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La Mode Pratique 3:(13) 97-104

Avec une planche en couleurs et une planche de patrons ^ Soixante-quinze centimes.

“— * * •'' I * Le numéro de grand luxe

Un franc.

( Voir le Sommaire de ce numéro page I de la couverture)

Revue de la Famille publiée sous la Direction de MADAME C. DE BROUTELLES

PARIS. - LIBRAIRIE HACHETTE ET C >•, 79, BOULEVARD SAINT-GERMAIN. - PARIS.

La Mode

LES CHAPEAUX [Suite).

L a vraie saison des chapeaux ronds, c’est le printemps et l’été, on les apprécie quand les rayons du soleil commencent à devenir aveuglants, leurs larges bords sont un abri, on leur sait gré de protéger le visage contre l’indiscrétion brutale du grand jour, et la Mode — pour cette fois logique — permet le chapeau rond pendant la belle saison aussi bien aux femmes d’âge moyen qu’aux jeunes filles et aux jeunes femmes.

Presque toujours la forme même du chapeau est en paille : paille anglaise, paille de riz, paille de fantaisie, noire, de nuance naturelle ou teinte en mordoré, rouge, bleu, vert, aubergine, etc. Les pailles dites changeantes, de couleurs mélangées rouge et noir, or et noir, vert et noir, vert et mordoré ou même de trois ou quatre nuances qui s’entremêlent et chatoient, si en faveur déjà l’année dernière, auront plus de succès encore ce printemps.

Ce qui est aussi très demandé, ce sont les pailles avec calotte d’une couleur : vert, rouge ou ophélia par exemple, et passe d’un autre ton : noir, mordoré, bleu marin, etc. Quelquefois le grain, le tressage de la paille, varie aussi bien que la teinte pour ces deux parties du chapeau ; ainsi la passe est en riz amour et la calotte en riz ordinaire, ou bien la calotte en paille anglaise et la passe en paillasson ou en paille de fantaisie. Dans ce cas la paille la plus lisse sert toujours à faire la calotte, on réserve la plus rugueuse, celle qui présente le plus de reliefs, pour la passe. On fabrique même maintenant, tout exprès pour cet usage, des pailles bien spéciales dont chaque rang est.fait d’une partie plate et d’une partie relevée qui produit l’effet d’une large soutache posée debout. D’autres passes sont recouvertes d’un, deux, trois ou quatre rubans de paille plats sur un bord que l’on coud au chapeau, tuyautés sur l’autre bord, qui reste libre ; le chapeau de Lebel-Stritter dont notre Supplément de luxe montre le dessin, est un bien joli modèle de ce genre.

Nous n’essaierons pas de décrire toutes les inflexions que l’on donne aux bords des chapeaux ronds, on en voit qui sont ondulés tout autour, d’autres se relèvent d’un côté ou derrière, d’autres sont croqués d’une façon imprévue par une modiste bien • inspirée. Ici les descriptions les plus détaillées et même les dessins les plus précis seraient inutiles : car pour choisir parmi .

toutes les formes à la mode celle qui sied le mieux, il faut absolument en essayer beaucoup et les comparer.

Disons cependant que la forme amazone, à calotte large

et basse, à ailes relevées de chaque côté, qui va généralement bien à tous les visages, seral’unedes plus adoptées ce printemps. On la garnit simplement d’un nœud de ruban, d’une draperie de moire ou de

Fig. 1.

DOBE de satin noir broché de rayures et de bouquets vieux rose. Gilet de crépon gaufré vieux rose. Col et ceinture drapés en velours noir. Girandoles de jais partant de l'encolure et venant se terminer sous le bras. Petite basque courte et ondulée. (Modèle de Mme Moslard, 96, rue Saim-Lazare.)

velours: rien n’est plus pratique, moins fragile pour les voyages, les promenades, les courses. Cela a un cachet de correction, de comme il faut, très séduisant, à mon avis.

