remplace alors Les épingles •par des points faits en soie bien assortie à l’étoffe et solidement arrêtés.
Il est impossible de déterminer sur le patron d’une draperie les points qui doivent se trouver les uns sur les autres pour former les plis, du moins ce ne peut être qu'une indication approximative qu’on ne suit jamais exacte ment parce que la moindre différence dans les proportions de la taille et des hanches, suffit pour modifier complè- Autre aspect de tement la direction des la figure i. plis.
La manière de disposer avec grâce une draperie ne s’enseigne pas théoriquement, pas plus que la façon de chiffonner un nœud de chapeau.
C’est tout un art qui exige des dispositions, dont il est difficile de pénétrer les secrets et qu’on apprend seulement par la pratique.
G. de Broutelles.