La forme de la calotte est plus facile à décrire que celle de là passe, puis elle a moins d’influence sur le seyant du chapeau, ce qui permet de la choisir d’après les seules indications de la mode et les préférences que l’on a, sans trop tenir compte des physionomies et des coiffures particulières. Ainsi, quand un chapeau va bien au visage, on peut, sans le modifier à ce point de vue, y adapter une calotte .quelconque, pourvu que la forme de la passe reste la même; cette année, par exemple, on pourra choisir entre les calottes arrondies comme celles des chapeaux de cardinaux, les calottes pointues qui rappellent les plateaux béarnais ou tonkinois, les calottes ovales basses ou de hauteur moyenne, ou bien encore presque rondes à leur base, étroites et hautes, dans le genre des petits fonds Choubersky dont on s’était si fort engoué il y a deux ans. A côté des . chapeaux de paille on verra, comme toujours, quelques chapeaux de crin ou de chanvre tressé; puis ces grandes capelines de dentelle noire ou de tulle illusion, d’un effet si flou et si élégant. Quelquefois on mélangera la paille et la dentelle; j’ai vu, par exemple, un modèle charmant composé d’un petit fond de paille mousse tendre avec grande passe de dentelle froncée tout autour du fond et retombant légèrement sur les cheveux frisés. Une grosse touffe de violettes russes garnissait le devant, une autre retenait la dentelle derrière. Dans la même maison on m’a fait admirer un chapeau créé pour la marquise de G.... La calotte, petite et basse, est en paille amour ophélia; de petits volants plissés et froncés en tulle givré noir recouvrent la passe en tulle laitonné. Comme garniture, des roses rubis ombrées et une immense aigrette noire.

Il faut très peu de chose sur ces formes en partie composées de tulle ou de dentelle, elles ne peuvent guère supporter que les fleurs : violettes, acacia blanc, rose ou jaune, lilas, coucou, géranium, roses de toutes nuances, etc., ou les aigrettes de divers genres. Les nœuds de ruban seraient trop lourds, on les réserve pour les formes de paille, ils sont en faille, en moire ou en satin unis, glacés ou de fantaisie, d’une belle qualité, mais très souples, que l’on soutient au besoin par un fin laiton sur lequel est enroulé un fil de soie assorti au ruban. Quelquefois — et cela permet des nœuds plus imprévus, plus inédits — on remplace le ruban par de l’étoffe au mètre taillée dans une forme particulière qui varie pour chaque genre de nœud. La moire et le velours miroir ont beaucoup de succès ainsi employés.

Nous avons déjà dit un mot de la façon dont on utilise les plumes, disposées en nœuds immenses avec deux ou trois grandes plumes de chaque côté simulant les coques — de maîtresses coques longues de 25 à 3 o centimètres qui retombent négligemment par-dessus les bords du chapeau,—-et deux petites tètes de plumes au milieu faisant aigrette. Tout cet appareil est d’un‘ aspect bien lourd, je ne le recommande pas, pas plus que les grosses girandoles faites d’énormes perles de jais, clouées par des cabochons

Théâtre de l’Odéon : Le ruban. — Robe de jeune fille en voile blanc. Empiècement et poignets en guipure brodée d'or, entre-deux brodés d'or à la jupe surmontant un bouillonné et un volant finement plissé. (Robe portée par Mlle Syma.)

Théâtre de l’Odéon : Le ruban. — Toilette pour dame d'âge moyen. Robe de soie noire brochée de bouquets. Garniture de dentelle noire. Chapeau de dentelle noire garni de velours rouge , nœud papillon en dentelle, aigrette noire. (Robe portée par Mme Raucourt.)

Uô

large de 6 centimètres posé entre deux biais de velours : l’un, haut de 2 ou 3 centimètres, l'autre de même largeur que le galon, d’une chemisette blouse, avec manches, froncée dans l’encolure et à la taille sur la doublure ajustée, et d’un boléro mobile en étoffe pareille à la jupe, doublé de soie et orné dans le dos d’un grand col marin en velours qui se prolonge devant en larges revers rectangulaires. Les devants de ce boléro sont arrondis du bas et bordés, seulement jusqu’à la couture du dessous de bras, d’un coquillé qui part de la pointe des revers.

On pourra copier ce costume en toutes couleurs. Le lainage de la chemisette peut être remplacé pour l’été, par une soie de fantaisie et le boléro peut être fait tout entier soit en velours, soit en étoffe pareille à la jupe.

Matériaux : 6 mètres de lainage, 12 mètres de doublure, 2 m. 50 de velours.

Figure 4. — La soie de cette robe était brochée de petits bouquets de roses avec leur feuillage, mais toute étoffe brochée conviendra aussi bien. — La jupe, coupée à petits lés, est entièrement doublée, montée en grosses fronces derrière et tout à fait ajustée devant. Elle est garnie dans le bas et à l’envers d’une double balayeuse de dentelle fixée sur la doublure.

Le corsage, rentré dans la jupe, est entièrement plat, mais il sera plus seyant, pour certaines personnes, de le froncer à l’encolure et à la taille. La double berthe de dentelle, qui en est le seul ornement, se prolonge dans le dos jusqu’à la taille.

Le chapeau, de forme Empire, encadre bien le visage et descend assez bas sur les oreilles ; il est orné devant de deux ailes en dentelle noire, séparées par une aigrette.

Matériaux : 15 mètres de soie, 15 mètres de doublure, 4 mètres de dentelle noire pour îa berthe.

Figure 5. — De même que la figure 2, ccfte robe conviendra très bien à une jeune fille. La jupe, doublée de soie claire, est ornée de deux entre-deux de guipure, dont l’un surmonte un bouillonné et l’autre un volant de 15 centimètres de haut, dentelé dans le bas. — Le corsage, qui s’agrafe sur l’épaule et sous le bras est drapé en plis à la taille, devant et dans le dos, sur la doublure ajustée.

Les poignets et l'empiècement sont en guipure rehaussée d'or. La ceinture et le col seront faits d’un entre-deux de guipure, d’un ruban de velours ou d'un biais en étoffe pareille à la robe.

Matériaux : 8 mètres de voile, 12 mètres de doublure, 1 mètre de guipure en 50 centimètres.

Figure 6. — La jupe, doublée de soie, se monte en fronces derrière ; et le lé du devant est recouvert de soie assortie à la robe qui sert de transparent au tablier de tulle grec froncé dans la ceinture de velours. Les devants du corsage sont aussi en soie, recouverts de tulle froncé dans l’encolure et à la taille ; le dos est sans coutures, orné seulement de quelques fronces. Une draperie de crépon partant de l’épaule et du dessous de bras forme une sorte de figaro noué devant par-dessus le gilet de tulle.

Matériaux : 5 mètres de crépon, 12 mètres de doublure, 1 m. 20 de tulle,

60 centimètres de velours.

Figure 7. — Cette robe, d'une seule pièce, est taillée à godets derrière comme une redingote. Le devant flottant est froncé dans l’encolure et fermé un peu de côté par une ruche pareille à celle qui borde la longue veste. Cette veste part de la couture du dessous de bras. Un haut col genre Médicis, doublé de velours changeant, encadre le visage. On pourra copier cette robe en satin Liberty, ou même en lainage.

Matériaux: 15 mètres de surah, i?£nètres de doublure, 7 mètres de ruche.

Figure H. — Le corsage, entièremen. plat, s’agrafe au milieu du devant ; il est posé sur la jupe et bordé d’une basqc e découpée en dents. L'empiècement, bordé d’une guipure froncée de 10 centimètres de haut, se prolonge dans le dos.

La jupe Anne d’Autriche, à une seule couture, est entièrement doublée. On pourra copier cette robe en toutes teintes et supprimer la basque du corsage si elle ne convient pas au genre de taille : oci la remplacerait alors par une ceinture drapée.

Matériaux : 6 mètres de cré3)on, 12 Tt êtres de doublure, 70 centimètres de guipure, 70 centimètres de soie, 30 <x?ntimâ;res de tulle perlé.

Figure ç. — La forme de ce chapeau est en paille de riz : elle est échan-

Fig. 6.

R°. DE de crépon violet-iris broché de pastille . A

tic, tablier et devant de corsage en tullr J S ° W aSSOr ~ parent de soie iris. Coldrapé et ceinture rZe^Vellurs^s.

Théâtre de l’Odéon : Le ruban. — Robe de satin Liberty bleu ciel, empiècement et berthe de guipure, choux de satin ciel. Ceinture de moire blanche. (Robe portée par Mlle Syma.)

gigantesques qui ressemblent à des pavés. Je sais bien que toutes ces garnitures ne sont pas aussi pesantes qu’elles en ont l’air, mais leur apparence suffit à les rendre déplaisantes.

Les grands nœuds en ruban de paille, les torsades et les draperies faites d’un ruban ordinaire enroulé et tordu sur des brins de paille tressés en ruban plat ou en baguette ronde, n’ont pas cet inconvénient ; ils sont

légers en apparence comme en réalité, mais ils sont un peu raides, manquent de grâce; je les signale parce qu’on en verra beau-

n Ob'E de lainage brun rouge garnie de velours capucine, jupe cloche garnie d'un galon fantaisie et de biais de velours. Revers de velours à la veste. Coquillé bordant le figaro depuis le vevers jusqu'à la couture du dessous de bras. Choux de velours.

coup, parce que cette manière d’utiliser la paille est encore très neuve. Mais, à mon avis, rien ne vaudra jamais comme éléments de garniture, pour les chapeaux d’été, la dentel e blanche ou noire, la mousseline de soie, la gaze ou le tulle plissés, les Heurs ou ces nœuds de ruban bien enlevés, pareils à des oiseaux prêts à s’envoler.

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